Cette fois c'est fait! Ce qu'il faut savoir sur la vente des chantiers navals STX à Fincantieri

INDUSTRIE Les chantiers navals de Saint-Nazaire deviennent officiellement la propriété de leur ancien concurrent italien…

Frédéric Brenon

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Le paquebot Symphony of the seas en cours de construction aux chantiers navals de Saint-Nazaire.
Le paquebot Symphony of the seas en cours de construction aux chantiers navals de Saint-Nazaire. — L.Venance/AFP
  • Après des semaines de discussions, l’Etat français a accepté que Fincantieri prenne 51 % des parts des chantiers nazairiens.
  • La France a toutefois négocié plusieurs garanties pour protéger l’emploi local et le savoir-faire.

C’est la fin d’un long feuilleton. Après plusieurs semaines de crispation, la France et l’Italie ont trouvé un accord mercredi soir pour la reprise des chantiers navals STX de Saint-Nazaire par l’Italien Fincantieri. Un enjeu énorme puisque le site nazairien est l’un des derniers fleurons industriels français et qu’il bénéficie d’un carnet de commandes plein pour dix ans. Ce qu’il faut savoir.

Qu’a-t-il été décidé mercredi ? Fincantieri va détenir 51 % du capital des chantiers navals de Saint-Nazaire et l’Etat français 49 %. C’est donc bien le constructeur naval basé à Trieste, concurrent historique des chantiers, qui aura la direction opérationnelle, comme il le souhaitait depuis le début.

Quelles garanties a obtenu la France ? Sur les 51 % de Fincantieri, 1 % est prêté par la France avec « droit de retour » pendant 12 ans. En clair, si l’Italien ne respecte pas ses engagements, notamment sur le volet de l’emploi, du maintien du savoir-faire et de la sous-traitance locale, Paris reprendra son 1 % et les deux actionnaires se retrouveront à égalité. La France dispose aussi d’un droit de veto sur le choix du PDG. C’est un « accord gagnant-gagnant » affirme le président Emmanuel Macron.

Quel autre accord se cache derrière cette vente ? En contrepartie des concessions mutuelles, la France et l’Italie se sont également entendues pour étudier un rapprochement entre le français Naval Group (ex-DCNS) et Fincantieri d’ici l’été prochain dans le domaine de la défense navale.

Qu’en pensent les représentants des salariés ? Les syndicats craignaient de voir Saint-Nazaire lésé par de futurs arbitrages favorisant le chantier italien de Fincantieri. Or, selon la CFDT, les « garanties obtenues sont de nature à rassurer » les 2.600 salariés des chantiers navals. « Le montage paraît plutôt astucieux », positive le syndicat qui appelle toutefois à rester prudent « le diable se cachant dans les détails ». La CGT, elle, s’inquiète de ne « rien connaître des décisions stratégiques du pacte des actionnaires ». « Que ce soit la France ou l’Italie qui pilote, la politique de casse sociale risque de perdurer », déplore-elle.

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Pourquoi les chantiers STX étaient-ils en vente ? Victime de pertes financières croissantes, le groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding a été mis en vente en octobre 2016. Les chantiers navals nazairiens, détenus à l’époque à 33 % par l’Etat français, étaient sa seule filiale rentable. Un seul candidat, Fincantieri, avait déposé une offre de rachat.

Quelle est la motivation de Fincantieri ? Le constructeur naval italien explique vouloir former un groupe européen suffisamment solide pour lutter contre les rivaux asiatiques et peser sur les clients croisiéristes, un peu à l’image d’Airbus. Des synergies sont envisagées autour des achats en commun, des clients, de l’ingénierie mais aussi de l’innovation. Le patron de Fincantieri, Giuseppe Bono, a promis qu’il n’y aurait pas de suppression de services. Il s’agirait davantage de « mutualiser les bonnes pratiques », d’être « plus forts » par exemple « autour de l’innovation et des énergies renouvelables. »