Nantes: Les migrants du gymnase Jeanne-Bernard attendent avec angoisse leur expulsion

SOCIAL Le diocèse demande à la justice la libération de la salle de sport désaffectée où 200 exilés ont trouvé refuge

Frédéric Brenon

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L'ancien gymnase Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain, est occupé par des migrants depuis octobre.
L'ancien gymnase Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain, est occupé par des migrants depuis octobre. — F.Brenon/20Minutes
  • Plus de 200 migrants vivent les uns contre les autres, sans chauffage, dans un gymnase d'un ancien lycée.
  • Le diocèse estime que les conditions ne permettent plus d'héberger les migrants sur ce site.

Quand ils ont trouvé refuge dans les lieux, fin octobre, juste après l’expulsion du square Vertais, ils étaient une soixantaine. Quatre mois plus tard, plus de 200 exilés occupent le gymnase de l’ancien lycée Jeanne-Bernard, quartier Beauséjour à Saint-Herblain. Des tentes collées les unes aux autres, pas de chauffage, une seule douche, deux points d’eau pour la cuisine, des nuisances sonores. « Les conditions sont indignes », selon les associations de soutien aux migrants. « Il faut que ça s’arrête », estime le diocèse, propriétaire du gymnase. Une demande d’expulsion auprès de la justice « est en cours », confirme-t-il.

« C’est une position difficile à défendre mais on ne peut plus laisser la situation empirer, estime Xavier Brunier, délégué de l’évêque de Nantes. Il y a des tensions, des inquiétudes pour la sécurité. Le gymnase n’est pas en bon état. Par ailleurs, des mineurs isolés vont arriver sur un site voisin. La proximité directe d’un squat d’adultes ne serait pas une bonne chose pour leur accueil. »

Une solution pour 70 personnes

Le diocèse se dit prêt à héberger 70 migrants au foyer Gaston-Turpin, dont il est propriétaire, avec une prise en charge financière de la mairie de Nantes. « Le compte n’y est pas » s’alarment les associations de soutien, craignant que la majeure partie des occupants du gymnase se retrouve sans abri. « Leurs conditions de vie seront pires que tout s’ils sont à la rue. Entre mourir de froid dehors et rester dans ce gymnase, le choix est vite fait », réagit Stéphane, de L’Autre cantine.

Les associations espéraient que le diocèse puisse ouvrir les portes de l’ancien collège Notre-Dame-du-Bon-Conseil, actuellement désaffecté. « Le lieu, immense, n’est pas idéal. Et, financièrement, le diocèse ne peut pas agir seul », se défend Xavier Brunier. Elles réclament surtout que l’Etat, dont la politique d'asile est la compétence, « trouve sans attendre des solutions d’hébergement dignes ».

« Des locaux vides, il y en a plein »

« Des locaux vides sur la métropole, il y en a plein. Le préfet a le pouvoir d’en réquisitionner, peste François Prochasson, du collectif Soutien Migrants Nantes. Ces personnes méritent un minimum de respect. Elles ne sont pas arrivées ici de gaîté de cœur. Si on croit qu’en les humiliant, elles retourneront dans leur pays, on se trompe. Il faut agir avec lucidité et humanité. »

Les intéressés, eux, attendent avec angoisse. « Il y a des rumeurs inquiétantes, raconte Mickaël, 38 ans, arrivé de Guinée il y a quatre mois. On entend dire qu’on va devoir partir. Mais où ? Quand ? On ne sait rien. Dehors, ce serait terrible. Je ne m’étais pas imaginé ça avant de venir en France. Heureusement, les Nantais sont généreux. Beaucoup nous viennent en aide. »