Nantes: La ville va ajouter des panneaux dans les rues portant un nom de négrier

CULTURE Deux associations militent pour que les rues honorant une personnalité impliquée dans la traite négrière soient connues du grand public...

Frédéric Brenon

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Les représentants des associations Mémoires & partages et Flam Afric, rue Kervégan à Nantes.
Les représentants des associations Mémoires & partages et Flam Afric, rue Kervégan à Nantes. — F.Brenon/20Minutes

Qu’ont en commun les rues Kervégan, Guillaume-Grou, Colbert et les avenues Guillon, Bourgaud-Ducoudray et Millet à Nantes ? Ces six voies publiques portent le nom de personnalités impliquées dans le commerce triangulaire, et ayant donc contribué (parfois indirectement) à la pratique de l’esclavage, entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XIXe. Un honneur sur l’espace public que n’acceptent plus les associations Mémoires & Partages et Flam Africa. Elles militent aujourd’hui pour que des panneaux d’information soient ajoutés sous le nom des rues concernées.

« On attend un signal fort »

« Nous sommes conscients que la ville de Nantes a fait de grands efforts pour accepter son histoire, qu’elle est même devenue une ville référence dans le domaine. Mais il ne faut pas s’en contenter. On ne peut pas continuer à honorer des négriers qui se sont enrichis sur cette exploitation reconnue comme un crime contre l’humanité », clame Alassane Guisse, vice-président de Flam Africa.

« Ça passe par la pédagogie, l’information, plutôt que par débaptiser les rues, considère Karfa Sira Diallo, directeur de Mémoires & Partages. Il faut permettre aux gens qui passent par là de savoir qui étaient ces personnalités et de s’interroger. On attend un signal fort dans tous les anciens ports négriers. On espère que ce signal viendra de Nantes. »

« Dans les mois qui viennent »

Interrogée par 20 Minutes, la mairie de Nantes dit « avoir compris la demande des associations ». « Oui, on aura des panneaux physiques expliquant le nom des rues, annonce Olivier Château (PS), adjoint au maire en charge du patrimoine. Ce sera fait dans les mois qui viennent. Il y a d’abord un travail de vérification historique à faire. » On pourra aussi « retrouver de nombreuses informations dans le cadre de notre future plateforme numérique Wikipatrimoine [fin 2018] », ajoute l’élu.

Avec plus de 1.710 expéditions négrières lancées au départ de Nantes, la Cité des ducs était, de loin, le premier port négrier français, devant Le Havre, La Rochelle ou Bordeaux. En un peu plus d’un siècle, les navires nantais auront transporté plus de 550.000 captifs noirs vers les colonies d’Amérique.

Actions de mémoire

Outre le Mémorial à l’abolition de l’esclavage, inauguré en 2012, la ville de Nantes raconte la traite négrière dans plusieurs salles du musée d’Histoire de Nantes (au château). Elle a aussi mis en place un parcours urbain composé de plusieurs panneaux d'information entre le château des ducs de Bretagne et le quai de la Fosse.