Villes du futur: A quoi ressemblera Nantes en 2050?

#2050 A l'occasion des Journées nationales de l'architecture, «20 Minutes» a décidé de se projeter en 2050. Entre science-fiction et perspectives réalistes, à quoi ressembleront nos villes dans 33 ans?... 

Frédéric Brenon

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La ville de Nantes, vue du haut de la Tour Bretagne.
La ville de Nantes, vue du haut de la Tour Bretagne. — JS Evrard/AFP
  • Le centre-ville s'étendrait jusqu'à la Loire, tandis que la périphérie subirait le plus de mutations.
  • La ville accueillerait de nombreuses fermes urbaines.
  • Les voitures seront rares en cœur de ville.

A quoi ressemblera la ville de Nantes en 2050 ? Difficile de répondre à cette question avec certitude. Pour 20 Minutes, quatre experts nantais en architecture et urbanisme ont relevé le défi de se projeter dans l’avenir :  Michel Bertreux, membre fondateur de l’agence d’architecture Tetrarc, Laurent Lescop, enseignant-chercheur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Nantes dans le domaine des sciences et techniques, Laurent Devisme, maître-assistant à l’École nationale supérieure d’architecture et directeur du laboratoire LAUA (Langages, actions urbaines, altérités), et Thierry Violland, conseiller régional, conseiller politique de Johanna Rolland et ancien directeur de l’agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran).

Nos bâtiments, immeubles et maisons seront-ils semblables ?

« Les bâtiments seront sûrement proches de ceux que nous connaissons, estime Laurent Devisme. Nous sommes entrés dans un cycle de reconstruction de la ville sur elle-même depuis la toute fin du XXème siècle et il faudra surtout être en mesure de faire avec l’existant. » Pour Laurent Lescop, les constructions de demain devront être capables « d’utiliser les matériaux de proximité, durables et recyclables ». Cela signifie « limiter le béton » et se tourner vers des alternatives comme « le bois, puis rapidement, la terre ». « Je pense qu’il y aura de grandes disparités entre des bâtiments liés à l’argent, bénéficiant de matériaux nouveaux et de progrès techniques, et d’autres misant à l’inverse sur la "slow-construction" avec des matériaux de proximité », parie Michel Bertreux. Laurent Lescop envisage également une conquête des toitures, « malgré la météo locale ». On pourra « y jardiner, s’y détendre, offrir des espaces de convivialité ».

Le bâtiment qui doit être érigé square Fleuriot.
Le bâtiment qui doit être érigé square Fleuriot. - agence Plattform

Quelle place pour le centre-ville et la périphérie ?

« Le centre-ville historique, avec ce qu’il représente en termes de patrimoine et de vitrines commerciales, restera une place forte. Mais il va s’intégrer dans un cœur d’agglomération plus dense et plus large. Il y aura aussi probablement une jonction avec la Loire grâce au réaménagement de la Petite-Hollande », considère Thierry Violland. « Les deux centres hérités (Bouffay et Graslin) resteront des attracteurs touristiques, estudiantins, commerciaux », confirme Laurent Devisme, qui prévoit, lui aussi, une présence de la Loire « bien plus manifeste ». « Le centre-ville évoluera peu. On ira encore voir des monuments, pronostique Michel Bertreux. C’est plutôt en périphérie qu’il devrait y avoir des bouleversements. Le besoin de construction sera tel qu’on assistera peut-être à une reconquête des terrains abandonnés : petites friches, parcelles routières délaissées. La nécessité d’accueillir des populations migrantes sera bien plus prégnante qu’aujourd’hui. Il faudra des structures pour ça et elles seront probablement en périphérie. » Optimiste, Laurent Lescop imagine une ville « qui se réconcilie avec sa périphérie » grâce au développement des transports en commun : « une dédensification permettant à chacun d’avoir, dans un périmètre proche, une offre de commerces et services suffisante ».

Le quai de la Fosse à Nantes.
Le quai de la Fosse à Nantes. - Concept Photographie/SIPA

Comment se déplacera-t-on ?

« En tramway, bus, vélo et à pied ! Les voitures se feront rares en centre-ville. On pourra rejoindre des parkings-relais pour louer des voitures », est persuadé Laurent Devisme. « Nantes sera une ville qui aura accepté les circulations douces », confirme Laurent Lescop. Un changement qui conduirait à la « disparition de la pollution sonore ». « L’amélioration des espaces publics va automatiquement favoriser les déplacements des piétons et cyclistes, accrédite Thierry Violland. C’est le sens des choses. Ça a déjà commencé. » « Les voitures seront plus propres, plus autonomes, plus connectées. Mais elles garderont une place importante sur la voirie », nuance Michel Bertreux.

Le constructeur Hess prépare le futur e-busway nantais
Le constructeur Hess prépare le futur e-busway nantais - Hess

Quels quartiers seront les plus prisés ?

La géographie sociale devrait ne pas trop bouger. Les nouveaux lieux offrant des vues sur la Loire, comme le bas-Chantenay ou la future  Zac des Isles à Rezé, « seront sûrement très recherchés », prévoient Thierry Violland et Laurent Devisme. « On développera le long du fleuve de vrais potentiels d’usage : du loisir, du sport, des promenades », complète Laurent Lescop. « Des logements dans quelques immeubles de grande hauteur comme on commence à en trouver près de la gare ou sur l’île de Nantes » seront peut-être aussi prisés, suggère Laurent Devisme. Pessimiste, Michel Bertreux imagine des « inégalités encore plus dures entre les quartiers » accentuées par la « privatisation de certaines parties de la ville ». « On verra se développer des cités autonomes, en particulier sur le plan énergétique, tandis que d’autres manqueront toujours de moyens. »

Les tours du quartier Malakoff, non loin de la gare de Nantes.
Les tours du quartier Malakoff, non loin de la gare de Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Comment vivra-t-on la ville plus verte ?

La ville « non bruyante » pronostiquée par Laurent Lescop développera l’agriculture urbaine. « Plutôt que de planter des platanes, elle offrira des pommiers, des cerisiers, des pruniers pour que chacun puisse remplir son panier le matin. Utopique ? Cela a existé en Allemagne où les chemins étaient bordés d’arbres fruitiers », explique-t-il. « L’agriculture urbaine, on en parle déjà, mais nous n’en sommes qu’au tout début. Le modèle va s’étendre de manière très significative », développe Michel Bertreux. « La nature va apaiser la ville par de multiples touches », parie Thierry Violland qui annonce, outre des fermes urbaines, l’accroissement des « jardins partagés, des murs végétalisés » et une place des arbres « réhabilitée ». « En réalité, Nantes est déjà une ville très verte, examine Laurent Devisme. Les enjeux de transition écologique peuvent s’y déployer sans trop de ruptures avec le modèle existant. »

Le miroir d'eau à Nantes.
Le miroir d'eau à Nantes. - JS Evrard/AFP