«Ça ne saignait pas beaucoup, mais il pouvait y avoir une hémorragie interne»

A Nantes, Guillaume Frouin

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Annette Pelé, infirmière au service de médecine préventive de l’université de Nantes, sortait de son travail quand les premiers incidents ont éclaté au rectorat. Elle est allée porter secours à Pierre Douillard, le lycéen de 17 ans sérieusement touché à un œil.

«Nos enfants sont-ils des criminels?»

«J’ai vu des policiers à genoux, en train de viser des lycéens avec ce qui doit être un flashball», raconte-t-elle. «J’ai alors entendu un bruit, comme une petite explosion. Le jeune était allongé par terre, sur le trottoir. Il présentait une blessure à la paupière, et l’impact d’un petit projectile au niveau de l’œil. Ça ne saignait pas beaucoup, mais il pouvait y avoir une hémorragie interne.»

D’une façon plus générale, Annette Pelé se dit «sidérée» par l’intervention des forces de police, qu’elle juge «disproportionnée». «On n’attaque pas des mômes avec des armes! Et puis c’était la brigade anti-criminalité... Nos enfants sont-ils des criminels?», s’interroge cette mère d’une lycéenne de 17 ans. «Les lycéens n’avaient ni armes, ni projectiles. Ils n’avaient que des quilles de jonglage!»

«La réaction policière aurait certainement été différente si la scène s’était passée sur la voie publique», explique de son côté une magistrate du parquet de Nantes. «Dans le cas présent, il y avait intrusion par effraction dans un lieu privé...» Et de rappeler, dans la foulée, que seuls «60 policiers faisaient face à plus de mille étudiants, dont une centaine particulièrement virulents».

Intervention chirurgicale nécessaire

Pierre Douillard, qui était toujours hospitalisé au CHU mercredi en fin d’après-midi, n’était «pas audible», poursuit cette dernière. «Sa blessure n’est a priori pas gravissime, mais nécessite une intervention chirurgicale.»