Nantes basket: «Quand il y a une tempête, les marins ne sont parfois pas solidaires», regrette Jean-Luc Cadio

INTERVIEW Le président du Nantes basket Hermine se confie sur la saison catastrophique de son club et donne quelques indications pour l'avenir...

David Phelippeau

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Jean-Luc Cadiot, président du Nantes basket Hermine.
Jean-Luc Cadiot, président du Nantes basket Hermine. — D.P. / 20 minutes
  • Jean-Luc Cadio, président du Nantes basket Hermine, estime que Neno Asceric est une « erreur de casting ».
  • Le dirigeant nantais n’imagine pas une relégation de son club.
  • Il envisage cet été de recruter un manager général et confirme Jean-Baptiste Lecrosnier sur le banc la saison prochaine.

Il a hésité. Mais, le succès (76-78) du Nantes basket Hermine, mardi, à Saint-Chamond, l’a convaincu de prendre la parole. Jean-Luc Cadio, président du club de Pro B, avoue néanmoins que depuis plusieurs nuits « il dormait mal ». Il faut dire que le Nantes basket Hermine, qui avait pour objectif la Pro A en début de saison avec en ligne de mire l’entrée à la Trocardière cet été, réalise une saison médiocre. Quinzièmes avec deux victoires d’avance sur le premier relégable à neuf journées de la fin, les Nantais - qui accueillent Nancy ce vendredi à Mangin - cherchent avant tout à sauver leur peau. Sans langue de bois, et revigoré par la victoire de mardi, le président analyse la saison cataclysmique en cours et se projette déjà vers l’avenir à très court terme.

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Comment en êtes-vous arrivés à une saison aussi mauvaise ?

On a fini en haut de l’échelle et nous n’avons pas réussi à gravir la dernière marche la saison dernière [finale des play-offs perdue]. Comme on savait qu’on rentrait à la Trocardière l’été prochain, on a augmenté le budget de 2 millions d’euros à 2,3. On a dit qu’il fallait se donner les moyens de notre politique. En mai, on a recruté un coach : Neno Asceric. On l’a pris alors qu’on n’avait pas encore commencé les play-offs. Malheureusement, on a fait une erreur de casting avec l’entraîneur… On a attendu le mois de juin pour faire le recrutement sachant que toutes les valeurs sûres n’étaient plus sur le marché. Neno a bâti une équipe avec les moyens qu’il avait, mais cette formation a été mal conçue. Avec trois meneurs, une raquette non performante…

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En quoi c’est une erreur de casting ?

Le coach avait carte blanche pour recruter. Il devait soumettre ses choix à la cellule sportive. Il a convaincu celle-ci. Est-ce qu’il a fait les bons choix ? Je ne sais pas. En tout cas, on a pris des individualités. Tout le monde l’a reconnu en début de saison. Un club de Pro B m’a même appelé après deux journées pour me dire que j’avais une équipe taillée pour aller en Pro A. Le souci c’est que le basket ce ne sont pas que des individualités, c’est aussi un collectif.

Lui reprochez-vous son management ? Il a parfois été dur publiquement avec ses joueurs…

On le savait qu’il était dur. Les joueurs aujourd’hui ne se dirigent peut-être plus comme il y a dix ou vingt ans. Ils n’ont plus le même fonctionnement. Mais, vous avez des managers d’Europe de l’est comme à Monaco [Zvezdan Mitrović] ou Bourg [Savo Vucevic] qui réussissent. Il n’y a pas de vérité là-dessus.

Mais, malgré sa mise à l’écart, l’équipe a continué à avoir de mauvais résultats. Le coach n’est peut-être pas l’unique problème ?

