VIDEO. FC Nantes: Harit, Djilobodji, Nkoudou, c'est lui... Un dénicheur de talents du FCN se confie

FOOTBALL Philippe Casagrande, 62 ans, est recruteur en région parisienne depuis douze ans pour le FC Nantes...

David Phelippeau

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Philippe Casagrande, entouré de Sébastien Oger (à gauche) et Odilio Gomis, deux autres recruteurs.

Philippe Casagrande, entouré de Sébastien Oger (à gauche) et Odilio Gomis, deux autres recruteurs. — FCN

  • Philippe Casagrande détecte des jeunes joueurs pour le FC Nantes en région parisienne.
  • Il est à l’origine de la venue de Djilobodji, Harit ou encore Nkoudou.
  • Il évoque les difficultés du métier compte tenu d’une concurrence accrue.

C’est pourtant lui qui le dit. Les qualités d’un bon recruteur de club ? « Écouter, regarder, se taire… » Ce mardi matin, Philippe Casagrande, dénicheur de jeunes talents en région parisienne (des 13 ans aux 19 ans surtout) pour le FCN depuis douze ans, a dérogé à la règle qu’il se fixe. Intarissable durant plus d’une heure, il a raconté à 20 Minutes « sa passion du foot, du jeu ». Tous les week-ends, ce retraité de 62 ans arpente les stades de la région parisienne et s’infuse « 6 à 8 matchs ». « Au détriment de sa famille car au bout d’un moment ça a craqué… », lâche-t-il sans en dire davantage. Mais pour le plus grand bonheur du FCN… et de ses finances. Entretien avec un maillon fort, mais dans l’ombre, de la détection nantaise.

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Comment est-il arrivé au recrutement des jeunes ? « Après avoir été paysagiste, j’ai été régisseur d’un grand complexe sportif à Meudon. Je voyais des matchs en permanence. Ancien joueur de DH, je suis d’abord devenu recruteur pour Châteauroux. On me l’a proposé comme on a vu que je connaissais bien les joueurs de la région. Puis, j’ai travaillé pour Lens. Et en 2006, quand j’étais en fin de contrat, Matthieu Bideau [actuel responsable du recrutement du centre] m’a proposé de bosser pour Nantes. Si j’avais pu faire ça toute ma vie, je l’aurais fait. Je pense que je suis fait pour ça. On ne m’a jamais proposé de faire ça à plein temps, mais ça arrondit bien les fins de mois quand même [en moyenne, un recruteur de jeunes gagne 300 à 1.000 euros par mois]. Par ailleurs, je touche une prime [10.000 euros bruts selon les informations de 20 Minutes] lorsqu'un joueur que j'ai signalé passe pro et atteint dix titularisations en L1.»

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C’est quoi son quotidien ? « C’est du terrain, du terrain... On m’a demandé de faire un peu plus de National, N2 et N3 cette saison en plus des jeunes. Je n’ai aucune lassitude. Je suis accro, mais pas complètement. Je prends du temps pour faire du sport à côté. On est cinq en région parisienne. C’est un vrai travail d’équipe, une cellule de recrutement. On communique beaucoup. Ça me semble plus compliqué maintenant car les coachs des équipes veulent voir les joueurs, c’était plus simple il y a quelques années. Ce qui est important c’est le coup d’œil et le réseau. J’ai un type sur Paris [ Yaya Bendellali] qui me donne des infos. Tous les jours, j'en reçois. Il faut trier. »

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Ses plus beaux coups ? « Je déteste tirer la couverture à moi. Je répète que c’est un travail d’équipe. Djidobodji ? Avec un collègue, on est allés voir un match de joueurs sans club contre Moissy-Cramayel [CFA2 à l'époque]. Mon collègue me dit : "Il n’y a aucun joueur à voir…" J’ai pourtant tout de suite repéré ce grand défenseur gaucher. J’ai cassé les pieds à Gilles Favard [ancien directeur sportif du FCN] pour qu'il le prenne. Moissy l’a fait signer. Je ne l’ai pas lâché. Christophe Frankowski [ancien joueur et recruteur au FCN] est allé le voir lors d’un match de Coupe de France à Sedan. Au bout d’un quart d’heure, il a appelé Favard et lui a dit : "Mais, vous êtes fous ! Il faut le faire signer…" Je suis aussi à l’origine de la venue de Carole, Bammou, Ngom, Nkoudou, Rodelin… Je le répète, je ne suis pas seul. Je sers de boîte aux lettres sur Paris. »

Papy Djilobodji sous le maillot nantais.
Papy Djilobodji sous le maillot nantais. - FRANK PERRY / AFP

Harit, un dossier compliqué. « J’apprends à connaître Amine Harit, qui joue à l’Espérance 19e Paris, par un intermédiaire. On enclenche le processus de recrutement avec Matthieu Bideau. Il était en passe de rentrer à Clairefontaine. Certaines personnes ont reçu des menaces à Nantes car il était vraiment suivi le gamin. Paris, c’est spécial. Dans un bar, on le fait signer [il devait rester deux ans à Clairefontaine puis trois ans au moins à Nantes]. J’étais présent lors de la signature. Il était super doué et il l’est toujours. Quand il est arrivé à Nantes, il m’appelait souvent. Il était trop impatient. Il voulait s’entraîner avec les pros plus vite que son ombre. Ça a été un bonheur de le voir partir pour dix millions à Schalke 04. Je n’ai plus de nouvelles, mais c’est le monde du foot. Un monde hypocrite. J’ai pris du recul sur cet univers. Les jeunes sont contents de nous trouver et après, il n’y a que les agents qui comptent. »

Le milieu de terrain Amine Harit.
Le milieu de terrain Amine Harit. - JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Les critères de recrutement ? « Ils ont évolué un peu. Je travaille beaucoup sur l’explosivité et le dynamisme des joueurs. On nous demande aussi de la taille sur certains postes : défense centrale, numéro 6 et attaquant. Les gardiens de but ? C’est compliqué quand tu ne fais pas 1,90 m. Il y a des profils de joueurs qu’on ne trouve pas - ou moins - en région parisienne. Des Veretout, Rongier, Trebel par exemple… C’est un peu caricatural, mais le foot parisien est axé sur le physique. Harit, c’est une exception. À mon sens, le foot nantais a suivi l’évolution du foot en général. »

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Une concurrence accrue et démesurée. « Sur Paris, une trentaine de clubs pros français sont là. Les clubs étrangers aussi. Il y a de plus en plus d’agents, de conseillers, d’intermédiaires. Les gens pensent que c’est la poule aux oeufs d’or, les jeunes. La mentalité a changé. Les parents mettent évidemment leurs gosses où il y a le plus d’argent. Ben Arfa ? À 13 ans, tout le monde le voulait, mais on n’avait pas les moyens de s’aligner. Mbappé ? Même chose. Certains clubs [PSG, Monaco, Lyon] peuvent mettre jusqu’à 300.000 euros. Nantes, non. Le top joueur, on sait qu’on ne l’aura pas. L’argent est devenu plus que le nerf de la guerre dans ce milieu. Après, on compense par la réactivité de notre réseau et on essaie donc d’avoir un coup d’avance sur certains bons jeunes. »