Nantes: Une heure dans la peau d'une personne handicapée

SOCIÉTÉ L'hôtel du département propose des ateliers sensoriels permettant de tester le quotidien des personnes handicapées...

Frédéric Brenon

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Le «parcours canne blanche» permet de se mettre quelques minutes dans la peau d'un non-voyant.
Le «parcours canne blanche» permet de se mettre quelques minutes dans la peau d'un non-voyant. — F.Brenon/20Minutes

« Et si vous changiez de regard sur le handicap ? » C’est le titre de l’événement organisé jusqu’à vendredi soir à l’hôtel du département de Loire-Atlantique à Nantes. Afin de sensibiliser aux problématiques quotidiennes vécues par les personnes handicapées, le conseil départemental invite les scolaires et le grand public à se mettre dans la peau d’un non voyant ou d’un paralysé. Quatre ateliers sensoriels d’une heure au total sont proposés. Objectif : « inverser les rôles » et « dépasser les préjugés ».

« C’est très déstabilisant »

Le premier atelier, le Dark Lab, immerge le testeur dans le noir absolu. Un non-voyant guide le visiteur dans une étrange pièce, puis propose de déguster quelques mets et d’en identifier les saveurs. Est-ce de la poire ou de la pomme ? De la vanille ou de la cannelle ? « Je ne pensais pas que ce serait si difficile », s’étonne Vincent. « On ressent davantage les odeurs », considère Marie-Luce.

L’atelier suivant s’avère encore plus déroutant. Parés d’un épais masque occultant, les participants doivent effectuer un parcours à l’aide d’une canne blanche. Plusieurs obstacles sont à éviter, des marches sont à gravir. « C’est très déstabilisant, avoue Vincent. La perte d’orientation est totale. Il faut repenser tous ses repères. »

Le «parcours canne blanche» est jugé déroutant par les participants.
Le «parcours canne blanche» est jugé déroutant par les participants. - F.Brenon/20Minutes

Héloïse juge l’expérience « éprouvante ». « Quand la voix du guide s’éloigne, on se sent perdu. C’est fatigant car ça réclame beaucoup de concentration. » « Là, on se sait dans un cadre sécurisé. Je n’ose pas imaginer la difficulté dans la rue ou pour traverser un carrefour », relève Marie-Luce. « Sans la vue, les notions d’espace, de distance, de vitesse sont totalement différentes », confirme Mhamed, aveugle de naissance. « Mais le cerveau s’adapte progressivement », rassure-t-il.

« Des obstacles de ce type, il y en a partout »

Le troisième atelier propose un parcours en fauteuil roulant. Au menu : pavés, pentes, trottoir en dévers, hauteurs à franchir… Galère systématique pour les débutants. « Ce qu’on n’imagine pas, c’est la répétition des gestes. Les chocs doivent être éprouvants pour le dos », imagine Vincent.

Le «parcours fauteuil roulant» proposé à l'hôtel du département de Loire-Atlantique.
Le «parcours fauteuil roulant» proposé à l'hôtel du département de Loire-Atlantique. - F.Brenon/20Minutes

« Tout seul, c’est pratiquement impossible », estime une participante bloquée sur un bateau de trottoir haut de trois centimètres. « Des obstacles de ce type, il y en a partout en ville. Tant qu’on ne le vit pas, on ne peut pas s’en rendre compte », insiste Marc, médiateur pour l’Association des paralysés de France.

Le quatrième atelier permet d’essayer plusieurs modèles de vélos (tricycle, vélo couché) spécialement adaptés aux personnes handicapées.

Plan d'actions pour l'inclusion

Réunis en assemblée, les élus du conseil départemental ont voté lundi un plan d’actions favorisant l’inclusion (démarches facilitées, offre médico-sociale mieux adaptée, aide aux aidants, accompagnement des parcours individuels...) des 86.000 jeunes et adultes en situation de handicap de Loire-Atlantique.