Nantes: Une campagne contre les incivilités loin de faire l'unanimité

TRANSPORTS La légèreté du ton choisi pour sensibiliser au « respect et au civisme » ne convainc par les conducteurs et voyageurs…

Frédéric Brenon

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Un tramway de la TAN (illustration)
Un tramway de la TAN (illustration) — Fabrice Elsner

« Mer… ci d’être respectueux ! », « Tendre la main… c’est le pied ! », « Des coucous… pas des coups ! », « Tout roule… quand on sait conduire ! ». La campagne, soutenue par une cinquantaine de partenaires dont Nantes métropole, la préfecture et la Semitan, se décline depuis jeudi sur les panneaux d’affichage, les encarts presse et les réseaux sociaux.

Objectif : sensibiliser le grand public au civisme et au respect dans les transports en commun. L’opération, qui aura coûté 40.000 euros, fait suite au ras-le-bol exprimé en octobre par le personnel de la Tan au sujet des agressions et insultes dont ils sont trop souvent victimes.

Des exemples de slogans de la campagne «Le respect, tous acteurs, tous concernés» à Nantes.
Des exemples de slogans de la campagne «Le respect, tous acteurs, tous concernés» à Nantes. - Fotor.com

« Des phrases et images chocs seraient plus efficaces »

Si la démarche est unanimement appréciée, le ton décalé de la campagne, les mots choisis, sont loin de faire l’unanimité chez les conducteurs et agents. « Je l’ai découverte ce matin et je la trouve complètement nulle ! C’est gentillet quoi », réagit Michel. « Je ne pense pas que ça va émouvoir ceux qui nous insultent ou nous mettent un poing dans la gueule parce qu’ils ont passé une mauvaise journée », est convaincu Mickaël*. « On fait déjà beaucoup d’information et ça ne marche pas. Peut-être que des phrases ou images chocs, un peu comme le fait la Sécurité routière, seraient plus efficaces », complète Frédéric. « Des photos avec des situations concrètes ce serait plus clair », abonde Sébastien. Agent de prévention, Mourad, lui, trouve la campagne « nickel ». « Il faut du positif. On ne va pas faire peur aux gens quand même. »

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Les jeux de mots ont peu de fans chez les conducteurs. « Je ne sais pas si tout le monde les comprendra. Ça peut être mal perçu », s’interroge Philippe. « Ils sont un peu vulgaires. Moi, je prends ça comme de la provocation », s’agace un chauffeur au volant d’un chronobus. « Quand cette campagne nous a été présentée, on a trouvé ça très très léger, résume Gabriel Magnier, délégué CFDT de la TAN. Je ne suis pas sûr qu’elle soit adaptée aux enjeux. On a passé un stade dans les incivilités, on parle d’atteintes physiques aux personnes quand même. » Le syndicat a d’ailleurs préféré diffuser la semaine dernière sa propre campagne.

« Elle a été écrite par des bisounours ou quoi ? »

Les voyageurs interrogés semblent à peine plus convaincus. « Cette pub, elle a été écrite par des bisounours ou quoi ? Ça ne marche pas comme ça dans la vraie vie », se moque Amel. « C’est un peu difficile à comprendre je trouve. Mais pourquoi pas. C’est bien d’en parler », estime Coralie. Sa copine apprécie : « Je trouve ça plutôt marrant ». « Ça fait réfléchir quand même », approuve Manon. Vincent, lui, n’y croit pas du tout. « Ça a coûté combien ce machin ? Quel gâchis. Le respect, la politesse, c’est d’abord une question d’éducation. Et ce n’est malheureusement pas quelques blagues sur des affichettes qui vont changer les choses. »

La campagne se déroulera en deux phases. La première jusqu’au début décembre. La seconde au printemps 2018 avec une approche plus participative qui « reprendra les propositions de l’appel à rédaction de nouveaux messages par les agents, les habitants et les internautes », indique Nantes métropole.

*Ce prénom a été modifié à la demande du conducteur.