Nantes: La chaufferie de la discorde s'agrandit

ENVIRONNEMENT A Rezé et à Bouguenais, des riverains se battent contre la centrale thermique qui doit accueillir une unité bois...

Frédéric Brenon

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La chaufferie Californie à Rezé.
La chaufferie Californie à Rezé. — F.Brenon/20Minutes
  • La chaufferie Californie a été mise en service fin 2016 entre Rezé et Bouguenais.
  • Fonctionnant au gaz, elle sera équipée dans moins d'un an d'une unité bois.
  • Un collectif de riverains s'inquiète des polluants contenus dans les fumées.

Un an et demi après sa mise en service entre Rezé Trentemoult et Bouguenais Les Couëts, la chaufferie Californie refait parler d’elle. La centrale gaz, qui fournit de la chaleur pour des bâtiments des quartiers Pirmil et Ile de Nantes, s’agrandit à partir de ce lundi pour recevoir une unité biomasse. Cette énorme chaudière, dont la mise en service est prévue pour le printemps 2019, pourra brûler l’équivalent de 9.000 tonnes de bois par an. Et c’est bien ce qui alarme les riverains.

« Les fumées peuvent être rabattues au sol par le vent »

« On est extrêmement inquiets par les fumées qui seront émises. La combustion du bois dégage des particules fines, du dioxyde d’azote, des métaux lourds… Un cocktail cancérigène alors que les premières maisons sont situées à moins de 200 m et qu’on a bien vu ces derniers mois que les fumées pouvaient être rabattues au sol par le vent. Notre quartier, proche de la route de Pornic et du périphérique, est déjà l’un des plus pollués de l’agglomération », explique Claire, membre d’un collectif d’habitants comptant près de 300 inscrits.

Ces derniers demandent la suspension des travaux et la réalisation d’une étude environnementale globale sur le secteur. Une requête appuyée par le maire de Rezé. « Les meilleures techniques de traitements des rejets atmosphériques sont systématiquement mises en œuvre », se défend Nantes métropole depuis des mois. La chaufferie biomasse, qui ne fonctionnera qu’en hiver, sera également arrêtée « en cas de pic de pollution ».

« Faible influence de l’établissement », selon Nantes métropole

« Compte tenu des phénomènes de dispersion de l’air à partir de la cheminée, des distances entre le rejet et les habitants, du brassage de l’air par les vents, les concentrations au niveau des habitations pour les particules fines se trouvent très atténuées, ajoute la collectivité. Air Pays de la Loire a modélisé la qualité de l’air liée à la mise en service de la chaufferie bois montrant des concentrations dans l’environnement proches de celles mesurées dans l’agglomération nantaise avec une faible influence de l’établissement. »

A titre comparatif, Air Pays de la Loire estime qu’une heure d’émissions en particules fines issues de l’unité bois serait équivalente à 236 voitures tournant sans s’arrêter. « Mais c’est énorme ! » s’insurge le collectif qui a calculé que, rapporté à l’ensemble d’une journée, cela représenterait « l’équivalent polluant de 113.000 véhicules supplémentaires traversant le quartier ».

Vers une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Des stations de mesure de la qualité de l’air ont été installées à proximité de la chaufferie. Les premiers résultats (avant la chaudière bois) sont encourageants. Un comité de suivi, composé de 12 habitants de Rezé et Bouguenais, est aussi sollicité régulièrement. Mais rien n’y fait, les riverains ne sont pas convaincus. « On refuse de nous transmettre certains documents sous prétexte que nous avons un contentieux en justice [contre le dépôt du permis de construire et contre l'arrêté préfectoral d'exploitation]. Mais pourquoi refuser la transparence s’il n’y a rien à cacher », s’interroge le collectif.

Si le chantier démarre, il promet de déposer plainte dès les jours suivants pour « mise en danger de la vie d’autrui ». « On est tous d’accord pour ne pas lâcher, assure Claire. Même si ce sera long. On se bat aussi pour les autres riverains exposés ailleurs en France. On est persuadés que les chaufferies biomasse seront bientôt un scandale. »

D'où vient le bois brûlé?

Le bois qui sera utilisé pour produire de la chaleur proviendra de récolte en forêt, du recyclage de palettes ou cagettes non traitées, de produits d'élagage ou de déchets verts. La majorité proviendra de Loire-Atlantique, assure Nantes métropole. Le complément sera issu d'une zone n'excédant pas 130 km.