Nantes: Les personnes handicapées peuvent (enfin) passer leur brevet de secourisme

SECURITE Depuis vendredi, sept Nantais en fauteuil sont titulaires du brevet de secourisme après que l'accès à cette formation vient d'être rendu possible aux personnes handicapées...

Julie Urbach

— 

Les personnes handicapées peuvent passer leur brevet de secourisme
Les personnes handicapées peuvent passer leur brevet de secourisme — J. urbach/ 20 Minutes
  • Depuis le 11 mars 2017, les personnes ayant un handicap peuvent obtenir l'attestation de «Prévention et secours civiques de niveau 1»
  • Une session de formation, la troisième en France, a été organisée vendredi au CHU de Nantes

Il appartient désormais à « la population des secouristes » et il en est « très fier ». Christian, 58 ans, détient depuis deux jours le brevet d’attestation « Prévention et secours civiques de niveau 1 » (PSC1), la formation de base aux premiers secours. Si 27 % de la population en est titulaire, le retraité nantais a un petit truc en plus : il fait partie des 21 premières personnes handicapées en France à l’avoir décroché.

Avec six autres participants tétraplégiques et paraplégiques, il a suivi l’une des toutes nouvelles formations ouvertes à ces publics, vendredi, à l’hôpital Saint-Jacques du CHU de Nantes. Malaise, accident de la route, brûlure… Ils ont dû faire face à diverses situations d’urgence.

Christian, 58 ans, a obtenu son PSC1
Christian, 58 ans, a obtenu son PSC1 - J. Urbach/ 20 Minutes

Car « une personne handicapée peut aussi sauver des vies », assure le lieutenant Thierry Gautreau, en charge du secourisme à l’union des sapeurs-pompiers de Loire-Atlantique. Comment ? Tout simplement en connaissant et en expliquant à quelqu’un d’autre des gestes qu’elle ne peut réaliser elle-même.

« Le plus dur, c’est de ne pas céder à la panique, détaille Christian, en fauteuil depuis 40 ans. Mais ça fonctionne très bien si on utilise des phrases courtes et des mots précis pour bien se faire comprendre. Le secourisme, c’est super important dans la vie. » Certains gestes, comme la position des mains pour procéder à un massage cardiaque, peuvent être réalisés pour être mimés.

« Une petite phrase change tout »

Si tout cela semble couler de source, il était pourtant impossible pour les personnes à mobilité réduite d’assister à ce type de formation, il y a quelques mois. « Il m’a fallu deux ans pour qu’enfin, une petite phrase change tout », détaille Gilles Ruiz, ancien pompier et conseiller municipal à Arles, à l’initiative de cette évolution. Publiée au Journal Officiel du 11 mars 2017 cette modification indique que le participant « devra réaliser ou devra faire réaliser tous les gestes de secours ». « J’ai aussi dû me battre pour que le diplôme soit le même pour tout le monde, handicapé ou non », ajoute Gilles Ruiz.

Alors que seules trois formations ont eu lieu (les premières à Arles et Marseille), l’objectif (en plus d’augmenter le nombre de personnes formées) est de faire évoluer le regard sur les personnes handicapées. « On pense souvent à ce qu’elles ne peuvent pas faire, explique le professeur Jean-François Mathé, médecin retraité. Là, on valorise ce qu’il leur reste. C’est très important. » « Ça donne une confiance en soi supplémentaire, confirme Orlane, 49 ans, qui s’est bien débrouillée face à une (fausse) personne inconsciente qui ne respirait plus. Je ne pensais pas que j’étais capable d’agir de la sorte. »

Cette expérimentation donnera lieu à la rédaction d’un guide à destination des sapeurs-pompiers de France. Il détaillera notamment les méthodes pédagogiques utilisées. « La seule chose qui change est que pour les valides, on les fait agir et on corrige les gestes, détaille Thierry Gautreau. Pour les personnes handicapées, on leur montre et on vérifie qu’elles savent l’expliquer. » Une nouvelle session sera organisée au CHU de Nantes fin juin, mêlant cette fois personnes debout et en fauteuil. A l’image de celles qui pourront, désormais, se tenir un peu partout en France.