«J'achetais un maillot de bain quand j'ai appris ma sélection», raconte Nicolas Gillet

FOOTBALL Il y a seize ans, l’ancien défenseur nantais a connu les joies de la sélection en Bleu à une seule reprise lors d’une Coupe des Confédérations…

David Phelippeau

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Nicolas Gillet (4e en haut en partant de la gauche) sous le maillot de l'équipe de France A' en mars 2001.
Nicolas Gillet (4e en haut en partant de la gauche) sous le maillot de l'équipe de France A' en mars 2001. — FRANCK FIFE / AFP
  • Nicolas Gillet a joué une seule fois en équipe de France A en 2001
  • Il n'a pas oublié cette expérience unique avec les Bleus de Roger Lemerre

Presque 16 ans jour pour jour. 1er juin 2001 : Nicolas Gillet, fraîchement auréolé du titre de champion de France avec le FC Nantes, vit sa seule et unique sélection sous le maillot bleu lors d’une rencontre de Coupe des Confédérations en Corée du Sud. Ce jour-là, l’Australie bat (1-0) la France. Nicolas Gillet, désormais retraité du ballon rond, joue en défense centrale à côté de Frank Lebœuf. L’ex-Canari, 24 ans à l’époque, n’a pas oublié cette expérience qui ne sera finalement qu’un one-shot.

Racontez-nous comment vous avez appris votre première sélection…

Je sais que je suis dans la pré-liste. J’avais fait les A' juste avant. J’attends la décision puis j’apprends que je ne suis pas dans la première liste. Du coup, je finalise mes vacances… Une semaine après, à quelques jours de partir, Henri Emile (intendant des Bleus) m’appelle pour me dire que je suis sélectionné car Martin Djetou est forfait.

Quelle est votre première réaction ?

Je suis surpris. C’est de la joie. J’ai du mal à y croire et puis le stress monte un peu. L’équipe de France, c’est quand même le sommet…

Vous souvenez exactement où vous étiez quand vous avez reçu l’appel ?

Quand il m’appelle, je suis dans un magasin en train de m’acheter un maillot de bain. Je ne me souviens même plus si je l’ai acheté (rires). Je suis avec ma femme. J’ai prévenu amis et familles. C’est très loin tout ça…

Quel accueil avez-vous reçu chez les Bleus (Desailly, Dugarry, Djorkaeff, etc.) ?

La chance est qu’il y avait déjà deux Nantais : Mika (Landreau) et Eric (Carrière). Il y avait aussi pas mal de jeunes joueurs que je côtoyais en championnat de France (Bréchet, Marlet…), contrairement aux autres qui étaient dans les championnats étrangers. Tu arrives sur la pointe des pieds, en toute humilité. Tu essaies doucement de trouver ta place. Les autres te font de la place finalement. Desailly a été génial. Frank Lebœuf très cool aussi.

Les séances d’entraînement ?

Tous les entraînements étaient à deux touches de balle, ça jouait quoi. Ça allait très vite. Même si Zidane et les Italiens n’étaient pas là car leur championnat n’était pas fini.

Vous jouez finalement un seul match…

Je joue le deuxième match. Une défaite 1-0 contre l’Australie. C’est un gros regret… J’ai fait le match que je devais faire. Je ne suis pas passé à côté de mon match, mais ce qui me déçoit, c’est la défaite…

Avez-vous encore des photos de cette aventure ?

Non car je n’y étais pas en touriste… En revanche, Henri Emile m’a donné le fanion du match en me disant tu le mérites. Ça, je l’ai gardé. On était cinq ou six à jouer pour la première fois en équipe de France. Le fait qu’il me donne ça représentait quelque chose pour moi.

Un regret ?

Ce qui me déçoit, c’est qu’apparemment j’ai laissé une mauvaise image à certains journalistes là-bas. Je suis passé pour quelqu’un de hautain. En fait, je n’étais pas non plus pétrifié, mais je ne savais pas vraiment où me mettre. Je me demandais ce que je faisais là. J’étais gêné. J’ai appris ça beaucoup plus tard et ça m’a fait mal car ce n’est pas moi… En fait, je n’osais pas aller aux rendez-vous avec la presse. Je ne me trouvais pas légitime. Je ne voulais pas me mettre en avant. Je trouvais qu’il y avait des gens plus intéressants que moi à interroger.

Ensuite, vous n’y êtes jamais retourné. Pourquoi ?

Je me disais qu’il fallait que je fasse tout pour y retourner, mais malheureusement j’ai mal géré l’après sélection. J’ai oublié pendant deux ou trois mois comment j’avais réussi à en arriver là. J’ai cru que tout arriverait tout seul.

Votre reprise avec les Canaris se passe mal ?

Je n’avais pas été bon du tout à la reprise (août 2001) à Nantes. J’ai oublié les principes de base. C’était moins de ma faute, mais plus celle des partenaires. Ce n’est pas moi ça ! Tu as connu tellement une qualité technique en Bleu pendant deux semaines que tu t’agaces de la moindre erreur technique que tu as ensuite en club.

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On ne vous a rien dit ?

Non, et je suis déçu qu’au club personne n’ait pu m’aider là-dessus. J’ai eu du mal à gérer l’après… J’étais jeune. J’aurais aimé au club qu’on me dise comment gérer ça. Je ne savais pas comment me positionner. Est-ce que j’avais un nouveau statut ? Est-ce que je devais avoir plus d’importance au sein du groupe ? Je ne savais pas.

Le coach Raynald Denoueix ne vous a rien dit ?

Il m’a dit ensuite qu’il avait hésité à ne pas me faire débuter la saison… Il aurait eu raison de le faire. Ça m’aurait fait mal, mais ça m’aurait mis un coup de boost ! Il n’a pas osé par rapport au fait que j’avais été international.

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Cette sélection vous a vraiment perturbé ?

Oui, mais il n’y avait pas que ça. En effet, juste avant d’aller en équipe de France, j’avais blessé (le Sedanais) Cédric Mionnet gravement. Je n’ai plus jamais défendu pareil. J’ai toujours eu peur de blesser quelqu’un après. Je n’ai plus été le même. Ça m’a joué des tours ça ensuite…