Kad Merad dans un téléfilm inspiré par l'affaire de Ligonnès: « Ce qui marche dans cette version, c'est qu'elle est plausible »

INTERVIEW Kad Merad joue le rôle principal de La Part du soupçon ce lundi soir sur TF1

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Kad Merad (Thomas Kertez), Géraldine Pailhas (Sophie Lancelle) avec Christophe Lamotte, réalisateur.
Kad Merad (Thomas Kertez), Géraldine Pailhas (Sophie Lancelle) avec Christophe Lamotte, réalisateur. — J.Cauvin/TF1
  • La Part du soupçon raconte l’histoire d’un homme suspecté d’avoir refait sa vie après avoir tué toute sa famille.
  • Le scénario est inspiré de l’affaire Dupont de Ligonnès.
  • La fiction de 2x45 minutes est diffusée ce lundi, à 21h, sur TF1.

Kad Merad cache-t-il un effroyable passé ? Ou est-il un homme sans histoire traqué par des soupçons infondés ? C’est le dilemme posé aux spectateurs de La Part du soupçon, thriller de 2x45 minutes réalisé par Christophe Lamotte et diffusé ce lundi soir sur TF1. Un certain Thomas Kertez est suspecté d’être Antoine Durieux-Jelosse, celui qui a défrayé la chronique 15 ans auparavant en disparaissant après avoir tué toute sa famille. Le récit rappelle évidemment l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Les auteurs assument d’ailleurs le parallèle. Ça tombe bien, Kad Merad aussi. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a convaincu d’endosser le rôle principal ?

Le scénar, la présence de Christophe [Lamotte], le personnage… Tout ça m’a plu. J’ai aussi aimé l’idée que ce soit inspiré d’un fait réel important qui a passionné les gens, moi le premier d’ailleurs. Et que ce n’est pas exactement celui auquel on pense, qu’on se projette dans quelques années. C’est un angle plus intéressant. Puisqu’on ne connaît pas l’issue, on invente. C’est un faux biopic en fait.

Comment joue-t-on un personnage aussi ambigu ?

C’est un innocent présumé coupable, ce n’est pas évident, mais moi j’essaie de le jouer de façon très simple, comme il vient. Je joue le type normal mais qui a une perquisition chez lui, qui sent bien que les gens autour de lui commencent à douter… C’est la première fois que j’aborde un personnage potentiellement si terrifiant. J’ai fais une fois un grand voyou pour Richard Berry.. Mais je n’avais jamais vraiment joué quelque chose comme ça qui s’appuie sur la réalité. Ça m’amuse.

Que pensez-vous de l’affaire Dupont de Ligonnès ?

C’est un fait divers qui est absolument… C’est digne de Jean-Claude Romand. Vous voyez, ce genre de personnage aussi fascinant qu’horrifiant. C’est fascinant de ne pas savoir ce que le type a fait, qu’il a disparu. On a tous envie de savoir. Si toutes les émissions qui parlent de crimes connaissent un grand succès c’est parce qu'il y a un fantasme autour du méchant. On se demande comment ces gens font pour être des monstres pareils alors qu’ils pourraient être nos voisins. C’est ça qui est terrifiant.

Vous êtes amateur de faits divers ?

Pas plus que ça. Mais c’est tellement envahissant dans nos vies qu’on ne peut pas
passer à côté. Même mon fils, enfant, il est au courant. On baigne là-dedans, c’est terrible pour nos mômes en fait. On ne montrait pas autant d’horreurs avant, c’était plus confidentiel. Là faut s’habituer à ce que ça rayonne autant. Et je n’ai pas l’impression que ça calme les ardeurs des gens, au contraire.

Vous êtes-vous documenté sur Xavier Dupont de Ligonnès pour le tournage ?

Non, ça ne servirait à rien, ce n’est pas le même. Dupont de Ligonnès est beaucoup
plus complexe, il a un caractère religieux assez poussé, ça va plus loin. Nous on est resté dans un personnage assez normal, un Monsieur tout le monde, mais qui peut basculer dans l’horreur. Ce qui marche dans cette version, c’est qu’elle est plausible. Peut-être qu’un jour on apprendra que Dupont de Ligonnès a été retrouvé et qu’il avait refait sa vie. La fiction aurait alors rejoint la réalité.

Il est vivant d'après vous ?

Ça serait trop beau. Non, pour moi, il n’existe plus. Il s’est sans doute tué. Mais en même temps on se dit : pourquoi aurait-il fait tout ça pour ensuite se suicider ?

On ne vous avait plus vu à la télévision depuis la saison 2 de Baron Noir. Ça vous manquait ?

Mais ça ne change rien. Cinéma, téléfilm, série, pour nous c’est la même chose : on raconte des histoires, on travaille avec des réalisateurs, des metteurs en scène, on a des partenaires… La passion du métier c’est de changer de vie tout le temps. Là avec Thomas Kertez je travaille dans les chantiers navals, avant j’ai été obstétricien, j’ai été prof de violon, j’ai fait de la politique… C’est du travail mais c’est chouette. On a tous peur que ça s’arrête, c’est ça le truc. En télévision on va peut-être un peu plus vite qu’au cinéma parce qu’il y a moins de temps de tournage mais, en réalité, on s’applique autant je trouve. Il y a maintenant des séries et des films de grande qualité. Les gens adorent et ça fait des audiences énormes. Ils s’installent devant leur télé, c’est facile.

Et délaisser la comédie, c’est facile ?

A chaque fois que je fais un film plus dramatique je me dis qu’on reconnaît que je suis un vrai acteur. Je fais des comédies pour m’amuser et dès que je fais un rôle plus sérieux on me dit "ah quel acteur". Ça fait plaisir ! Parce je ne fais ça que pour ça : pour être reconnu par mes pairs et par les journalistes (rires). Pas pour l’argent en revanche, c’est pas vraiment à la télé qu’on gagne de l’argent. C’est comme pour le théâtre (rires).

Un joli casting

Pour donner toutes les chances à son téléfilm, TF1 a retenu un casting solide. Outre Kad Merad dans le rôle de Thomas Kertez, on trouve Géraldine Pailhas (Jeune et Jolie, L’Adversaire…) qui interprète Sophie Lancelle, l’enquêtrice obsessionnelle. Laurence Arné (La Ch’tite famille, WorkingGirls…), qui abandonne pour la première fois le registre de la comédie, incarne Alice Kertez, l’épouse du suspect.