Solitaire du Figaro: Pourquoi cette course est-elle considérée comme la plus éprouvante?

VOILE Le skipper nantais Adrien Hardy (32 ans) explique les raisons…

David Phelippeau

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Le skipper nantais Adrien Hardy.
Le skipper nantais Adrien Hardy. — A.H.
  • La Solitaire du Figaro s’élance de Bordeaux dimanche
  • Le Nantais Adrien Hardy sera au départ

Dimanche, le skipper nantais Adrien Hardy (Agir Recouvrement) prendra le départ de sa neuvième Solitaire du Figaro à Bordeaux. En tout, 43 navigateurs – dont notamment Yann Eliès et Jérémie Beyou – seront présents pour cette course, courte mais réputée très éprouvante physiquement. Adrien Hardy, qui a remporté trois étapes par le passé de cette Solitaire, raconte à 20 Minutes pourquoi cette épreuve (en solitaire) est considérée comme une des plus difficiles…

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Pourquoi dit-on que la Solitaire est si difficile ?

Il y a deux difficultés. La première, ce sont les adversaires car c’est une course. Contrairement à d’autres épreuves au large, là, on a tous les mêmes bateaux [les Figaro Beneteau 2]. Ils sont tous identiques, on avance tous à la même vitesse. C’est vraiment le marin qui fait la différence. Il y a une grosse bagarre pour garder la meilleure vitesse, pour que le bateau ne ralentisse pas. Après, c’est de la stratégie pour aller au bon endroit et de la tactique pour se placer au mieux par rapport à ses adversaires. Il y a donc souvent du beau monde car c’est une très bonne course pour se jauger.

Et la deuxième difficulté ?

La deuxième, c’est la bataille contre le sommeil, la fatigue, etc. On est en solitaire déjà. Il y a pas mal d’heures de souffrance à la barre puisque c’est un format bâtard. Ce n’est pas une journée de course, ce ne sont pas deux heures de course comme aux JO, mais trois ou quatre jours en moyenne sur quatre étapes. Et ce n’est pas du tout non plus un rythme de transatlantique où tu peux dormir car tu es plus au large. La Solitaire du Figaro, on est toujours le long des côtes, il y a toujours un adversaire dans les parages, il y a des bateaux de pêche, des cailloux, des cargos…

Ça donne quoi au niveau du sommeil ?

Tu dors peu. En moyenne une heure et demie par 24 heures. Au bout de la deuxième nuit, quand tu n’as quasiment pas dormi, les idées ne sont plus très claires, mais il faut continuer à naviguer. On arrive souvent bien entamés et on répète ça sur quatre étapes. Comme c’est une course qui se joue au cumul de temps des quatre étapes, tu ne peux pas te permettre de t’endormir ou passer à côté de quelque chose. Il faut être à l’affût tout le temps.

Dormir un peu est nécessaire ?

Oui, il faut prendre le temps de dormir. Je me souviens lors de ma première Figaro, j’avais entendu dans la bouche des plus expérimentés qu’ils n’avaient pas dormi… Je pensais donc que pour bien marcher, il ne fallait pas dormir. Mais, non, il faut respecter le sommeil car il faut garder de la lucidité. Il faut savoir se reposer aux bons moments ou aux moins pires… Pour cela, il faut une bonne connaissance de la course et de la météo.

Comment se préparer à si peu de sommeil ?

Depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois, j’essaie de bien dormir. De ne pas faire de sommeils fractionnés comme on peut faire en mer. Bien manger, continuer à faire du sport. On ne peut pas s’entraîner à ne pas dormir pendant trois nuits… J’ai du mal à le faire car il n’y a qu’en course qu’on peut reproduire ces états-là. Et ça demande du temps pour récupérer de trois nuits sans sommeil. C’est aussi pour ça que sur la Figaro, la prime est à l’expérience.