Aéroport de Nantes: «Il n'y avait pas de plan B, pour personne», reconnaît Aude Amadou

POLITIQUE La députée LREM de Loire-Atlantique organise une réunion publique à Saint-Aignan-de Grandlieu ce jeudi soir...

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Aude Amadou, députée LREM de Loire-Atlantique, à l'Assemblée nationale.
Aude Amadou, députée LREM de Loire-Atlantique, à l'Assemblée nationale. — Jacques Witt /SIPA/SIPA

Elue il y a un an sous l’étiquette La République en marche, la députée de la 4ème circonscription de Loire-Atlantique, Aude Amadou, s’était engagée après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à venir faire un point avec les habitants sur la question du réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique. Promesse tenue ce jeudi soir (20 h) lors d’une réunion publique organisée à Saint-Aignan-de-Grandlieu. Entretien.

Allez-vous annoncer un scoop ce jeudi soir ?

Je ne viens pas faire des annonces. L’idée, c’est de rétablir un dialogue. Depuis janvier, il y a eu plusieurs réunions consacrées à Nantes-Atlantique mais personne n’est allé voir les habitants directement. Il y a un sentiment d’abandon. Je veux leur expliquer où on en est, ce qui va se passer ces prochains mois. Un calendrier a été présenté par la ministre des Transports. Il permet d’avoir une base de travail. Il y a notamment un engagement pour lancer un grand débat public à la rentrée. C’est plutôt positif.

L’abandon du transfert à Notre-Dame-des-Landes n’a pas été digéré par tout le monde…

Le mécontentement, je suis prête à l’entendre. Le gouvernement a eu le courage de trancher en janvier, je n’étais pas favorable à sa décision, mais je l’assume. Il y a eu une colère légitime des habitants. Maintenant, il faut avancer et casser ce climat de défiance. Je ne suis pas un représentant de l’Etat. Je suis une élue de la nation, je n’ai aucun problème à porter un désaccord.

Les travaux de réaménagement ne sont pas envisagés avant 2021. Rien de concret n’a encore été présenté. Pourquoi est-ce si long ?

Parce qu’il n’y avait pas de plan B, pour personne. C’est une aberration qui incombe à tous les gouvernements successifs. Tout le monde a fermé les yeux et laissé traîner les choses. Maintenant, comment voulez-vous en six mois établir un plan B qui soit efficace et efficient ? Cela prendra du temps. Il faut l’expliquer.

L’Etat est-il pleinement mobilisé sur ce dossier ?

Oui, il l’est. Après, c’est vrai qu’il faut un peu jouer des coudes. Dès qu’il y a des choses à faire remonter à Matignon, à l’Elysée ou à la ministre j’essaie de le faire.

Et les collectivités locales ?

Ce dossier fait consensus, pourtant, on constate que chacun y va de son côté. Cela aurait été beaucoup plus facile, par exemple, si Christelle Morançais [présidente LR du conseil régional] nous avait invité quand elle organise un parlement des territoires. Quand il y a des réunions à Nantes Métropole, il aurait été plus judicieux qu’on soit convié. Je trouve qu’il y a moins de postures à Paris dans l’hémicycle. Je n’ai pas été élue pour faire de la politique politicienne. Il serait plus intelligent de travailler ensemble pour défendre un territoire.

Quelles sont vos propositions pour améliorer Nantes-Atlantique ?

On ne va pas rechercher un énième site pour transférer l’aéroport. Ma priorité ce sera d’obtenir rapidement des avancées pour la protection des riverains. Ensuite, il va falloir définir ce que sont les compensations exemplaires promises par le Premier ministre. Pour moi, ce serait, par exemple, de réaliser une plateforme multimodale pour rallier les structures ferroviaires au sud-Loire. Cela permettrait de désengorger le périphérique et d’offrir des solutions de mobilité aux territoires ruraux.

Et l’allongement de la piste d’atterrissage au sud ?

Cela aurait une conséquence négative pour les riverains du sud. Je les défends, je ne peux pas être pour. La vraie question qui se pose c’est : est-ce qu’on est prêt à jouer collectivement et à se répartir les nuisances sur une partie large de la population, ou est-ce qu’on sacrifie une population qui, elle, va s’en prendre plein les oreilles ? On ne pourra pas supprimer complètement les nuisances. Quel que soit le scénario choisi, il y aura forcément des pots cassés. Est-ce qu’on a conscience de ça ? On se doit de le dire en toute transparence.

Le dossier peut-il s’enliser ?

Il y a toujours un risque. Ce serait prétentieux d’affirmer l’inverse. Ce dossier a traîné pendant des décennies. Généralement, quand c’est mal engagé, c’est compliqué d’en sortir. C’est plus facile de construire une maison neuve que de rénover.