Des vélos Bicloo place du Commerce à Nantes
Des vélos Bicloo place du Commerce à Nantes — © Fabrice ELSNER

TRANSPORTS

Nantes: 10 ans de vélos Bicloo, pour quel bilan?

Le service de vélos en libre-service nantais a été lancé il y a 10 ans tout pile....

Le 5 mai 2008, les Nantais découvraient avec curiosité les premiers vélos en libre-service. Dix ans plus tard, les Bicloo, au nombre de 880 répartis sur 103 stations, ont trouvé leur rythme de croisière et font partie intégrante du paysage urbain. Le bilan à la loupe.

Quelle est la fréquentation aujourd’hui ? Au 31 décembre 2017, Bicloo revendiquait 10.000 abonnés annuels et avait dénombré 100.500 tickets journaliers (1 j, 3 j ou 7 j) dans l'année. Environ 3.500 locations par jour sont recensées en moyenne. Le record a été atteint le 21 juin 2016 (jour de grève à la TAN et fête de la musique) avec 7.900 locations. En dix ans, 10,1 millions de locations ont été comptabilisées, « soit 580 fois le tour de la Terre parcouru », selon JCDecaux, la société qui exploite le service pour le compte de la métropole.

Le succès a-t-il été immédiat ? Non. Malgré une forte attente, les débuts ont été décevants, en raison d’un périmètre trop restreint. Des corrections importantes ont été apportées en 2011. « Le service est devenu ouvert 24h/24 et 7j/7, on a ajouté 24 stations, créé un régulateur, on a dématérialisé l’abonnement. Ça a été une véritable bascule au niveau de la fréquentation », justifie JC Decaux.

Quelles sont les stations les plus populaires ? Celles de la gare nord, de la place du Commerce, de la place Ricordeau et de la gare sud. « ll n’y a pas de surprise, ça correspond aux secteurs stratégiques des déplacements nantais », justifie JCDecaux. A l’inverse, les stations les moins fréquentées sont celles situées en bout de périmètre, par exemple celles de la place du 8-Mai ou du pont Tabarly.

Un cycliste retire un Bicloo depuis une borne automatique.
Un cycliste retire un Bicloo depuis une borne automatique. - B. Bechard / 20 MINUTES

Quelles sont les spécificités nantaises ? « Nantes est un réseau particulièrement dense dans le positionnement de ses stations (une station tous les 300 m), c’est ce qui en fait son succès », analyse JCDecaux. Autre particularité : 90 % des déplacements se font en semaine, sur des trajets domicile-travail essentiellement. « On a des flux aux heures de pointe beaucoup plus importants que ce qu’on observe dans d’autres villes », explique JCDecaux. Le pic du matin s’étire entre 8h et 10h, celui de l’après-midi entre 17h et 19h.

L'approvisionnement des stations est-il efficace ? Pour éviter que certaines stations soient vides et d’autres surchargées, trois employés effectuent un travail de « régulation ». Ils ajoutent ou enlèvent des bicyclettes en fonction des habitudes de déplacements ou des imprévus (grève, manifestation, événement...). Il y a aussi des stations qu’il faut réalimenter car elles sont situées en hauteur et fonctionnent surtout en sens unique. « C’est le cas des stations de Viarme, Calvaire ou Guist’hau par exemple », cite JCDecaux.

Les vélos sont-ils fiables ? Sujets aux critiques les premières années, les Bicloo sont aujourd’hui jugés assez fiables par les usagers. « Chaque vélo passe au minimum deux fois par an à l’atelier pour une révision complète et un changement des éléments de sécurité, justifie JCDecaux. On relève assez peu de crevaisons car on a des pneus renforcés développés par Hutchinson. » Lorsqu’il y a tout de même une panne, les techniciens sont soit avertis par le « système de détection automatique des bornes », soit prévenus par les clients eux-mêmes. Les habitués ont pris le réflexe de retourner la selle de l’engin défectueux. Quant à la lourdeur du vélo, elle devrait être corrigée lorsque les nouveaux modèles de Bicloo seront livrés en septembre.

NANTES, le 14/09/2010 Bicloo et tram pres de la place du commerce
NANTES, le 14/09/2010 Bicloo et tram pres de la place du commerce - © Fabrice ELSNER

Y-a-t-il beaucoup de vandalisme ? « Nantes est une ville où on est confronté à très peu de vandalisme, en comparaison avec d’autres réseaux, assure JCDecaux. Le réseau est petit, l’image du Bicloo est conviviale, peut-être que ça y participe. » Même constat pour les vols. Il faut dire qu le look très reconnaissable des bicyclettes complique sérieusement leur réutilisation ou revente.

Le périmètre est-il suffisament grand? Pas assez, considère l'association de cyclistes Place au vélo. « Le manque de stations est un peu pointé du doigt. Le service doit grandir géographiquement pour atteindre sa maturité », estime Annie-Claude Thiolat, sa présidente. Nantes métropole est plutôt de cet avis. Voilà pourquoi l'extension du périmètre fait partie des nouveautés promises pour la rentrée de septembre, à la suite du nouvel appel d'offres remporté par JCDecaux. Vingt stations supplémentaires seront ajoutées. 

Quel a été l’impact de Bicloo sur la ville ? « Le service a été un précurseur et a permis d’inscrire durablement les déplacements à vélo sur Nantes », estime JCDecaux. « C’est une mesure incitative efficace, confirme la présidente de l’association Place au vélo. Il a indéniablement contribué à développer la pratique du vélo dans l’espace urbain. La nuance qu’on peut apporter c’est qu’il a sans doute davantage récupéré des piétons et utilisateurs des transports en commun que des automobilistes. »

Un cycliste sur un vélo en libre-service cours des 50-Otages à Nantes.
Un cycliste sur un vélo en libre-service cours des 50-Otages à Nantes. - FABRICE ELSNER/20MINUTES

Qui finance le service Bicloo ? Depuis 2008, la gestion et la maintenance du service étaient financées par JCDecaux, lequel se rémunérait en commercialisant des espaces publicitaires apposés aux stations. Mais à partir de 2018, ça change. L’ensemble des recettes (tarifaires et publicitaires) iront dans les caisses de Nantes métropole. La société JCDecaux, elle, recevra de Nantes métropole un chèque d’un montant de 24 millions d’euros pour mettre en œuvre la location, la commercialisation et la promotion des vélos.

Bicloo doit-il craindre la concurrence ? Le free-floating, ce dispositif de vélos en libre-service sans station, est arrivé dans plusieurs grandes villes européennes. A Nantes, « la mairie a été approchée par des prestataires mais aucune suite n’a été apportée », assurent les services de la ville. « On n’est pas sur le même usage, se rassure JCDecaux. Nos utilisateurs savent que quand ils vont se lever ils vont retrouver le vélo à leur borne, comme d’habitude. Avec le free-floating, on est plus sur de l’opportunité. C’est difficile de pouvoir compter sur un vélo quand il faut faire trois fois le tour du pâté de maison pour le trouver. »

Gratuit les 30 premières minutes

La première demi-heure de Bicloo est gratuite, la demi-heure supplémentaire coûte 0,50 euro. L’accès au service nécessite un abonnement annuel (29 euros) ou un ticket à la journée (1 euro). Ces tarifs vont augmenter en septembre. La première demi-heure restera gratuite.