FC Nantes: «Je suis à contre-courant, et par moments, je me sens en marge», confesse Alcibiade

INTERVIEW Le défenseur nantais parle sans tabou de la foi chrétienne qui l’anime au quotidien…

David Phelippeau

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David Alcibiade à la fin du succès des Canaris à Strasbourg.
David Alcibiade à la fin du succès des Canaris à Strasbourg. — PATRICK HERTZOG / AFP
  • David Alcibiade, revenu à Nantes cet été, partage sans retenue sa foi chrétienne.
  • Dans le milieu du foot, le défenseur nantais se sent parfois en marge.

Un ton très posé. Un discours bien rodé. Un français sans accroc. David Alcibiade, défenseur de 26 ans du FC Nantes (titulaire à Troyes cette saison et passeur décisif), détonne dans le vestiaire nantais, et dans le milieu du foot tout court. Non, l’important n’est pas les trois points pour lui, mais il se situe bien ailleurs. Pendant une grosse vingtaine de minutes, le Canari chrétien a témoigné de sa foi en Dieu. Intarissable. Mystique par moments. Entretien spirituel et très étonnant.

David Alcibiade.
David Alcibiade. - D.P. / 20 minutes

Quel est votre rapport au quotidien à la religion en tant que chrétien ?

Je pars du principe que chaque jour qui passe, Dieu nous donne un jour de plus. Quand je me réveille, je me dis : "Seigneur, merci pour cette nouvelle journée !" Car tous les jours, des gens meurent ou des gens n’ont pas la santé. C’est une grâce que nous accorde Dieu de se lever chaque matin. Le foot c’est important, mais la vie, c’est encore plus important car beaucoup de gens souffrent et sont en difficultés.

Avec un tel discours, vous sentez-vous en décalage avec le monde du foot ?

Je suis à contre-courant. Par moments, je me sens en marge car il y a des choses que je ne veux pas faire par rapport à mes valeurs. Ce n’est pas évident tout le temps. J’essaie de garder mes valeurs et de ne pas devenir quelqu’un. J’ai envie tout simplement de rester la personne que je suis. Avec « Plus que sportifs » [association qui regroupe des sportifs chrétiens et dont Alcibiade fait partie], on est focus sur les valeurs que Jésus veut nous donner avec la Bible et sur la direction vers laquelle il veut qu’on aille.

Quand on vous entend parler, on se dit que votre leitmotiv c’est carpe diem ?

Chaque jour, je profite au maximum. Quand je suis à l’entraînement, je vise ainsi l’excellence et je donne le meilleur de moi-même. Dieu nous a créés pour qu’on développe nos talents. Moi, Dieu m’a donné le talent du foot donc je fais tout pour le développer.

Avez-vous d’autres passions, talents alors ?

Je joue de la guitare pour moi. J’ai appris il y a quatre ans. J’ai profité d’une blessure pour prendre le temps d’apprendre. Cela m’a permis de m’évader. Je ne veux pas rester dans ce quotidien : entraînement, sieste, manger et dormir. Je compose des musiques toujours en lien avec la religion. J’ai beaucoup de choses à dire et à transmettre, la musique me permet ça.

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Mais, vous êtes un ovni dans ce milieu aseptisé du foot ?

J’essaie de développer mes capacités. Dieu nous a donnés des talents, des dons. Je pars du principe qu’il faut aller à la recherche de ces dons. J’ai le foot, la musique et je cherche dans quels autres secteurs je peux me développer. Avec des amis, avant mon départ en Espagne [il jouait en D3 à Marbella la saison dernière], on a créé une association appelée « Ignite » [enflammé] pour développer nos talents et aider des gens à les chercher et les développer. Moi, j’en ai marre d’entendre : "Moi, dans la vie, je vais au travail car il faut payer les factures et il faut nourrir sa famille". Oui, il faut faire ça évidemment, mais ce n’est pas l’essence même de la vie. La vie est merveilleuse. Il faut utiliser les dons et les talents dont chacun dispose pour pouvoir être heureux. Vivre une vie de satisfaction, ce n’est pas à ça que Dieu veut nous amener.

En avez-vous voulu au bon Dieu lorsqu’à 16 ans alors qu’on vous proposait un contrat pro vous vous êtes blessé ?

Je n’en veux pas à Dieu. Avec l’expérience et la maturité acquises, maintenant, je comprends pourquoi tout cela s’est passé comme ça. A 16 ans, je pouvais signer mon premier contrat pro avec Claude Puel. Tout se passait bien, j’étais vice-capitaine de l’équipe de France. Je pensais que j’étais prêt, mais en fait non. J’ai passé des années difficiles, mais ça m’a forgé un mental qui me sert beaucoup maintenant. Aujourd’hui, si je suis pro à 26 ans au FCN, c’est grâce à Dieu. Sans lui, je ne sais pas où je serais. Je ne peux pas lui en vouloir, il m’a donné des clés pour réussir. Lui, il me faisait comprendre que j’avais des faiblesses et qu’il fallait que je travaille dessus. J’ai une vie plus solide et plus stable aujourd’hui.

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Est-ce vrai que vous avez failli arrêter le foot un jour ?

Oui, en 2014-2015, j’étais toujours sur le banc en réserve (CFA) au FCN [avant son retour cet été, Alcibiade a évolué à Nantes de 2012 à 2016]. Un jour, je me suis dit : "Où je vais ?". Je ne joue pas au foot pour ma propre gloire. Dieu m’a donné des talents, je dois les développer et lui donner toute ma gloire. Je lui dois tout. Dans mon intimité, je lui ai alors demandé : "Seigneur, dis-moi maintenant si tu veux que je continue dans le foot ?". J’étais prêt à arrêter. Je ne vis pas pour le foot, mais pour Dieu. Je lui ai donc demandé de me dire la vérité. Car Dieu parle tout le temps, mais il faut être à l’écoute. Je ne crois pas au hasard. Quelques jours après, Matthieu Bideau [responsable du recrutement des jeunes au FCN] me dit qu’il veut me voir. Et là, je me suis dit que j’avais peut-être fait une prière un peu forte. J’ai attendu avant de voir Matthieu [ Bideau] car j’avais peur qu’il me dise que c’était fini.

Et finalement ?

A force de l’éviter, il est venu me voir à la fin d’un entraînement un vendredi. On s’est vus sous un arbre, il pleuvait. Mon cœur battait à 3000. Il m’a dit : "Dav', on va te faire signer un an pro !". Ma première réaction, ça a été de lui dire : "Pourquoi ?". Je n’en revenais pas. Je n’étais même plus dans le groupe réserve. Et là, on me propose un an pro ! Là, je me suis dit : "Dieu est grand !". Même au plus profond du trou, il te permet d’ouvrir des portes grandioses.

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