Nantes : Bombes, Demy, polémique... La folle histoire du cinéma Katorza, qui fête ses 100 ans

CULTURE Le cinéma d'art et d'essai nantais célèbre ses 100 ans d'existence jusqu'à dimanche

Frédéric Brenon
— 
Le cinéma Katorza est installé rue Corneille à Nantes depuis 100 ans.
Le cinéma Katorza est installé rue Corneille à Nantes depuis 100 ans. — F.Brenon/20Minutes
  • Le Katorza est installé depuis 100 ans rue Corneille à Nantes. Il n’a jamais changé de nom.
  • Son ouverture, le 4 juin 1920, est l’œuvre d’un forain tunisien, Salomon Katorza.
  • La salle d’art et d’essai enregistre aujourd’hui 250.000 entrées par an en moyenne.

>> EDIT du 18 septembre 2020: A l'occasion du troisième et dernier clap de l'anniversaire du Katorza, nous vous reproposons de redécouvrir cet article publié en septembre 2019.

Ce n’est pas le cinéma le plus réputé de France, ni même le plus ancien. Mais il compte parmi les salles d’art et d’essai incontournables à l’échelle nationale et célèbre déjà ses 100 ans. De nombreuses animations et projections spéciales sont programmées ce week-end pour l’anniversaire du Katorza. L’occasion de commémorer son étonnante histoire, pleine de rebondissements. « Il a connu plusieurs vies mais n’a jamais changé de nom, ni d’adresse. Ça explique l’extraordinaire attachement qu’il y a pour ce cinéma », estime Caroline Grimault, directrice du Katorza. Retour sur ses grands moments.

Né du monde forain. C’est un certain Salomon Katorza, émigré tunisien s’étant fait connaître comme montreur d’images dans les foires, qui a acheté l’actuel bâtiment. « Le cinéma forain déclinait et il avait choisi d’investir à Nantes. La première projection fut, le 4 juin 1920, Barabas ou la maîtresse du juif errant », le ciné-roman de Louis Feuillade, raconte Caroline Grimault.

Détruit par les bombes puis reconstruit. Le 16 septembre 1943, en pleine projection de Monsieur la souris de Georges Lacombe avec Raimu, deux bombes américaines s’abattent sur le Katorza. « La salle était détruite mais, par miracle, il n’y a eu aucun mort. » L’histoire aurait pu s’arrêter là mais Annie Nouaille, l’emblématique directrice de l’époque, parvint à mettre à l’abri les projecteurs puis à rassembler les fonds pour reconstruire la salle. Le Katorza rouvrira finalement le 30 avril 1951.

A la pointe du progrès. Pendant les Trente glorieuses, les Français s’intéressent de plus en plus au 7ème Art et la concurrence fait rage, notamment avec l’Apollo, « l’ennemi juré ». Visionnaire, Annie Nouaille fait installer le Cinémascope en 1953 « avant toutes les autres salles de province ». Doté de la même clairvoyance, Jean-Serge Pineau, son successeur, fait du Katorza, dans les années 1970, l’un des premiers complexes multisalles de l’Ouest.

Le coup de pouce à Demy et Varda. En 1960, Jacques Demy tourne à Nantes son premier film : Lola. Il cherche un bar de cinéma, rencontre le directeur Jean-Serge Pineau et les deux hommes deviennent amis. « Non seulement le Katorza sera dans Lola mais, en plus, Jean-Serge Pineau participera à la logistique du tournage. » La réalisatrice Agnès Varda, compagne de Demy, était également une proche de Pineau. Elle venait régulièrement rue Corneille présenter ses films ou visionner ses essais. « Ces amitiés, c’est aussi ce qui a fait la singularité du Katorza », estime Caroline Grimault.

La polémique Godard. En février 1985, le Katorza programme le film Je vous salue Marie de Jean-Luc Godard. Les catholiques intégristes sont scandalisés et manifestent plusieurs jours devant le parvis. « Ils priaient, empêchaient les spectateurs d’entrer. La presse nationale suivait l’affaire, il y a eu des contre-manifestations, c’était très tendu. Godard avait appelé Jean-Serge Pineau en lui disant de ne pas lâcher ! »

Dans le dur puis le virage art et essai. Les années 1990 sont compliquées. Développement des multiplexes, guerre des prix et diffusion de la VO par le Gaumont fragilisent le Katorza. Souhaitant « assurer l’avenir », Jean-Serge Pineau vend en 1995 au groupe Soredic-Cinéville. « La programmation était jusque-là hyper variée. Mais comprenant qu’il fallait se démarquer, la nouvelle direction a peu à peu renforcé l’ancrage art et essai », explique Caroline Grimault. Des grands réalisateurs sont invités (Claude Sautet, Ken Loach, Mike Leigh…), des festivals sont créés. « Les spectateurs ont fait confiance. Et c’est aujourd'hui toujours génial de voir leur curiosité pour des films dont ils n’avaient pas entendu parler. »

Au programme du Clap 3 les 18, 19 et 20 septembre 2020

Vendredi, le Katorza propose un « prélude ciné-musical » de 25 minutes au théâtre Graslin à 17h45-18h40 et 19h40. Ensuite un cours d’aérobic grotesque cours Cambronne à 20h10. Puis une séance de plein air, Les Demoiselles de Rochefort, cours Cambronne, à 21h.

Samedi, toutes les séances du cinéma sont au tarif exceptionnel de 1 euro. Réservation sur place une à deux heures avant.

Enfin dimanche, des visites du Katorza sont organisées entre 9h30 et 17h dans le cadre des Journées du patrimoine. A 18h30, projection du film La Reine Blanche, tourné dans la région nantaise.