Aéroport de Nantes : A Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, les habitants se sentent « condamnés » et « sacrifiés »

AÉROPORT Avec l’allongement de la piste de 400 mètres vers le sud, les avions continueront de survoler la commune

Manuel Pavard

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A l'extrémité sud de la piste de l'aéroport de Nantes, un avion se prépare à atterrir après avoir survolé Saint-Aignan-de-Grand-Lieu.
A l'extrémité sud de la piste de l'aéroport de Nantes, un avion se prépare à atterrir après avoir survolé Saint-Aignan-de-Grand-Lieu. — M. Pavard / 20 Minutes
  • Le gouvernement a présenté lundi son plan de réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique, dont la mesure phare est l’allongement de la piste de 400 mètres vers Saint-Aignan-de-Grand-Lieu au sud.
  • S’il ne devrait pas y avoir de nouvelles populations touchées à Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, les habitants craignent des nuisances supplémentaires à cause de l’explosion du trafic.
  • Beaucoup estiment que la commune a été sacrifiée au profit de Nantes et ne croient pas aux arguments de l’Etat sur la réduction des nuisances et la plus grande hauteur de survol des avions.

A Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, la pluie tombant sans discontinuer colle parfaitement à la morosité ambiante, ce mardi matin. La plupart des 4.000 habitants de la commune du sud de l’agglomération nantaise se sont en effet réveillés avec la gueule de bois. En cause, l’annonce faite lundi par le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari sur le réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique, situé quelques kilomètres plus au nord.

En optant pour l’allongement de la piste de 400 mètres vers le sud – donc vers Saint-Aignan-de-Grand-Lieu – le gouvernement a réussi à souder la population contre sa décision. Beaucoup ont ainsi l’impression d’être les dindons de la farce, à l’instar de Corinne, résidente de la commune depuis janvier. « Saint-Aignan a été sacrifié au profit de Nantes », déplore-t-elle.

« On arrête de parler lorsqu’un avion arrive »

Un constat partagé par le maire Jean-Claude Lemasson (divers gauche). « C’est un scénario qui permet de préserver petitement Nantes mais qui aggrave la situation à Saint-Aignan-de-Grand-Lieu », dénonce-t-il, avant de préciser : « A priori, il n’y aura pas de nouvelles populations impactées sur la commune mais celles qui le sont déjà le seront encore davantage avec la multiplication des mouvements. »

Au Café de l'Eglise, Olivier, Christian et Frédéric (de gauche à droite), habitants de longue date de Saint-Aignan, sont particulièrement remontés contre le choix du gouvernement.
Au Café de l'Eglise, Olivier, Christian et Frédéric (de gauche à droite), habitants de longue date de Saint-Aignan, sont particulièrement remontés contre le choix du gouvernement. - M. Pavard / 20 Minutes

La croissance du nombre d’avions et de passagers – environ 7 millions pour l’année 2019 et 11,4 millions envisagés à l’horizon 2040 – est confirmée par tous les habitants. « On vit là depuis 30 ans et on n’avait jamais entendu autant d’avions qu’actuellement, on a vu le trafic exploser », soulignent Christian et Frédéric, attablés au Café de l’Eglise.

Remontés comme des coucous, ils décrivent un quotidien de plus en plus chamboulé par la proximité de l’aéroport. « Quand mes enfants avaient 8 ou 10 ans, la maîtresse était déjà obligée d’arrêter les cours régulièrement, raconte Christian. Et aujourd’hui, quand on va à des réunions à la mairie, on arrête de parler lorsqu’un avion arrive. »

« Vingt mètres plus haut, c’est insignifiant », estime le maire

Tous narrent des épisodes similaires, de Joël, qui évoque « les barbecues compliqués aux beaux jours, avec le bruit des atterrissages couvrant les voix », à Corinne, la néo-résidente. « On a acheté ici car il fallait qu’on trouve un logement pas loin pour le travail, même si on était déjà au courant pour l'aéroport, explique-t-elle. Les premiers mois, c’était supportable car la maison est bien isolée, c’est vraiment cet été qu’on entendait le plus les avions. Mais on ne va quand même pas vivre enfermés l’été ? »

Devant les maisons de Saint-Aignan, des panneaux expriment l'opposition au réaménagement de l'aéroport Nantes-Atlantique.
Devant les maisons de Saint-Aignan, des panneaux expriment l'opposition au réaménagement de l'aéroport Nantes-Atlantique. - M. Pavard / 20 Minutes

D’après la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), le décalage du seuil sud de la piste de 400 mètres vers le nord – pour les avions arrivant du sud et atterrissant face au nord – permettra d’augmenter de 20 mètres la hauteur de survol du bourg, diminuant ainsi le bruit. L’argument laisse sceptique Jean-Claude Lemasson. « Quinze ou 20 mètres plus haut, c’est insignifiant, estime le maire. Pour être efficace, il faudrait que les avions volent 100 mètres plus haut, comme ce sera le cas avec l’ILS [l’instrument de guidage utilisé en cas de météo difficile] à Nantes. »

« Est-ce que l’argent compense une vie ? »

Christian, comme nombre d’habitants de Saint-Aignan, en veut au gouvernement. « On nous a condamnés, affirme-t-il. Pour nous, la solution, c’était le transfert à Notre-Dame-des-Landes. Si l’aéroport avait été projeté là-bas, la commune aurait pu se développer. » Mais aujourd’hui, ajoute son ami Frédéric, « même les habitations préemptées ne bougent pas ».

Derrière le maire Jean-Claude Lemasson, la route de la Bretagnerie - qui sera coupée - et le champ qui font partie de l'emprise induite par l'allongement de 400 mètres de la piste.
Derrière le maire Jean-Claude Lemasson, la route de la Bretagnerie - qui sera coupée - et le champ qui font partie de l'emprise induite par l'allongement de 400 mètres de la piste. - M. Pavard / 20 Minutes

Quant aux compensations promises, elles les font doucement rigoler. « Est-ce que l’argent compense une vie ? », ironisent-ils en chœur, promettant de continuer le combat pour leurs enfants et petits-enfants. Jean-Claude Lemasson, lui, pointe le fait que ceux qui habitaient à proximité de l’aéroport avant décembre 2010 « ne bénéficieront pas du droit de délaissement (aide à la revente de logement), un scandale de plus ».

Si certains souhaitent donc revendre, Corinne a fait le chemin inverse. Et elle avait beau être au courant des conditions, elle n’en reste pas moins amère : « Ce n’est pas parce qu’on vit dans un petit village qu’on n’a pas droit à une vie tranquille. »