Aéroport de Nantes : Les opposants au réaménagement dénoncent une « mascarade »

AÉROPORT Le choix du gouvernement d’allonger la piste de 400 mètres ne satisfait pas les collectifs de riverains

Manuel Pavard

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La piste de l'aéroport de Nantes sera allongée de 400 mètres vers le sud.
La piste de l'aéroport de Nantes sera allongée de 400 mètres vers le sud. — SEBASTIEN SALOM GOMIS / SIPA
  • Le gouvernement a dévoilé ce lundi les modalités du réaménagement de l’aéroport de Nantes, avec en mesure phare un allongement de la piste de 400 mètres vers le sud.
  • Ce projet est fortement critiqué par les riverains, qui dénoncent les nuisances sonores pour les populations survolées, notamment à Saint-Aignan-de-Grandlieu, Rezé ou Bouguenais.
  • Les réactions des élus locaux sont en revanche plus contrastées, certains s’interrogeant sur les compensations attribuées aux riverains.

L’allongement de la piste de 400 mètres vers Saint-Aignan-de-Grandlieu au sud, un couvre-feu nocturne de minuit à 6h, la modernisation de l’actuelle aérogare… Après des mois de suspense, le secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a annoncé ce lundi, à Nantes, le choix du gouvernement pour le réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique.

Une décision attendue avec anxiété par les riverains et qui, sans surprise, a été accueillie avec scepticisme et mécontentement par les collectifs d’opposants au réaménagement. « La mascarade continue, les avions vont continuer de survoler Saint-Aignan-de-Grandlieu, Bouguenais et Rezé », déplore ainsi Joël Sauvaget, président du Coceta (Collectif des citoyens exposés au trafic aérien), qui exprime sa « colère en tant que citoyen ».

« La seule réponse existante était le transfert »

« On n’est jamais entendu par ce gouvernement et on a eu une consultation, puis une concertation pour rien, ajoute-t-il. On va doubler le trafic de l’aéroport dans les prochaines années sans prendre en compte les populations survolées, pour qui les impacts sanitaires seront énormes. »

Même réaction du côté de Dominique Boschet, président de l’Acsan (Association contre le survol de l’agglomération nantaise), qui ne décolère pas : « Le gouvernement vient de confirmer la condamnation des riverains à subir les nuisances pendant de très longues années ».

Lui aussi évoque « une manipulation grossière » et affirme que « la seule réponse existante était le transfert, une exigence massivement exprimée lors de la concertation ». Un constat partagé par Joël Sauvaget, pour lequel il n’y avait « aucune alternative crédible parmi les différents scénarios » proposés par la Direction générale de l’aviation aérienne.

« Amateurisme total »

Ce dernier parle également « d’amateurisme total » du gouvernement qui, selon lui, resterait très flou sur l’après-2040, la durée des travaux, le montant des investissements ou la durée de la concession. Quant au président de l’Acsan, celui-ci bat en brèche certains arguments favorables au projet de réaménagement : « Allonger de 400 mètres la piste permet de gagner quelques décibels, or l’oreille ne perçoit la différence qu’à partir de 4 ou 5 décibels ».

Dominique Boschet s’inquiète aussi de la nouvelle trajectoire des avions, avec une pente de 3,5° prévue au lieu de 3°. « La descente va commencer plus tardivement mais elle sera plus raide au-dessus des dernières maisons survolées, explique-t-il. Les avions vont donc utiliser davantage leurs aérofreins, qui créent plus de nuisances sonores. »

Le maire de Rezé appelle à « réfléchir à la maîtrise du trafic aérien »

Du côté des élus, les réactions sont plus contrastées. Ainsi, pour le maire de Rezé Gérard Allard (PS), « l’enjeu n’est pas dans le choix de la piste et ou de son aménagement. Le véritable enjeu est dans la façon d’accompagner le fonctionnement de l’aéroport dans les meilleures conditions tout en protégeant les populations ».

L’édile souhaite que « le fonds de compensation de l’État soit annoncé clairement » et appelle à « mettre en place rapidement un observatoire de la santé dédié » et à « réfléchir à la maîtrise du trafic aérien ».

La députée Valérie Oppelt (LREM) salue quant à elle, sans surprise, « la volonté du gouvernement de porter des efforts sur le problème des vols de nuit et des nuisances sonores en lien avec les collectivités » ainsi que « le lancement d’une étude des impacts environnementaux et sanitaires ».

Pour Johanna Rolland, les 15 millions d’euros évoqués en compensation « ne suffiront pas »

Enfin, la maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), « note plusieurs éléments allant dans le sens d’une limitation des nuisances, comme par exemple l’interdiction des vols programmés entre 24h et 6h, mais aussi l’interdiction des avions les plus bruyants dès 22h, qui répond à la demande exprimée par les 24 maires de Nantes Métropole ».

Elle attend cependant « la traduction concrète des exigences formulées devant le secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique ». Selon la maire, en effet, « les 15 millions d’euros évoqués [ce lundi] après-midi au titre du fonds de compensation des nuisances aériennes ne suffiront pas ».