VIDEO. Nantes: Deux ans et 32.000 km à vélo (pour la bonne cause), ils bouclent leur incroyable défi

AVENTURE Deux frères de la région nantaise ont rejoint Québec à Ushuaia (Argentine) en collectant des fonds pour l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque

Frédéric Brenon

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Vincent et Jérémy Dravet sur les montagnes du Pérou.
Vincent et Jérémy Dravet sur les montagnes du Pérou. — The Biking Bros'Heart
  • Le duo, qui s'est élancé en 2017, vient d'arriver à Ushuaia, sa destination finale.
  • Ils ont traversé le continent américain du nord au sud à la force des mollets.
  • Leur projet vise à récolter des fonds pour soigner des enfants souffrant de malformations cardiaques.

Mission accomplie ! Deux ans après leur départ de Québec (Canada), Vincent et Jérémy Dravet, deux frères âgés de 26 et 27 ans originaires de Sautron, près de Nantes, ont rallié samedi Ushuaia (Argentine), la ville la plus au sud du continent américain. Au total, ils auront traversé 15 pays et parcouru 32.000 kilomètres. A vélo. Car c’est bien à la force des mollets, en transportant leur matériel de bivouac, qu’ils ont réalisé ce « défi sportif et solidaire » au profit de l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque. Grâce à leur mobilisation, 32.500 euros ont été récoltés durant le voyage. Un euro par kilomètre, autre objectif atteint. Pour 20 Minutes, ils racontent leur aventure.

L’arrivée finale à Ushuaia. « Ça a été une grande émotion. Ushuaia, c’est un soulagement, un aboutissement, ça représente tout. Deux ans qu’on n’a que ça en tête ! En plus, on a fini accompagné de quatre cyclotouristes. C’était un beau moment de joie collective. Ça symbolise les magnifiques rencontres qu’on a pu faire. Dimanche, on s’est réveillé en se disant que, pour la première fois, on n’avait pas à rouler, ça fait bizarre. »

Les meilleurs souvenirs. « Les plus beaux paysages étaient peut-être au sud-Lipez, en Bolivie. C’est comme un immense désert à 4.500 m d’altitude, on avait l’impression d’être sur une autre planète ! On a aussi assisté à une éruption volcanique de nuit, au Guatemala, très impressionnant. En Patagonie, on a traversé des paysages avec beaucoup d’eau, beaucoup de cascades, des glaciers. Ça fait prendre conscience de la fragilité de notre planète. On retient également les innombrables animaux croisés en chemin. En particulier des dauphins et baleines aperçus depuis la rive au Chili. »

Vincent et Jérémy Dravet sont arrivés à Ushuaia samedi.
Vincent et Jérémy Dravet sont arrivés à Ushuaia samedi. - The Biking Bros'Heart

Les rencontres. « On a passé pas mal de nuits chez des particuliers, notamment grâce à des sites Internet d’entraide entre cyclotouristes. On faisait des petits plats français pour les remercier. Au Mexique, on a été accueilli une semaine chez une famille à Durango. Ça nous a ouvert les yeux. Il y a eu beaucoup de rencontres spontanées ensuite. On a dormi dans des casernes de pompier, chez la police, dans des écoles, des églises… En demandant l’hospitalité, on nous ouvrait facilement des portes. »

Les moments de galère. « Le plus difficile physiquement ça a été le Pérou et la Bolivie. On a été haut en altitude, c’est éprouvant, ça grimpe. On est sorti lessivés. Entre le Chili et l’Argentine, on a également dû pousser le vélo en panne pendant une dizaine de kilomètres sur une piste, sous la pluie, dans le froid. Il y a aussi forcément quelques regrets. Comme au Salvador et au Honduras, deux pays réputés très violents, où on ne s’est pas attardé, on a fait que pédaler. Pareil en Equateur, c’était la saison des pluies, on ne voyait pas grand-chose. »

Les dons pour les enfants malades. « Avant même notre départ, on avait déjà réuni 24.000 euros grâce à diverses actions. On a aussi collecté pas mal d’argent pendant le voyage auprès de locaux et touristes qui ont été touchés par le projet. Aujourd’hui, on est à 32.500 euros. Ça a déjà permis de financer deux opérations d’enfants souffrant de malformations cardiaques (Rihan, originaire du Rwanda, et Maïté, originaire du Burkina). C’est beau. Une troisième opération est prévue si on atteint 36.000 euros ces prochaines semaines. On est confiants. Beaucoup de gens nous aident. »

Les atouts du voyage à vélo. « C’est un mode de transport écologique, très pratique, on peut s’arrêter quand on a envie. Il n’y a pas de carrosserie, les gens nous adressent la parole très facilement. Je pense que c’est accessible à tout le monde. On a vu des cyclotouristes de tous âges, de tous profils. Une Américaine de 57 ans qui a vaincu le cancer roulait de l’Alaska à Ushuaia. Ce sont des exemples inspirants. Le plus dur c’est d’accepter l’inconnu lié au voyage. »

Le budget de l’aventure. « En gros, 25.000 à 30.000 euros à deux. On avait économisé et travaillé pour ce voyage. On avait aussi des aides matérielles avec des partenaires. Il faut se rendre compte que le voyage à vélo est très peu coûteux. Il n’y a pas d’essence. On n’a quasiment rien dépensé en logement. Notre principale dépense était l’alimentation. »

Le matériel, les pannes. « On a eu une cinquantaine de crevaisons. On a changé plusieurs fois la chaîne, les rayons, des pièces… Heureusement, on a toujours trouvé une solution. Nos vélos pesaient 40-45 kg en moyenne. Un peu plus même en Bolivie où on avait besoin de 8 jours d’autonomie de nourriture en raison de l’isolement. On avait des sacoches étanches dans lesquelles on pouvait transporter beaucoup de choses. »

Le regard éloigné sur la France. « On se rend compte en Amérique qu’il y a de gens qui vivent avec très peu et n’ont pas l’air pour autant beaucoup plus malheureux que nous. Ça donne le sentiment qu’on a en Europe une culture relativement matérialiste, qu’on devrait s’intéresser davantage aux relations humaines. On prend conscience également de la chance qu’on a d’habiter en France, sur l’accès à l’éducation et à la santé​ en particulier. On relativise beaucoup. »

L’incertitude du retour. « On arrive à Paris le 9 mars et on tient à rentrer à vélo jusqu’à Sautron. Après, pour la suite, c’est encore flou. Il faudra trouver un travail, on ne sait pas encore quoi exactement. On étudiera les opportunités dans nos domaines de formation (management pour l’un, ingénierie pour l’autre). Il y a aussi des choses comme les questions traitant de la pollution, la promotion du vélo, qui nous intéressent. »