Des riverains discutent avec des migrants devant le gymnase Jeanne-Bernard où vivent près de 500 exilés.
Des riverains discutent avec des migrants devant le gymnase Jeanne-Bernard où vivent près de 500 exilés. — F.Brenon/20Minutes

MIGRANTS

Nantes : Les riverains du squat Jeanne-Bernard « n’en peuvent plus » et demandent au préfet d’agir

Les voisins du gymnase herblinois, occupé par environ 500 exilés, sont excédés par le maintien du squat

  • Près de 500 exilés, pour la plupart originaires d’Afrique, vivent dans des conditions extrêmement précaires sur le site Jeanne-Bernard à Saint-Herblain.
  • Les riverains disent ne plus supporter les « nuisances » et « l’insécurité ».
  • Ils réclament au préfet d’évacuer le lieu et de reloger les occupants dans des hébergements dignes.

La situation devient « intenable » dans le gymnase de l’ancien lycée Jeanne-Bernard à Saint-Herblain. Environ 500 personnes exilées, la plupart originaires d’Afrique, s’entassent désormais à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte, squattée depuis près d’un an faute de places disponibles dans les dispositifs d’accueil de l’Etat.

« C’est l’enfer, surtout la nuit, il y a du bruit tout le temps, c’est très difficile de dormir », explique un jeune homme tchadien. L’évacuation du squat, sollicitée par le diocèse, propriétaire du bâtiment, a bien été validée par la justice. Mais le préfet refuse d'exécuter la décision.

Un paradoxe qui énerve au plus haut point les riverains du gymnase. Si leur situation est évidemment bien plus confortable que celle des migrants, ils sont nombreux à « ne plus supporter » les « nuisances », les « attroupements » et les « sollicitations » exacerbés par la surpopulation du squat.

« Quand il y a de l’alcool, ça fait peur »

« La musique jusqu’au milieu de la nuit, les éclats de voix dans la rue, les bruits de marteaux lorsqu’ils construisent les cabanes, c’est particulièrement pénible. Mais c’est l’insécurité qui nous préoccupe le plus. Il y a eu des agressions, des intimidations. Les femmes se font apostropher lorsqu’elles vont prendre le tramway », raconte Jacques Bretonnière, voisin direct du squat et président du collectif de riverains.

« Globalement, ça se passe bien, mais il y a parfois des individus alcoolisés et là, ça fait peur », ajoute Solène, une voisine. « Un homme agité est entré chez nous et a menacé ma compagne avec un tesson de bouteille. On retrouve des excréments dans le jardin. Ce n’est plus possible. Je ne sais plus quoi dire à mon fils de 5 ans », ajoute Jérôme, qui habite dans la même rue.

Manifestation de riverains du gymnase Jeanne-Bernard, occupé par des personnes migrantes.
Manifestation de riverains du gymnase Jeanne-Bernard, occupé par des personnes migrantes. - F.Brenon/20Minutes

« Nous ne sommes pas des adhérents du RN »

Ces riverains, dont une centaine ont manifesté leur « ras-le-bol » jeudi dernier, se disent « abandonnés par les pouvoirs publics ». « En centre-ville, on ne laisserait pas la situation s’éterniser de la sorte », déplore Jérôme, persuadé que son quartier herblinois, situé non loin du tramway Beauséjour, n’est « pas assez visible ».

« On n’est pas contre les migrants, assure Jacques Bretonnière. On veut, comme eux, que le droit s’applique et qu’ils puissent être relogés dans un endroit digne. » « De l’extérieur, je sais que certains considèrent qu’on n’a pas le droit de se plaindre, ajoute une mère de famille. Nous ne sommes pas des adhérents du RN. On a de la peine pour ces pauvres gens. Mais être à côté d’un squat aussi énorme, c’est invivable. Ça aussi, il faut que le préfet l’entende. »

« On sait que c'est difficile pour les voisins. Avec certains, ça se passe bien, on discute, ils nous apportent de la nourriture. On est tellement, c'est catastrophique. Mais on n'a pas le choix d'aller ailleurs », confie un jeune homme guinéen présent au gymnase depuis février. L’intercollectif « Personne à la rue ! » réclame toujours un « tour de table urgent des acteurs à même de stopper cette crise humanitaire ».

Il y a un an, l'expulsion du square Daviais

Le 20 septembre 2018, le campement du square Daviais, en centre-ville de Nantes, où plus de 600 migrants vivaient dans des tentes, était évacué. La mise à l'abri des occupants était organisée par la mairie de Nantes et les services de l'Etat. Un an plus tard, après avoir été relogés de manière transitoire dans des gymnases, tous ont pu bénéficier d'un hébergement en Loire-Atlantique, assure la mairie de Nantes. Une solution « vient d'être trouvée » pour les dernières personnes accueillies provisoirement sur le site de la caserne Mellinet.