Nantes: Les questions que l'on se pose sur le futur CHU de Nantes

SANTE Malgré les détracteurs, l'Etat et la ville de Nantes ont signé ce mardi le permis de construire du nouvel hôpital prévu pour ouvrir en 2026

Frédéric Brenon

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Le hall d'entrée principal du futur CHU de Nantes.
Le hall d'entrée principal du futur CHU de Nantes. — Art&Build-Pargade
  • Le nouveau CHU doit voir le jour sur l'île de Nantes à l'horizon 2026.
  • Il regroupera les sites hospitaliers Hôtel-Dieu et Laënnec.
  • Le permis de construire vient d'être signé. Les travaux pourraient débuter en 2020.

Après plusieurs années de débat et critiques exprimées, le projet de nouveau CHU de Nantes a franchi une étape majeure avec la signature mardi de son permis de construire. Prochaine étape : le coup d’envoi des travaux à l’automne 2020 pour une mise en service prévue en 2026. Ce qu’il faut savoir sur l’un des plus gros projets hospitaliers en France.

Pourquoi un nouvel hôpital ?

L’objectif est « d’anticiper les évolutions de la médecine » et d’améliorer les performances du CHU, des chercheurs et des enseignants en réunissant les activités sur un même site. Les hôpitaux Hôtel-Dieu et Laënnec, aujourd’hui éloignés et jugés « vieillissants », seront donc regroupés dans un bâtiment neuf. Une nouvelle faculté de santé serait construite juste à côté.

A quoi ressemblera-t-il ?

Résolument bas (six étages maximum), ouvert et étalé, le futur CHU tranchera avec les actuels bâtiments imposants de l’Hôtel-Dieu et de Laënnec. L’hôpital sera en effet constitué d’une quinzaine d’îlots reliés par des passerelles et des allées piétonnes. L’îlot central, qui accueillera les blocs opératoires, sera le plus grand mais aussi le moins haut (trois étages). « On a choisi un projet modulaire de manière à pouvoir s’adapter aux évolutions imprévues », précise Gilles Potel, chef du service des urgences. « Nous disposons d’un peu de place pour nous agrandir en cas de besoin », confirme Philippe Sudreau, directeur général du CHU.

Pourquoi le choix de l’île de Nantes est-il contesté ?

Le nouvel hôpital doit voir le jour au pied du pont des Trois-Continents, sur la rive sud de l’île de Nantes. Les critiques reprochent au site d’être difficile d’accès, d’être en zone inondable, d’être coûteux à construire en raison de la nature des sols, d’être sous-doté en stationnement ou d’être positionné trop près des urgences de la clinique Le Confluent. « C’est un site exceptionnel en bord de Loire et au cœur de la centralité métropolitaine », argumente Alain Robert, adjoint au maire de Nantes. « Il sera à deux pas du pôle logistique Saint-Jacques », ajoute le directeur général du CHU.

Pourquoi y aura-t-il moins de lits ?

C’est l’un des principaux points d’inquiétude soulevés par les syndicats. Le futur hôpital disposera de 1.380 lits, soit 200 de moins qu’actuellement (1.100 à Hôtel-Dieu, 500 à Laënnec). « Tous les services ont déjà du mal à trouver des lits. Avec une population qui va augmenter et, surtout, vieillir, on va droit dans le mur », estime Olivier Terrien, secrétaire de la section CGT. La direction du CHU répond qu’elle va augmenter les soins ambulatoires (prise en charge à la journée). « Le développement de la télémédecine, la mise en réseau des hôpitaux publics, vont également permettre de soigner les gens différemment, croit Philippe Sudreau. Nous sommes sereins sur les hypothèses que nous avons faites. »

Le CHU de Nantes.
Le CHU de Nantes. - SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Combien va-t-il coûter ?

Près d’un milliard d’euros ! Le coût total est précisément de 953 millions, dont 108 millions d’euros d’équipements et mobilier neufs. L’Etat apportera 225 millions d’euros. Le reste sera financé par l’hôpital, soit par des emprunts (414 millions d’euros), soit par ses bénéfices passés et à venir (314 millions d’euros). Ce dernier point intègre la future vente du site Laënnec, à Saint-Herblain, estimée à 30 millions d’euros. La direction du CHU table aussi sur des économies d’échelle importantes permises par le regroupement sur un site unique (plateaux mutualisés, moins de transferts en ambulances).

Les conditions de travail seront-elles meilleures pour le personnel ?

« Les espaces de soins et de travail seront conçus pour faciliter le quotidien des professionnels », promet la direction du CHU. Le pôle des urgences, concerné depuis plusieurs mois par un mouvement de grève, sera agrandi et « calibré pour faire face à la hausse d’activité de 3 % à 4 % par an ». Et les effectifs dans tout ça ? « On continuera à accompagner les besoins », indique Philippe Sudreau, sans toutefois s’engager sur des chiffres de recrutements. Le CHU de Nantes emploie aujourd’hui 12.000 personnes, ce qui en fait le premier employeur de la région Pays-de-la-Loire. Le personnel dénonce régulièrement une charge de travail jugée trop importante.

Peut-il y avoir encore des obstacles ?

Le projet de nouvel hôpital peut encore être contesté en justice, notamment le permis de construire. L’Etat s’y tient évidemment prêt. « Nous verrons. Les recours font partie de la vie démocratique », commente le préfet Claude d’Harcourt. Les opposants se disent aussi que le projet peut encore capoter sur le volet financier. « Le CHU se porte bien sur le plan économique », rassure Philippe Sudreau, son directeur.

Que deviendront les bâtiments hospitaliers actuels ?

Ils fermeront dès l’ouverture du nouvel hôpital. Le site Laënnec, à Saint-Herblain, sera vendu. Le site Hôtel-Dieu, lui, sera récupéré par la ville de Nantes. Ses imposants bâtiments seront probablement démolis. « C’est un site extraordinaire pour bâtir un nouveau quartier de centre-ville », s’enthousiasme Alain Robert, adjoint au maire de Nantes. La priorité devrait être donnée aux logements. En attendant, le CHU « continuera bien évidemment d’entretenir » les deux sites hospitaliers.