Loire-Atlantique: Violences, insultes... Les spectateurs, une vraie «plaie» pour les arbitres amateurs

FOOTBALL L’Union nationale des arbitres de foot de Loire-Atlantique veut « tirer la sonnette d’alarme »…

David Phelippeau

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Un arbitre sort un carton rouge. Illustration.
Un arbitre sort un carton rouge. Illustration. — Le Lann / Sipa
  • Les arbitres sont de plus en plus confrontés à la violence des spectateurs dans le football amateur
  • L’UNAF 44 aimerait une campagne de sensibilisation lancée par les instances sur ce souci qui devient récurrent

Il a failli en venir aux mains, mais il a préféré se retenir… Ce dernier samedi de mars, le papa de Zoé Lamy (15 ans) s’installe dans une tribune du stade d’Orvault pour observer sa fille arbitrer un match de U15. Ce qu’il a entendu sur sa progéniture l’a sidéré et fait sortir de ses gonds. « Un parent de joueur d’une des deux équipes faisait le clown et s’est mis à hurler vis-à-vis de ma fille : "Il ne faut pas dire que l’arbitre est une salope ? !" et "Trop payée, viens à Pontchâteau, on va te faire faire du cheval !". » Le papa de la jeune arbitre est à deux doigts de lui mettre « son poing dans la gueule ». « C’est honteux, ça devient grave d’insulter des gamins qui arbitrent… et dire qu’il était père de famille ! », s’insurge le papa de Zoé.

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Ce week-end, en Vendée, selon le site Footamateur, un arbitre de 36 ans a été frappé par le père d’un joueur lors d’un tournoi de football. L’Union nationale des arbitres de Loire-Atlantique veut « tirer la sonnette d’alarme ». Cette saison, le département a été épargné par les faits très graves, mais « on ressent qu’on n’en est pas loin », selon Michaël Chevalier, responsable juridique à l’ UNAF 44. Et le problème de l’environnement malsain autour des matchs devient récurrent et alarmant, et pas seulement évidemment en Loire-Atlantique.

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« Le souci des spectateurs est qu’ils ne sont pas soumis à l’autorité de l’arbitre, estime Jérémie Bernard, président de l’UNAF 44 et arbitre de foot. C’était moins marqué il y a dix ans. On tombe dans la bêtise systématique, ça concerne une minorité de spectateurs… » Mais, cette dernière crée souvent de nombreux dégâts. Michel*, arbitre de 41 ans, n’a pas oublié cette scène de violence terrible entre un joueur de D4 et un spectateur il y a un mois et demi dans l’agglo nantaise. « L’environnement, c’est devenu une plaie pour nous, explique-t-il. Je ne parle pas de ces spectateurs alcoolisés… »

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Alain Martin, président du district de Loire-Atlantique, ne peut que constater ces dérives. « Le mal, ce sont les spectateurs, confesse-t-il. Ce n’est pas nouveau, mais c’est très compliqué cette saison. Il y a beaucoup de cas de soucis entre arbitres et spectateurs… Il y a une autorité donc on se défoule sur l’autorité [l’arbitre]. Beaucoup de parents voient leur fils comme un futur Zidane et ils n’admettent pas que l’arbitre siffle un penalty contre leur fils… »

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Une grand-mère insultante vis-à-vis d’un arbitre

Les sanctions possibles sont adressées le plus souvent non pas aux coupables – qui sont rarement identifiables – mais aux clubs. Elles prennent la forme de sanctions financières ou de matchs joués sur terrain neutre. « Mais, ça ne punit pas souvent les personnes concernées, regrette Alain Martin. Ce sont les clubs qui ont les clés de cet environnement. »

Michaël Chevalier se souvient de cette grand-mère insultante vis-à-vis d’un arbitre… qui aurait pu être son petit-fils. « Le match du samedi est devenu un défouloir pour certaines personnes. Ce qui nous gêne c’est que de plus en plus d’adultes s’en prennent à des très jeunes arbitres. L’UNAF 44 ne voit pas arriver de campagne de sensibilisation des instances, sur ce bashing anti-arbitres autour des terrains. Un match de foot du samedi, ce n’est pas la Coupe du Monde… » Pour certains parents, c’est pourtant la finale du Mondial tous les week-ends.

* Le prénom a été modifié