Dès l’arrivée de Jean-Baptiste Lecrosnier, il y a eu une remise en cause avec trois matchs gagnés d’affilée. Après cela a été plus compliqué. Je rappelle que Zoran Vrkic n’était pas au rendez-vous [il a quitté le club depuis]. On est allés chercher un joueur qui n’a jamais confirmé, c’est une belle erreur de casting. D’autres ne sont pas au rendez-vous non plus. On a remanié l’équipe avec des joueurs en cours de saison. C’est comme ça. Le coach actuel a récupéré une équipe qu’il n’a pas choisie. Il doit s’adapter. La mayonnaise a l’air de prendre avec ce succès à Saint-Chamond mardi. J’espère que ce n’est pas qu’un passage. J’ai de l’espoir. Maintenant, il faut tous être derrière le coach, le staff et les joueurs.

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Mais, Neno Asceric c’était votre choix ?

Je l’ai choisi avec le comité directeur. Il y avait trois pistes : Dupraz, Asceric et Castano. On a fait le choix d’Asceric. Peut-être que je suis responsable plus que les autres, mais j’assume.

Au-delà de l’aspect sportif, est-ce que le club ne souffre pas d’un manque de cohésion parmi les dirigeants ? On se rend compte que quand ça va mal, il n’y a pas d’unité au sein du club…

Quand je suis arrivé il y a trois ans, je n’ai rien voulu changer au niveau de l’équipe dirigeante en place. Je m’aperçois qu’aujourd’hui, j’aurais dû faire des choses. Cela a bien fonctionné pendant un an ou deux. La difficulté c’est que dans le comité directeur quand il y a une tempête, les marins ne sont parfois pas solidaires et c’est bien dommage. On doit montrer l’exemple vis-à-vis de l’équipe. C’est un peu mieux depuis quinze jours ou trois semaines… Je dois reconnaître que si c’était à refaire, je ne referais pas pareil.

C’est-à-dire ?

Je n’avais aucune compétence dans le basket, dans le sport quand je suis arrivé. Je m’aperçois qu’un club ce n’est pas comme une entreprise. Il faut savoir s’entourer. Aujourd’hui, ce qu’il nous manque au Nantes basket Hermine, c’est un véritable manager général en charge du sportif, du commercial et de l’organisation. Il ne fallait pas mettre que des bénévoles à travailler. On aurait dû réduire la masse salariale des joueurs et embaucher un vrai pro. Comme Blois [Pro B] l’a fait avec Julien Monclar [fils de Jacques Monclar].

C’est votre projet de l’intersaison ?

Oui, c’est ce qu’on va chercher cet été. Pierre-Yves Bichon [vice-président en charge du sportif] aura des responsabilités qui seront moindres, mais il aura toujours des missions. On verra. Je ne sais pas comment on va organiser cela, mais ça sera une équipe restreinte avec un manager général.

Cette mauvaise saison peut-elle remettre en cause les moyens du club, le budget et l’accession à terme ?

On va gérer comme une entreprise. On va partir sur un budget moins ambitieux, mais on va surtout structurer le club. On fera peut-être en sorte que le budget soit identique à cette année en cours de saison, mais on partira avec un budget moins élevé.

Serez-vous toujours président l’an prochain ?

Jusqu’à preuve du contraire oui. On verra en fin de saison, ça dépendra des résultats de la fin de saison. J’ai fait trois ans. Si quelqu’un veut prendre la suite c’est avec plaisir que je lui donnerais. Mais, il y a un beau projet de basket à Nantes. Aujourd’hui, on a un accident de parcours. C’est à nous de rétablir la situation. C’est peut-être une étape nécessaire pour mieux façonner les fondations de la Trocardière.

Jean-Baptiste Lescronier sera-t-il toujours sur le banc la saison prochaine ?

Oui, c’est certifié. A 100 %, JB sera le coach l’an prochain.

Ouest-France parlait en début de semaine de Christian Monschau…

Monschau est venu voir un match à Mangin, mais il est allé aussi au Havre, à Cholet. Il est sans activité, il habite Saint-Malo, c’est tout. Il n’y a eu aucun contact avec ce coach.

Que se passerait-il pour le club en cas de relégation en fin de saison ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas imaginé ce scénario parce qu’avec ce groupe on doit arriver à se maintenir.