VIDEO. Nantes: «J’ai pété les plombs», lance le meurtrier présumé de Jacques Gasztowtt jugé aux assises

JUSTICE Le 19 mars 2015 à Nantes, Florin Safta a tué un éducateur à coups de couteau avant de s’acharner sur son ex-compagne, qui a survécu par miracle…

Charles Guyard

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La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes.
La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes. — © Fabrice ELSNER
  • L’homme de 36 ans est jugé depuis ce jeudi matin à Nantes pour meurtre et tentative d’assassinat.
  • Les débats doivent durer une semaine.

Le mardi 19 mars 2015, sur l’Ile de Nantes, les enquêteurs mettent la main sur un sac abandonné entre deux voitures stationnées contenant un set de cinq couteaux de cuisine. Incomplet. Il en manque un, jeté par terre, à proximité de Géraldine Pallier, laissée pour morte quelques mètres plus loin sur le trottoir.

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Atteinte à quatre reprises, la mère de famille a survécu. C’était elle la cible, et c’est Jacques Gasztowtt, 49 ans, qui ne s’est jamais relevé. Pour s’être interposé entre Florin Safta et son ex-compagne dans les locaux du service social de protection de l’enfance où une visite médiatisée avec leur fille Maya était organisée, l’éducateur a été tué, mais son sacrifice a donc offert une échappatoire à Géraldine, poursuivie jusque dans la rue par son bourreau.

Vivante grâce à des « circonstances indépendantes de votre volonté », dira la présidente en s’adressant à l’auteur présumé des faits. Son procès pour meurtre et tentative d’assassinat s’est ouvert ce jeudi matin devant la cour d’assises de Loire-Atlantique, à Nantes.

« Jaloux maladif »

Dans le box, l’accusé semble d’abord hagard, la bouche légèrement entrouverte, le corps vouté. Il suit un traitement pour la tension et s’exprime avec un fort accent roumain qui nécessite la présence d’une traductrice à ses côtés.

« J’ai pété les plombs », parvient-il à articuler. Une explosion soudaine qui ne résiste cependant pas au profil de l’intéressé, dépeint comme « jaloux maladif » par un proche, et, surtout, à la chronologie des évènements. Car le drame de ce 19 mars 2015 n’est que le paroxysme d’une longue litanie de violence commise à l’égard de celle qui a partagé sa vie entre 2009 et 2012. Menaces de mort, coups… Des mains courantes et des plaintes sont déposées. Des rappels à la loi et des condamnations tombent mais rien ne change.

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Au contraire, Florin Safta, qui aura 37 ans le 24 octobre, ne supporte pas la séparation et l’éloignement de sa fille, dont la garde a été confiée à la mère. Un jour, il croise cette dernière dans un magasin de Saint-Sébastien-sur-Loire dans le sud de Nantes et la suit dans les rayons, puis jusque sur le parking. Il monte à ses côtés dans la voiture et la bombarde de questions, un chronomètre dans une main. Elle tarde à répondre ? Un coup de poing dans la mâchoire. La réponse ne convient pas ? Même sanction.

« Frapper sa femme n’est pas puni en Roumanie »

Plus tard, l’homme menace également de s’immoler. Interpellé, il est aussitôt hospitalisé. Une autre fois, les gendarmes sont appelés par Géraldine, qui panique de voir Florin Safta faire les cent pas devant son domicile. C’était le 18 mars 2015, la veille de la rencontre organisée dans les locaux de la protection de l’enfance…

D’enfance, Florin Safta dit ne pas en avoir eue. Sa biographie, accréditée par les auditions de sa sœur aux enquêteurs, laisse en effet peu de place au bonheur. Battu par un père alcoolique « qui (le) mettait nu avant de frapper avec sa ceinture ou un bâton », il raconte avoir assisté à une tentative d’étranglement de celui-ci sur son aînée. A 16 ans, il se résout à partir. De sa Roumanie natale, il rejoint la Hongrie, la Grèce puis l’Italie et la France.

« Frapper sa femme n’est pas puni en Roumanie »

Une dizaine d’années d’errance qu’il est possible de suivre à la lecture d’un casier judiciaire international principalement garni de vols et d’escroqueries en tout genre. S’il a coupé les ponts avec sa famille, c’est surtout parce qu’il soupçonne son père d’avoir assassiné sa mère en 1996 avec du poison. Sur procès verbal, sa sœur ne mentionne pas la même date de décès (février 1997) mais valide la thèse de l’empoisonnement. Toute sa vie maritale, semble-t-il, elle aura subi les brimades de son époux (lequel aurait été « battu à mort » en 2013 après avoir contracté des dettes de jeux). Sur les actes de violence conjugale « n’y a-t-il pas eu d’enquête ? », interroge la présidente. « Frapper sa femme n’est pas puni en Roumanie », réplique l’accusé. Stupeur de la magistrate qui le relance. Florin Safta se reprend. « Si, normalement c’est puni, mais la police est corrompue… ».

Plus tard, lorsqu’on lui demandera si lui-même n’a jamais été violent avec sa propre mère, il aura ses mots : « Je respecte ma mère. Une mère, c’est sacré pour ses enfants ». Le 19 mars 2015, Géraldine Pallier n’était pas « une mère » aux yeux de Florin Safta. Quant à Jacques Gasztowtt, il était, lui, père de deux enfants.

Le verdict est attendu en fin de semaine prochaine.