VIDEO. Mort d'Aboubakar Fofana à Nantes: Les avocats de la famille dénoncent des «incohérences» et lancent un appel aux témoins

JUSTICE Les avocats de la famille de la victime sollicitent des témoignages autres que ceux venant des forces de l’ordre…

Frédéric Brenon

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Bougies et tags sur les lieux où est décédé Aboubakar Fofana à Nantes.
Bougies et tags sur les lieux où est décédé Aboubakar Fofana à Nantes. — S.Salom-Gomis/AFP
  • Aboubakar Fofana est mort le 3 juillet d'un tir de CRS dans le cou lors d'un contrôle de police.
  • Les avocats de sa famille dénoncent des « incohérences majeures » sur les faits tels qu'ils ont été présentés par le parquet.
  • Ils demandent aux témoins de la scène de se manifester. 

Six jours après le décès d'Aboubakar Fofana, 22 ans, tué par le tir d’un policier à Nantes, les nouveaux avocats de la famille de la victime relancent ce lundi un appel aux témoins. Le parquet de Nantes en avait également lancé un en milieu de semaine dernière mais, selon Me Anne Bouillon et Me Franck Boezec, « très très peu de témoignages ont été déposés à ce jour, à l’exception des témoignages des forces de l’ordre ».

« Il est important qu’on se mobilise dans le quartier, qu’on ne cède pas au découragement, que la vérité puisse apparaître maintenant. C’est un moment très important », explique Franck Boezec. « Ce que l’on sait, c’est que des gens ont vu. Et ces gens qui ont vu n’ont pas encore parlé. Tous les éléments sont les bienvenus », complète Anne Bouillon.

« Impatients que l’enquête soit faite »

Les avocats Anne Bouillon et Franck Boezec.

Si les deux avocats insistent sur ce point, c’est qu’il y a, selon eux, « un certain nombre d’incohérences majeures » sur le déroulé des faits présentés par le procureur de la République de Nantes. « Je ne prends pas pour argent comptant ce qu’a dit le procureur de la République. On est extrêmement impatients que toute une partie de l’enquête qui n’est pas encore faite soit faite », indique Franck Boezec qui ne souhaite pas, à ce stade, préciser quelles « incohérences » il dénonce. « Ce jeune homme ne méritait pas de mourir, a-t-il ajouté. Notre credo c’est la vérité, l’absolue vérité. On est déterminés. »

Après avoir avancé une situation de légitime défense, le CRS auteur du coup de feu est revenu sur ses propos et parle désormais d'un tir « accidentel ». Une version qui ne convainc toujours pas les habitants du quartier du Breil-Malville où vivait Aboubakar Fofana ces derniers mois.

« On a peur que le parquet tire la vérité vers le bas »

Les avocats de la famille de la victime se disent également « sidérés par la posture du procureur de Nantes au regard de ce que sont les pratiques habituelles des affaires où un homme tire sur un autre homme ». « Généralement, lorsqu’un procureur est saisi d’un dossier d’homicide avec arme à feu, il ouvre une enquête du chef d’homicide volontaire, il ne l’ouvre pas du chef de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ici, on constate que ce n’est pas le cas. On constate aussi que le parquet a requis un placement sous contrôle judiciaire au lieu de la détention provisoire. C’est une pratique extraordinaire. On a peur que le parquet tire vers le bas la vérité. »

Selon les déclarations du procureur de la République vendredi soir, Aboubakar Fofana, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt, aurait décliné une fausse identité lors d’un contrôle où il était seul au volant d’une voiture Nissan. Après plusieurs minutes d’échanges avec les CRS, il aurait tenté de fuir en enclenchant soudainement une marche arrière, frôlant un policier et des enfants. Sa voiture aurait heurté un véhicule garé juste à côté puis aurait poursuivi sa course. C’est à ce moment-là que le suspect aurait tenté de se saisir du volant et aurait ouvert le feu accidentellement.

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