VIDEO. Nantes: Et si le robot devenait l'équipier du facteur ?

HIGH-TECH A Nantes, des tests sont menés pour que le robot «ALF» devienne, dans le futur, l’assistant du facteur dans ses livraisons quotidiennes…

Quentin Burban

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Issa Alias, facteur, suivi par le robot ALF.
Issa Alias, facteur, suivi par le robot ALF. — Quentin Burban / 20 Minutes
  • Sur son châssis, "ALF" possède un radar infrarouge de 360° lui permettant d’analyser l’environnement dans lequel il se situe.
  • Il se déplace à un mètre du facteur et supporte 150 kg de courrier ou de colis.
  • Le robot suiveur a été créé « pour soulager le facteur des charges physiques ».

Et si le facteur troquait son vélo ou son chariot pour un robot suiveur ? C’est une hypothèse qui devient de plus en plus réaliste au sein de La Poste. Depuis un an et demi, l’entreprise développe ALF (Assistant à la livraison pour le facteur) à Nantes. Testée surtout entre juin et septembre 2017, la machine créée par la société Effidence est capable de porter 150 kg de courriers et de colis dédouanant ainsi le facteur de charges lourdes. De là à devenir un équipier du facteur rapidement ? « Le prototype n’est qu’à l’étape de concept », selon la direction technique.

Avec ce robot, La Poste veut optimiser l’espace car les colis prennent de la place. « La création d’ALF répond à nos besoins, explique Eric Gauthier, responsable innovation de La Poste. Aujourd’hui, nous livrons moins de courriers qu’avant mais plus de colis (1509 par jour). La livraison de colis est un secteur très concurrentiel. Il nous faut donc trouver des solutions alternatives. »

Un radar à infrarouge qui scanne l’environnement

Munie d’un lidar, radar à infrarouge de 360°, la machine scanne pour détecter les jambes du facteur qui s’y présente en face. Complété par des bornes sensibles situées à l’avant et à l’arrière, le robot peut suivre ou précéder le facteur dans ses déplacements tout en évitant les obstacles qui se présentent à lui. En cas de panne électronique, un bouton de secours est prévu afin de pouvoir déplacer le chariot manuellement en attendant une assistance.

Comme pour de nombreuses innovations mécaniques, le facteur doit donc se munir d’une manette de sécurité. « Elle nous permet de s’assurer qu’il n’y a aucun vol et d’être la seule personne à pouvoir déplacer la machine, affirme Issa Alias, facteur depuis seize ans dans la région nantaise. Lorsque nous allons livrer dans des immeubles, nous y allons sans le robot suiveur. En s’éloignant avec la télécommande, le robot s’éteint automatiquement et ferme les différentes poches. Il ne se rallume seulement lorsque nous appuyons sur le bouton de la manette et sur le bouton bleu présent sur le robot. »

La manette dont le facteur doit s'équiper avant de partir en tournée de distribution avec le robot suiveur.
La manette dont le facteur doit s'équiper avant de partir en tournée de distribution avec le robot suiveur. - Quentin Burban / 20 Minutes

Roulant à 6 km/h et d’une autonomie d’une journée, ALF séduit pour le moment les facteurs qui le côtoient. « Sur ces tests, je réalise la même tournée qu’avec mon chariot classique. Avec ce robot, il y a un gain physique et non de temps. Je n’ai plus qu’à récupérer des sacoches à des bornes relais [bornes marron présentes dans les rues] puis marcher pour faire ma tournée habituelle en 3 h 30 », informe Issa Alias.

Un concept amélioré pour et avec les facteurs

Pour valider ce concept mécanique, la direction technique de La Poste travaille avec trois facteurs à Nantes pour améliorer la machine. « Les tests m’ont permis de demander à ce qu’il y ait un porte bidon, avoir un bouton de sécurité et avoir une bande jaune à l’avant du chariot pour savoir où est l’ouverture de la sacoche, illustre Issa, facteur testeur. Par rapport à un chariot classique, il n’y a pas photo. Sur nos vélos, nous pouvons porter 45 kg alors que ce chariot en supporte 150. Il y a un gain de place car les colis en prennent beaucoup dans nos sacs habituels. »

Issa Alias, entrain de remplir son chariot avant de partir en tournée de distribution.
Issa Alias, entrain de remplir son chariot avant de partir en tournée de distribution. - Quentin Burban / 20 Minutes

Plus pratique que le chariot classique tiré manuellement, ce robot inquiète pourtant certains professionnels de la distribution. « La possible arrivée de ce chariot baisse notre pénibilité au travail mais nous demandera une productivité plus grande. Comment garantir que notre métier ait encore de l’avenir ? », s’inquiète Pascal Frémont, délégué syndical de la Sud PTT de Loire-Atlantique. « Nous ne créons pas ce robot pour remplacer nos facteurs. Le temps où les robots livreront le courrier aux habitants à la place des facteurs, n’est pas près d’arriver », tempère Eric Gauthier.