Nantes: Revirement de la mairie, l'expulsion du square Daviais demandée

INFO 20 MINUTES La ville de Nantes a saisi le tribunal administratif pour ordonner l’expulsion des centaines de migrants occupant le square Daviais…

Frédéric Brenon et Julie Urbach

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Le camp de migrants de Daviais, à Nantes
Le camp de migrants de Daviais, à Nantes — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Plus de 500 migrants occupent depuis plusieurs semaines le square Daviais, en centre-ville de Nantes.
  • Après avoir longtemps refusé cette éventualité, la mairie de Nantes demande finalement l'expulsion.
  • La mairie de Nantes indique travailler à « une solution ».

Les centaines de migrants vivant depuis début août dans des tentes installées au square Daviais à Nantes vont-ils devoir trouver rapidement un nouveau point de chute ?

Après avoir toléré leur présence et effectué plusieurs démarches pour améliorer leurs conditions de vie (ouverture d’un gymnase, fournitures de kits d’hygiène, paniers-repas…), la mairie de Nantes a finalement déposé ce mardi matin une demande d’expulsion auprès du juge des référés, a appris 20 Minutes auprès du tribunal administratif de Nantes.

Deux requêtes examinées mercredi

La requête de la ville de Nantes sera examinée mercredi matin par le tribunal, en même temps qu’une requête en référé liberté déposée, elle, par quatre associations de soutien aux migrants (Cimade, LDH, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, association de soutien au collectif des enfants étrangers).

Ces dernières ont assigné les autorités (ville de Nantes, Nantes métropole, préfecture, Office français de l’immigration et de l’intégration et agence régionale de santé) pour obtenir l’hébergement des réfugiés et une amélioration des conditions sanitaires en vertu du « respect de la dignité humaine ».

« Je suis un peu surprise par la décision de la mairie de Nantes, commente Stéphanie Rodrigues-Devesas, avocate des associations. L’expulsion n’était pas sa position ces derniers jours. Je pense que c’est une riposte juridique à notre requête. La situation du square Daviais se dégrade. Mais expulser sans solution ne résoudrait rien. »

Une solution a-t-elle été trouvée ?

En demandant l’expulsion, la maire de Nantes donne raison à la préfète de Loire-Atlantique qui la pressait depuis plusieurs jours d’agir en ce sens. Sollicité, l’entourage de Johanna Rolland précise pourtant que la position de l'élue socialiste n'aurait « pas évolué ». « Il n’y a pas d’expulsion sans solution. On travaille dans cette perspective-là », affirme-t-il.

« Evacuer sans solution, ça ne règle rien. Ça déplace le problème, peut-être que ça le rend moins visible à nos yeux, mais la détresse humaine serait toujours là », déclarait Johanna Rolland fin août. « Seule l’offre de places supplémentaires en centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) permettra de trouver une issue à l’occupation du square Daviais », avait-elle ajouté.

Le square avait déjà été expulsé en juillet

Des migrants et réfugiés évacués du square Daviais sous pression de la police, le 23 juillet 2018.
Des migrants et réfugiés évacués du square Daviais sous pression de la police, le 23 juillet 2018. - Sébastien SALOM GOMIS / AFP

Pour rappel, le 18 juillet, la préfecture avait déjà demandé et obtenu l’expulsion des migrants installés depuis fin juin square Daviais. Ces derniers avaient donc quitté les lieux, sous escorte policière, le 23 juillet. Ils avaient ensuite trouvé refuge quelques jours dans l’ancien lycée Leloup-Bouhier avant d’en être également expulsés à la demande de la mairie de Nantes. Et de regagner le square Daviais, faute de mieux.

« Pas d'expulsion, un transfert organisé »

« Il se pourrait que les choses bougent mais on ne sait pas ce qui se prépare, la mairie ne ne nous tient pas au courant, réagit François Prochasson, du collectif de soutien aux migrants. On ose espérer que si elle demande l'expulsion, c'est qu'on est peut-être à l'aube d'une solution. En tout cas, nous nous opposons vivement à une nouvelle expulsion avec les forces de l'ordre. On préconise un transfert organisé, en lien avec les associations qui se démènent depuis des semaines. Il ne s'agit pas d'un combat politique, il s'agit d'une urgence sanitaire à traiter. » 

Quelque 440 tentes seraient actuellement installées square Daviais. Plus de 500 hommes, originaires d’Erythrée et du Soudan en majorité, les occupent. Les conditions sanitaires sont très précaires.