Nantes: Uber tisse sa toile, les taxis se réorganisent

TRANSPORTS Présente à Nantes depuis trois ans, la société leader de véhicules de transport (VTC) connaît une croissance «rapide»...

Frédéric Brenon

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Un déplacement avec un véhicule Uber s'effectue via l'application mobile.
Un déplacement avec un véhicule Uber s'effectue via l'application mobile. — Isopix/Sipa
  • Uber a déjà transporté 200.000 clients au moins une fois à Nantes.
  • La société de TV fait travailler 300 conducteurs indépendants.
  • Les taxis ont riposté en investissant à leur tour dans le numérique.

Ses voitures ne se repèrent pas facilement. Ce qui ne l’empêche pas d’être désormais bien implantée. Trois ans tout juste après son arrivée à Nantes, Uber, la société leader de véhicules de transport avec chauffeurs (VTC), revendique avoir transporté 200.000 clients au moins une fois (60.000 sur les trois derniers mois) via son application mobile. Et donc « nettement plus de courses réalisées ». « Notre volume de passagers a été multiplié par cinq depuis deux ans, se félicite Raphaël Morel, directeur de développement d’ Uber France​. C’est une croissance très rapide qui montre que l’offre existante globale ne répondait pas à tous les besoins de mobilité. »

Environ 70 % des déplacements Uber ont été effectués par des locaux, 25 % par des Français habitant d’autres régions et 5 % par des touristes étrangers. Quelque 55 % des trajets s’effectuent la nuit entre 22h et 5h, une part « plus importante que dans les autres villes françaises ». La géographie des courses, auparavant plutôt limitée au centre-ville, se serait également élargie. « Le service a été approprié par des nouveaux profils de clients. Le rapport à la mobilité a aussi changé. De plus en plus de gens délaissent leur voiture individuelle », justifie Raphaël Morel.

Temps d’attente moyen de 6 minutes

Les conducteurs travaillant pour Uber à Nantes sont actuellement au nombre de 300. Ce sont tous des professionnels, ayant reçu une formation agréée. Indépendants, ils sont libres de leur emploi du temps mais « en font leur métier principal » pour la plupart. Le temps d’attente par un client nantais est estimé à 6 minutes, là où la moyenne nationale s’élève à 5 minutes. « On peut encore progresser sur ce point, estime Raphaël Morel. C’est une question d’équilibre entre l’offre et la demande. »

Autre constat : les chauffeurs nantais ont la deuxième meilleure moyenne de notes laissées par les clients depuis l’application mobile. Paradoxalement, la cité des ducs est aussi l’une des dernières villes françaises pour les pourboires laissés. Quant à la rémunération des conducteurs, Uber, qui prélève 25 % sur chaque course (tarifs globalement comparables aux taxis), assure que « certains gagnent très correctement leur vie ».

L’activité des taxis n’aurait pas baissé

Comment réagit la profession des artisans taxis qui s’était fortement mobilisée il y a trois ans contre cette nouvelle concurrence jugée « déloyale » ? Si elle reconnaît avoir été « contrariée au départ » par l’arrivée d’Uber, la coopérative Taxis-nantes.com, principale plateforme de taxis nantaise, affirme, aujourd’hui, que cette « concurrence » n’a « pas fait baisser » son activité. « On a dû se réorganiser, investir dans un site Internet performant, développer une application mobile, raconte Etienne Friant, administrateur de la coopérative. C’était inévitable, les attentes des clients ont changé. Ils veulent moins attendre, réservent beaucoup via le numérique. »

Manifestation de chauffeurs de taxis nantais contre l'arrivée d'Uber, le 6 juin 2018.
Manifestation de chauffeurs de taxis nantais contre l'arrivée d'Uber, le 6 juin 2018. - SIPA

Les relations entre les deux professions se sont également pacifiées. « Ça se passe bien, observe Etienne Friant. Contrairement à nous, les VTC n’ont pas le droit d’attendre et charger la clientèle à la sortie de la gare ou de l’aéroport. Mais, globalement, les zones sont respectées. » « On récupère les clients un peu en retrait, le chauffeur passe un coup de téléphone si besoin », explique le directeur de développement d’Uber, lequel souhaiterait que les VTC disposent d’un emplacement dédié sur le futur pôle d’échanges multimodal de la gare sud.

Taxis-nantes.com dit effectuer 30.000 courses par mois (sans compter les prises en charge à la gare et à l’aéroport). Elle emploie pour cela 170 chauffeurs de taxi. Certains sont des anciens VTC. « Ils sont attirés par la rémunération fixe. La pression des notes des clients finit aussi par être usante », estime Etienne Friant. Près de 235 taxis circulent dans l’agglomération nantaise.

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