«J’ai une tête, et pas que des mains!» Audric, 21 ans, est le meilleur jeune fleuriste de France

PORTRAIT Le jeune feuriste nantais n'en est pas à son premier titre, afin de se prouver qu’il a « sa place dans le métier »

Julie Urbach

— 

Audric Ronfort, 21 ans, meilleur jeune fleuriste de France 2019
Audric Ronfort, 21 ans, meilleur jeune fleuriste de France 2019 — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Audric Ronfort, 21 ans, vient de remporter l'oscar du meilleur jeune fleuriste de France 2019.
  • « Je me lâche totalement dans des choses que je ne pourrais jamais vendre en boutique », indique le Nantais.

Certains jeunes de son âge écument les salons d’orientation pour tenter de trouver leur voie. Lui annonçait dès l’école primaire, comme une lubie encore « impossible à expliquer », qu’il deviendrait fleuriste. A 21 ans, Audric Ronfort vient de décrocher le titre de meilleur jeune fleuriste de France, à l’issue d’une série de cinq épreuves de plusieurs heures chacune. Un moyen pour ce Nantais, féru de ce genre de concours, d’exprimer « sa créativité », tout en se prouvant qu’il a « sa place dans le métier ».

Si le visage de ce jeune homme vous dit quelque chose, c’est parce que parmi ses autres titres figure notamment la victoire à l’émission de TF1 «C’est le Bouquet», une compétition de fleuristes diffusée en 2017. Ou alors parce que vous fréquentez la boutique Jean Tessier à Nantes où Audric, qui y travaille depuis deux ans, a ses fans. « Certains sont venus me demander des bouquets, et des photos après l’émission, sourit le jeune homme, un peu gêné. Mais l’essentiel c’est d’avoir pu montrer aux gens tout ce qu’on peut faire avec des fleurs. Et qu’un bouquet, ce n’est pas que trois roses rouges que l’on met ensemble ! Il y a tellement de propositions et de formes possibles. »

« Sensibilité et amour »

Ce qu’Audric (qui dit être tellement habitué à l’odeur du magasin qu’il ne la sent plus) préfère dans l’art floral, c’est la confection. S’il aime dire qu’un beau bouquet est fait « avec sensibilité et amour », il faut aussi veiller à respecter l’équilibre de couleurs, de textures et de relief. « L’objectif que chaque fleur se sublime l’une l’autre. C’est ce qu’il se passe quand on met une calme et une nerveuse : une rose avec un chardon par exemple » En ce moment, il aime bien travailler les camaïeux de couleurs pastel : rose, saumon, blanc… « C’est très fin, observent deux clients. On adore son travail très simple, sans plastique ou autre feuille de papier colorée qui ne sert à rien. »

Lors des nombreux concours auxquels il se présente, le jeune homme, qui a grandi au Mans, montre sa deuxième facette. Couronnes de fleurs, maquettes de jardins, compositions démesurées… « Avec le stress, je me lâche totalement dans des choses hors normes que je ne pourrais jamais vendre en boutique. Par exemple avec cet énorme bouquet de renoncules et de branchages de 150 tiges, avec lequel j’ai remporté le titre la semaine dernière… On dirait qu’il est vivant, on a envie de se promener dedans. »

« Aujourd’hui, mes proches sont fiers »

Ce « métier passion » permet à Audric de passer un autre message. S’il assure que personne ne s’est farouchement opposé à ce qu’il entre en CAP en fin de collège, malgré de bons résultats scolaires, il n’a pas senti de réel enthousiasme non plus. « Je ne le fais pas pour ça, mais aujourd’hui mes proches sont fiers, indique-t-il. Ce genre d’études sont vues comme une voie de garage, pour ceux qui ne sont pas capables d’aller en lycée général. Mais je vous assure que j’ai une tête, et pas que des mains ! Comme beaucoup d’apprentis que je connais. »

D’ailleurs, sa tête est déjà en Russie, où le jeune homme représentera la France dans son domaine aux Olympiades mondiales des métiers, à Kazan au mois d’août. « Je suis déjà en train de me préparer, en cherchant des sources d’inspiration. Je regarde ce qui se fait en art floral sur les réseaux sociaux, mais surtout autour de moi : dans les jardins, dans la rue, mais aussi au Musée d’arts ou je repère plein de jolies formes. »