Saint-Nazaire: Les chantiers navals STX vont-ils être nationalisés par la France?

ECONOMIE Le rachat des chantiers navals nazairiens par l'Italien Fincantieri se heurte aux exigences de l'Etat français...

Frédéric Brenon

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Les chantiers navals STX de Saint-Nazaire.
Les chantiers navals STX de Saint-Nazaire. — L.Venance/AFP

Le dossier s’est invité mardi soir lors du débat entre les 11 candidats à la présidentielle. La cession annoncée des chantiers navals de Saint-Nazaire suscite toujours autant d’incertitudes. Après l’offre d’achat formulée par l’Italien Fincatieri, l’Etat français envisagerait désormais sérieusement de nationaliser temporairement le site industriel nazairien. Le point.

Comment en est-on arrivé là ? Victime de pertes financières croissantes, le groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding a été mis en vente en octobre. Les chantiers navals nazairiens, détenus à 33 % par l’Etat français, sont sa seule filiale rentable. Un seul candidat, le constructeur naval italien Fincantieri, a déposé une offre pour racheter 66 % de STX France. Sans surprise, cette offre a donc été retenue en janvier par la justice coréenne. Mais la France refuse que Fincantieri soit seul actionnaire majoritaire.

Que reproche-t-on à Fincantieri ? Concurrent historique des chantiers de Saint-Nazaire, Fincantieri suscite la méfiance des syndicats français et de l’Etat qui craignent de voir Saint-Nazaire lésé par de futurs arbitrages concernant les emplois ou les commandes. L’appétence de l’industriel transalpin pour les travailleurs détachés, de même que sa signature il y a quelques mois d’un accord de transfert de technologie avec un groupe chinois, ne les rassurent pas davantage. Fincantieri, lui, explique vouloir former un groupe européen suffisamment solide pour lutter contre les rivaux asiatiques et peser sur les clients croisiéristes, un peu à l’image d’Airbus.

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Qu’envisage donc l’Etat ? Le gouvernement français dispose d’une minorité de blocage lui permettant de peser sur le choix du repreneur. Des négociations sont donc menées avec l’Italien afin que celui-ci ouvre son capital à d’autres investisseurs. La France souhaiterait notamment que le constructeur militaire DCNS puisse entrer au capital. Seulement voilà, les semaines passent et aucun accord satisfaisant ne se dessine. Un plan B, qui consisterait à nationaliser transitoirement les chantiers nazairiens, est donc désormais envisagé, selon Le Monde. Après être monté à 100 % du capital, l’Etat français revendrait rapidement une majorité des titres à des investisseurs jugés plus intéressants que Fincantieri. Les armateurs MSC et RCCL, deux grands clients de Saint-Nazaire, seraient intéressés.

Le MSC Meraviglia, plus gros paquebot commandé par un armateur européen, doit être livré en mai.
Le MSC Meraviglia, plus gros paquebot commandé par un armateur européen, doit être livré en mai. - L.Venance/AFP

Qu’en pensent les politiques ? Lors du débat des candidats à l’élection présidentielle mardi soir, Benoît Hamon et François Fillon se sont déclarés favorables à cette hypothèse de nationalisation temporaire. « Oui, nos savoir-faire peuvent quitter demain la France si nous ne faisons pas les bons choix », souligne le candidat socialiste. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont du même avis. Le maire socialiste de Saint-Nazaire, David Samzun, estime lui aussi que « c’est de la responsabilité de l’Etat de protéger l’outil industriel ».

Qu’en pensent les syndicats de salariés ? Favorable à une nationalisation pure et simple des chantiers, Force ouvrière ne s’emballe pas encore. « Ce n’est qu’une supposition », estime Nathalie Durand-Prinborgne, délégué FO à STX. La CGT se montre encore plus prudente. « Avoir des clients [MSC et RCCL] qui participent à la direction de l’entreprise, ce ne serait pas forcément mieux que Fincantieri », se méfie Sébastien Benoît, secrétaire général de la CGT des chantiers. « La préoccupation principale, pour nous, ce sont les emplois et les futures conditions sociales des salariés, ajoute-il. Personne n’en parle pour l’instant. Il faudra pourtant que les actionnaires se prononcent. »

Comment réagissent Fincantieri et l’Italie ? La semaine dernière, Fincantieri s’est officiellement déclaré « confiant dans la validité » de son projet. « Les négociations sont les négociations. Chacun a des intérêts. De notre côté, ils sont industriels », souligne Giuseppe Bono, patron de Fincantieri. Le gouvernement italien suit évidemment le dossier de près et n’apprécie pas du tout la tournure des discussions. Il a déjà dénoncé en février « l’attitude inacceptable » du gouvernement français et jugé « extravagant » que Ficantieri se voit empêché d’acquérir plus de 50 % de STX France.

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