Vendée Globe: «Je suis allé chercher le rêve que je voulais», exulte Armel Le Cléac'h

VOILE Le skipper breton a remporté, ce jeudi, aux Sables d'Olonne, le Vendée Globe en battant au passage de quatre jours le record de François Gabart...

David Phelippeau
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La joie du vainqueur Armel Le Cléac'h.
La joie du vainqueur Armel Le Cléac'h. — Damien MEYER / AFP

Il l’a fait. Il l’a pulvérisé surtout. Le Breton Armel Le Cléac’h (39 ans) a remporté le Vendée Globe 2016-2017, ce jeudi, en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Près de quatre jours de moins que le record détenu par François Gabart, vainqueur de la précédente édition. A 16 h 37, ce jeudi, il a franchi la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne. Presque trois heures après, il est arrivé à proximité du ponton, le visage rieur. Après avoir fait un petit bisou rassurant à son fils Edgar - abasourdi par l’intensité des retrouvailles et impressionné par la horde de micros et de caméras - et après avoir savouré les clameurs de sa Team, Armel est revenu sur son exploit taille majuscule.

Armel, ça fait quoi ?

Cela fait du bien… Je suis super content de gagner ce Vendée Globe. Cela n’a pas été simple avec tous les concurrents, et notamment avec Alex Thomson sur la montée de l’Atlantique. Il y a eu beaucoup de suspense. C’était dur à vivre à bord, notamment ces dernières semaines car il y a eu pas mal de rebondissements. Je me suis accroché. Je suis très heureux de gagner aujourd’hui.

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Etes-vous surpris par cet accueil avec ces milliers de gens ?

Depuis tout à l’heure c’est incroyable. L’émotion de l’arrivée a été un grand moment. Retrouver tout ce public lors de la remontée du chenal fut aussi une belle émotion car ce sont des gens que j’ai quittés il y a 74 jours… On s’était dit au revoir, ça fait plaisir de les retrouver. C’est une fierté de les retrouver le premier.

Vous avez l’air plutôt en forme ?

Frais, c’est d’apparence. Cela fait pas mal de jour que je me fais violence pour rester devant. Tant que j’étais devant il ne fallait pas lâcher le morceau. Tout le monde m’a soutenu. J’y ai cru, je me suis battu. Aujourd’hui, oui, mon visage est rayonnant. Cela fait dix ans que je rêve de gagner le Vendée Globe. C’est ma troisième participation. Il y a quatre ans ce n’était pas passé loin. Là, je l’ai gagné enfin et de belle manière.

Après avoir coupé la ligne, on vous a vu en larmes. Ce n’est pas dans vos habitudes de montrer votre émotion en public…

Cette arrivée a été très intense. Avant la ligne d’arrivée, j’ai commencé à craquer car je suis allé au bout de moi-même. J’ai vécu une remontée de l’Atlantique un peu difficile, je me disais : "Mais, c’est pas possible, la météo est contre moi, tout est contre moi !". J’avais 800 milles d’avance au Cap Horn, et je voyais revenir Thomson. Je me suis accroché et ça l’a fait. Toute cette intensité que j’ai donnée, ça finit par sortir. Et là encore, devant vous, il y a beaucoup d’émotion.

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Un petit mot sur Thomson, qui va arriver deuxième vendredi matin ?

Je suis déjà heureux de l’avoir battu. C’était un beau France-Pays-de-Galles. C’est un Gallois, ça ne lâche rien. Comme un Finistérien de la baie de Morlaix d’ailleurs. Bravo à lui ! Très belle course. Je lui souhaite de gagner une place dans quatre ans car je ne serai pas là.

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Le Vendée Globe, c’est fini pour vous ?

C’est une page qui se tourne pour moi. J’ai fait trois Vendée d’affilée. Je suis le premier à avoir fini les trois VG d’affilée. Deux fois deuxième, une fois premier. Voilà, je pense que j’ai donné beaucoup de ma vie. C’est vraiment une course difficile. 74 jours, c’est long, c’est intense. Je suis allé chercher le rêve que je voulais. La suite du programme pour moi c’est maintenant sur des bateaux plus grands. Le Vendée Globe restera une belle histoire et qui se termine en toute beauté.

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Quel plaisir vous allez vous offrir, là, tout de suite ?

Retrouver les gens que j’aime, manger un bon repas, passer une bonne nuit, communier avec tout le monde. J’ai du mal à réaliser ce qu’il m’arrive. C’est brutal. On est à fond pendant 74 jours sans s’arrêter. On oublie comment est vécue la course à terre, on sait que c’est médiatisé, c’est très suivi… Mais quand on arrive, on redécouvre cette incroyable ferveur, et c’est impressionnant.

Vous avez quand même trouvé le temps de vous raser ?

Je me suis rasé quand je n’avais pas de vent il y a quatre ou cinq jours. J’ai commencé à chercher tous les grigris à bord pour qu’il y en ait, à incanter les dieux du vent. Je me suis donc dit qu’il fallait que je me rase… en pensant que ça pouvait marcher. J’ai tout essayé. Par dépit et avec espoir. Le vent est alors revenu.