Nantes: La préfecture n’évacuera pas le gymnase de migrants, la décision fait scandale

SOCIAL La justice a donné jusqu’au 9 juin aux réfugiés pour quitter leur squat insalubre. La préfecture prévient qu’elle n’agira pas

Frédéric Brenon

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Des personnes réfugiés dans le squat du gymnase Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain.
Des personnes réfugiés dans le squat du gymnase Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain. — L.Venance/AFP
  • L'ancien gymnase du lycée Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain, est occupé par plus de 300 migrants.
  • La justice leur a donné jusqu'au 9 juin pour quitter les lieux.
  • L'Etat fait savoir qu'il ne les prendra pas en charge et n'enverra pas non plus les forces de l'ordre.

Que vont devenir les migrants du gymnase Jeanne-Bernard à Saint-Herblain ? Depuis octobre, plus de 300 personnes vivent entassées les unes contre les autres dans la salle de sport désaffectée de cet ancien lycée. Préoccupé par les « conditions de vies indignes », les « problématiques de sécurité » et l’arrivée régulière de nouveaux occupants, le diocèse, propriétaire du site, avait saisi la justice pour obtenir la libération des lieux. Le tribunal lui avait donné raison fin mars, ordonnant aux réfugiés de quitter le squat avant le 9 juin, date à partir de laquelle ils risquaient une expulsion par les forces de l’ordre.

Seulement voilà, à l’approche de l’échéance, les migrants restent sans solution alternative. Et l’Etat, dont l’accueil des demandeurs d’asile est la compétence, annonce désormais qu’il ne les prendra pas en charge et qu’il n’aura pas non plus recours à la force publique « dans les prochaines semaines » pour les faire partir. En clair, les migrants peuvent rester sur place, sans espoir d’une mise à l’abri décente.

« Ce n’était pas le discours jusqu’à présent »

« L’augmentation non maîtrisée de la population et l’absence totale de gestion du site aboutissent à ce que l’évacuation et l’hébergement d’un nombre aussi important ne sont plus envisageables et est source de troubles à l’ordre public par l’absence de réponse pour toutes les personnes présentes », justifie la préfecture de Loire-Atlantique.

Des personnes exilées ont trouvé refuge dans un gymnase désaffecté à Saint-Herblain.
Des personnes exilées ont trouvé refuge dans un gymnase désaffecté à Saint-Herblain. - L.Venance/AFP

Une réponse qui ne convient pas du tout au diocèse. « Ce n’était pas le discours tenu jusqu’à présent. Nous voulons voir le préfet en face-à-face pour comprendre. La situation à Nantes n’a pourtant pas changé du jour au lendemain. On voit qu’il y a des carences de l’Etat dans l’accueil des migrants, si maintenant il y a aussi des carences dans l’application de la loi, ça pose question », réagit Xavier Brunier, responsable de la solidarité au diocèse.

« Une attitude honteuse, pitoyable »

Les associations venant en aide aux migrants du gymnase ne décolèrent pas, elles non plus. Elles manifestent d’ailleurs leur « indignation » devant la préfecture ce mercredi soir. « L’attitude de l’Etat est honteuse, pitoyable. Sa stratégie est clairement de pourrir la situation. Il n’agit pas et espère que les gens, dépités, vont partir ailleurs. Il reporte en plus sa responsabilité sur des citoyens et associations dont les motivations sont uniquement humanitaires », reproche Corinne Ducleux, porte-parole du collectif Soutien migrants Nantes.

Du côté de la mairie de Saint-Herblain, on goûte également peu à l’immobilisme de la préfecture. « Une nouvelle fois l’Etat se défausse, commente-on dans l’entourage du maire socialiste. C’est une mauvaise nouvelle à la fois pour les migrants, qui vivent dans des conditions déplorables, et pour les riverains, qui subissent des nuisances. La ville de Saint-Herblain n’a pas la capacité de loger ces personnes. C’est à l’Etat de trouver des réponses. »