Nantes: Les différents quartiers de la ville jouent leur Coupe d'Afrique des Nations à eux

FOOTBALL Une intiative de trois jeunes des quartiers Nord de Nantes est à l'origine de ce tournoi, dont la finale aura lieu au stade de l'Amande samedi (16 heures)

David Phelippeau

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Pendant l'hymne algérien...
Pendant l'hymne algérien... — D.P. / 20 minutes
  • Trois jeunes des quartiers Nord de Nantes ont organisé – quasiment seuls – une Coupe d'Afrique des nations de la ville.
  • Des joueurs originaires de quartiers de Nantes et du même pays africain ont constitué seize équipes.
  • « 20 Minutes » a assisté à la demi-finale Tunisie-Algérie, mercredi soir.

Ce mercredi soir, au stade de l’Amande, quartier du Chêne des Anglais, au nord de Nantes, c’est Tunisie-Algérie. « Le derby… », se marre un des nombreux spectateurs. Il est 19 h 15, le speaker Biggy, assis sur une glacière, exhorte les joueurs à s’échauffer. Le match aurait dû commencer à 19 heures, mais bouchons et horaires de travail obligent, la demi-finale de la Coupe d'Afrique des Nations de Nantes commencera finalement avec 30 minutes de retard.

Une initiative personnelle non soutenue par les collectivités

C’est la première fois que l’événement a lieu dans la ville. Trois jeunes des quartiers Nord – Anyssa, Simba et Achille – se sont inspirés de ce qu’il s’est passé à Evry en région parisienne en mai dernier (pour la première fois aussi). La CAN Epinetzo s’est tenue dans l’Essonne. Grâce à Snapchat, les trois Nantais lancent l’idée. Le 8 juin, au stade de la Trocardière, des matchs amicaux avec une dizaine d’équipes ont valeur de test. Essai transformé. Le bouche-à-oreille fait son œuvre. La Coupe d'Afrique des Nations de Nantes est née. L’association nantaise « Maison de l’Afrique » apporte un soutien logistique, « des conseils et une subvention », précise Guillaume Mvondo de l’asso.

Les trois jeunes organisateurs impriment des tee-shirts, font faire des affiches, achètent une grande enceinte (et des micros), des médailles et une coupe pour le futur vainqueur. « Les gars ont quasiment tout fait sans aide et avec de la bonne volonté », félicite Abdel-Kader, « sélectionneur » de l’Algérie, pointant du doigt cependant l’absence de contribution des collectivités locales.

Simba, Anyssa et Achille, les organisateurs.
Simba, Anyssa et Achille, les organisateurs. - D.P. / 20 minutes

Pendant plus d’un mois, 16 formations (avec 20 joueurs par équipe) se sont affrontées sur la pelouse synthétique du stade de l’Amande, devant parfois 300 à 400 personnes. « On a rassemblé des gens qui ne se connaissaient pas pour la plupart avant, qui viennent de différents quartiers de la ville, qui sont originaires du même pays d’Afrique et qui parlent le même langage : le foot, résume Simba. On a voulu ramener la paix dans les quartiers, c’est vraiment l’objectif. »

L’organisateur fait forcément allusion aux tensions qui règnent au quotidien dans certaines zones urbaines de Nantes. « Cela montre que la coexistence entre tous ces gens est possible, poursuit Abdel-Kader, casquette vissée sur la tête. Avec cet événement, on cherche ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. »

Abdoulaye Touré était contre…

Et alors que la deuxième demi-finale (Gambie-Ghana) doit se tenir ce vendredi (19 heures) et la finale samedi (16 heures), le tournoi est déjà « une grande réussite ». « Abdoulaye Touré, joueur du FCN, du quartier Malakoff, n’était pourtant pas d’accord avec cet événement, il nous avait dit qu’il y aurait des embrouilles et que ça tournerait mal, on a voulu lui prouver le contraire », peste, timidement, Achille, organisateur. Mercredi soir, lors de Tunisie-Algérie, un tacle à hauteur du genou a bien failli mettre le feu aux poudres, mais finalement, le calme est revenu après quelques minutes de palabres.

Les remplaçants de l'Algérie pendant la demi-finale.
Les remplaçants de l'Algérie pendant la demi-finale. - D.P. / 20 minutes

Le match ? Juste après les hymnes nationaux, l’Algérie - composée d’éléments venus de La Chapelle-sur-Erdre, quartier La Beaujoire ou République etc... - a ouvert le score provoquant l’envahissement du terrain par des jeunes supporters et l’intrusion d’un scooter… Puis, la Tunisie au bout du bout a arraché les tirs au but grâce à un penalty transformé par Rabi Nebti, de Bellevue. Tout cela sur fond de musique traditionnelle des deux pays diffusée à tue-tête.

« Hey frère, la balle était sortie ! » Les reproches aux arbitres bénévoles ont évidemment perturbé la rencontre. « On est là pour gagner avec le maillot de notre équipe nationale », avoue Faissal Mannai, lui aussi de Bellevue. « On ne sait pas d’où viennent certains de nos partenaires, mais ce n’est pas grave, on est là pour défendre sa Nation, son maillot », lance l’auteur de l’égalisation tunisienne.

Après une série de tirs au but interminable et électrique, la Tunisie finit par l’emporter. Scène de liesse sur la pelouse. Intrusion d’un nouveau scooter. « On va la gagner cette CAN ! », hurle un jeune, couvert d’un drapeau tunisien.

Juste avant la série de tirs au but...
Juste avant la série de tirs au but... - D.P. / 20 minutes