Mort d'Aboubacar Fofana à Nantes: Un an après, la famille s'inquiète de la «lenteur» de la justice

JUSTICE La mort du jeune homme, tué lors d'un contrôle de police , avait déclenché des émeutes à Nantes

Frédéric Brenon

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Dépôt de fleurs sur le lieu de la mort d'Aboubacar Fofana, le 5 juillet 2018 à Nantes.
Dépôt de fleurs sur le lieu de la mort d'Aboubacar Fofana, le 5 juillet 2018 à Nantes. — S.Salom-Gomis/Sipa
  • Aboubacar Fofana a été tué, au volant de sa voiture, le 3 juillet 2018 quartier du Breil.
  • Le policier auteur du coup de feu évoque un tir accidentel et a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
  • Un an plus tard, les proches du jeune homme attendent toujours des réponses.

Le 3 juillet 2018, Aboubacar Fofana, 22 ans, trouvait la mort lors d’un contrôle de police, quartier du Breil-Malville à Nantes. Le drame avait été le point de départ de cinq journées d’émeutes dans les quartiers nantais, marquées par d’importants dégâts. Un an plus tard, les proches du jeune homme attendent toujours des réponses. Après avoir évoqué une situation de légitime défense, le CRS auteur du coup de feu était revenu sur ses propos et avançait un tir « accidentel ».

Il avait été mis en examen le 6 juillet 2018 pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Depuis, l’instruction se poursuit, lentement. Ni le prévenu, ni les parties civiles, n’ont, pour l’heure, été entendues par le juge d’instruction, selon des proches du dossier.

« Compliqué d’attendre aussi longtemps »

« Mes clients ne comprennent pas cette lenteur, réagit Franck Boezec, avocat de la mère, la sœur et le frère d’Aboubacar Fofana. Ils sont très dignes, font confiance à la justice, mais c’est compliqué pour eux d’attendre aussi longtemps. Je partage leur inquiétude. Dans un dossier criminel, il est quand même assez peu fréquent que le mis en examen n’ait pas été interrogé pendant un an. » L’avocat du policier, lui, se montre moins pressé. « La machine judiciaire est en marche. Mon client a reconnu ses actes et devra en répondre. Ça ne sert à rien de refaire tout un foin autour de ça », commente Laurent Franck-Liénard, spécialisé dans la défense des forces de l’ordre.

Le CRS, originaire de Dordogne, a repris le travail, sans autorisation de porter une arme. L’enquête administrative diligentée par l’IGPN, la police des polices, s’est également achevée. Ses conclusions n’ont pas été divulguées. « Mon client est toujours aussi mal, ajoute Laurent-Franck Liénard. Il a tué quelqu’un, ça ne va pas s’effacer. Donc c’est évidemment difficile pour lui, en particulier à l’approche de la date anniversaire. »

La famille appelle au « calme »

La famille de la victime, elle aussi, « appréhende » ce « moment particulier qui ravive la douleur », selon Franck Boezec. Elle appelle tout le monde à « garder son calme ». « C’est un dossier sensible dans un contexte particulier. La justice a besoin de sérénité pour travailler. Le souci principal de mes clients, c’est de connaître la vérité », rappelle l’avocat de la partie civile​.

Une plaque commémorative a été accrochée par les proches d'Aboubacar Fofana, quartier du Breil à Nantes.
Une plaque commémorative a été accrochée par les proches d'Aboubacar Fofana, quartier du Breil à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

En début de semaine, une plaque commémorative, sombre et sobre, a été accrochée par les proches d’Aboubacar Fofana sur un muret près du lieu du drame. Une marche blanche pourrait également avoir lieu ce mercredi après-midi dans le quartier du Breil.

Mort au volant de sa voiture en tentant de fuir?

Selon les explications fournies le 6 juillet 2018 par le procureur de la République, Aboubacar Fofana, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt, aurait décliné une fausse identité lors d’un contrôle durant lequel il était seul au volant d’une Nissan. Après plusieurs minutes d’échanges avec les CRS, il aurait tenté de fuir en enclenchant soudainement une marche arrière, frôlant un policier et des enfants. La voiture aurait heurté un véhicule garé juste à côté avant qu'Aboubacar Fofana puisse poursuivre sa course. C’est à ce moment-là que le suspect aurait tenté de se saisir du volant et aurait ouvert le feu accidentellement.