Nantes: Face au stage de 3e, déjà des inégalités «en pleine poire»

EDUCATION Des entreprises sont venues à la rencontre de collégiens qui ne parviennent pas à trouver de stage...

Frédéric Brenon

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Entretien entre élèves  de 3e et un employeur (Trempolino), mercredi 7 novembre au collège Rosa-Parks à Nantes
Entretien entre élèves de 3e et un employeur (Trempolino), mercredi 7 novembre au collège Rosa-Parks à Nantes — F.Brenon/20Minutes

« J’ai écrit, j’ai appelé, je me suis même déplacé une fois. Mais on me disait toujours qu’il n’y avait pas de place ou que je ne demandais pas à la bonne personne. » Erlind, 14 ans, doit effectuer fin novembre son stage obligatoire d’observation du monde du travail​. Mais comme de nombreux élèves de 3e, il « galère » pour trouver une entreprise acceptant de l’accueillir trois à cinq jours. La plupart se rabattent, par défaut, sur les employeurs des parents ou d'un membre de la famille. Une issue « impossible » pour Erlind et une quinzaine d’élèves du collège Rosa-Parks, dans le quartier du Breil à Nantes.

« L'horizon est trop petit et ils ne s'en sortent pas »

Pour leur éviter de rester bredouilles, un « stage dating » était donc organisé mercredi à l'initiative du conseil départemental et de Nantes métropole. Sept entreprises sont venues à la rencontre des jeunes avec des offres de stages à la clé.

« Leur difficulté c’est principalement un problème de réseau. Leurs parents ne peuvent pas les aider alors ils vont demander autour d’eux, au sein du quartier. L’horizon est trop petit et ils ne s’en sortent pas », explique Isabelle Perrier, de l’association Un Parrain 1 emploi, qui anime la session.

Certains essuient des refus car ils n’ont pas les codes requis. « La tenue vestimentaire, la façon de s’exprimer, c’est déjà une barrière », regrette Romuald Chollet, proviseur du collège. « Pour beaucoup de gamins, le stage est la première échéance où les inégalités sociales leur explosent en pleine poire », confirme Pascal Bolo, vice-président de Nantes métropole en charge de l’emploi.

« Leur montrer ce qui est possible »

Après une heure d’entretiens, Abdelaziz et Hassen expriment leur intérêt pour un stage à La Poste ou à Sogeti, une société spécialisée dans les services numériques. « L’informatique, les téléphones, ça me plaît bien. Et puis le contact est bien passé », justifie Abdelaziz. « Même s’ils sont intimidés, on sent qu’ils ont envie. J’essaie de dédramatiser la situation et leur montrer ce qui est possible. Il y a plein de choses à découvrir », témoigne Renaud Delsol, manager à Sogeti.

« Lorsque les parents ne travaillent pas ou ont un métier peu valorisant, l’image qu’ont leurs enfants sur l’entreprise est négative, constate Isabelle Perrier. C’est pour ça que ce qui se passe ici est fabuleux. Certaines entreprises sont frileuses à ouvrir la porte. La réussite de tous les jeunes dépend aussi de l'implication des employeurs. Ça marche dans les deux sens. »

Un site Internet pour trouver un stage

Depuis 2016, le conseil départemental de Loire-atlantique et Nantes Métropole ont mis au point un site Internet proposant des offres de stages de 3e. Plus d’un millier d’offres, émanant de collectivités, d’entreprises privées ou d’associations, ont déjà été déposées sur le site stage3e.loire-atlantique.fr. Les candidatures des collégiens scolarisés en réseau d’éducation prioritaire sont étudiées en priorité.