Nantes: Le cri d'alerte des migrants du squat des Trois-Rois

SOCIETE Une quarantaine d’hommes logent depuis plusieurs années dans une maison désaffectée du quartier Doulon. Ils n’ont désormais plus d’électricité…

Frédéric Brenon

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Les migrants dorment sur des matelas au sol, dans des pièces humides et non chauffées.
Les migrants dorment sur des matelas au sol, dans des pièces humides et non chauffées. — F.Brenon/20Minutes
  • Le squat des Trois-Rois est l'un des plus insalubres de l'agglomération nantaise.
  • Trente à quarante migrants vivent entassés les uns contre les autres depuis près de cinq ans.
  • Certains riverains demandent une procédure d'insalubrité pour fermer le logement.

Ils sont arrivés de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Cameroun ou du Ghana. Ils ont fui « la violence », « la misère » ou la « persécution politique ». Depuis près de cinq ans, trente à quarante migrants, demandeurs d’asile ou en situation régulière, vivent entassés dans une maison privée de 110 m2 désaffectée, rue des Trois-Rois, quartier Doulon à Nantes.

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Les conditions de vie, déjà très inconfortables, sont devenues « intenables » il y a un mois avec la coupure de l’électricité à la suite d’un début d’incendie. « Il n’y a ni eau chaude, ni chauffage, ni lumière. C’est l’un des pires squats de l’agglomération nantaise », déplore Karine, du collectif Soutien aux migrants Nantes.

« Je sens que la situation est explosive »

Alia, Guinéen de 22 ans, dort depuis un an dans une remise au fond de la cour. « Il fait froid, on ne mange pas toujours comme il faut, on doit cohabiter. C’est difficile. Mais c’est mieux que d’être dehors. » « La France est une référence pour la démocratie. On ne s’attendait pas à cet accueil, à ces conditions de vie. On a besoin d’aide pour préserver notre santé », implore Sylla, 29 ans, originaire de Guinée lui aussi. »

Alia, Guinéen de 22 ans, devant la cuisine du squat des migrants de Doulon.
Alia, Guinéen de 22 ans, devant la cuisine du squat des migrants de Doulon. - F.Brenon/20Minutes

Le collectif réclame à l’Etat de « prendre ses responsabilités » en relogeant ces migrants. A défaut, il souhaite que la mairie puisse prendre en charge les frais d’électricité du squat, dépense que les bénévoles ne peuvent pas assumer. « Ces jeunes ne voient que des portes fermées et perdent espoir. Je sens que la situation est explosive » s’alarme Vincent, membre du collectif.

Ce squat « n’a pas vocation à perdurer », affirme la ville

L’impatience s’exprime aussi du côté de certains riverains. « Nous sommes contre la remise en service de l’électricité, alerte une voisine. Nous demandons à la ville d’ouvrir une procédure d’insalubrité et de fermer la maison. Ces gens ne peuvent pas rester dans un endroit aussi indigne. » « Leur situation est inimaginable. Les pouvoirs publics doivent faire quelque chose », rapporte Joël Coudriau, président du conseil syndical de la résidence voisine.

La cour du squat des Trois-Rois, quartier Doulon à Nantes.
La cour du squat des Trois-Rois, quartier Doulon à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

« La situation de ce squat est connue. Il n’a pas vocation à perdurer », répond la mairie de Nantes qui indique « travailler à la mise en place de baux précaires » pour reloger tout ou partie des migrants des Trois-Rois.

Environ 300 migrants en squats

Sur l’ensemble de la ville, environ 300 migrants vivent actuellement dans une demi-douzaine de squats, à Chantenay, au Vieux-Doulon, à Nantes-Sud ou sur l’île de Nantes, selon le collectif. Le dernier d’entre eux est une ancienne maison de retraite du quartier Graslin occupée par plus d’une centaine de personnes.

« On les accompagne tant bien que mal mais ça ne suffit pas. Il faut la tenue urgente d’une table ronde réunissant la préfecture, la ville et tous les acteurs concernés par le sujet », insiste le collectif Soutien aux migrants Nantes. La municipalité demande, elle aussi, l’organisation d’une telle table ronde.