Le jeu de la «gardav'» finit en garde à vue (la vraie)

NANTES Trois collégiens ont été mis en examen...

A Nantes, Guillaume Frouin

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Trois collégiens de 4e, âgés de 15 ans, ont été présentés vendredi matin au parquet des mineurs de Nantes, après avoir frappé deux autres élèves au cutter le 12 novembre dans la cour de récréation de leur collège, à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique). Ils jouaient au jeu tristement célèbre de la «gardav’», qui consiste à mimer une garde à vue musclée: un ou deux protagonistes immobilisent une victime, pendant qu'un autre lui donne des coups.

«La plupart du temps, il s'agit de coups de poing ou de claques», précise Yvon Ollivier, vice-procureur responsable du service des mineurs. «C'est un phénomène d'une certaine ampleur, mais qui est caché: les faits ne remontent pas à la surface, car les adolescents ne parlent pas. Il faut rompre l'omerta, car il s'agit non pas d'un jeu, comme ils le croient, mais bien de violences volontaires en réunion.»

«Un jeune qui va mal»

Les victimes ne sont «pas forcément les têtes de turc habituelles de l'établissement, mais des jeunes choisis au hasard», indique encore le magistrat. «D'après les auditions des auteurs et des victimes dans cette affaire, c'était une pratique somme toute habituelle.»

A Saint-Sébastien, les adolescents ont été légèrement blessés au cou et dans la nuque. Le collège des Iles de Loire, réputé «sans histoires» et «tout à fait sérieux», a exclu l'auteur principal des faits. Celui-ci, connu notamment pour avoir mis le feu à des poubelles, est «un jeune qui cause des soucis et qui va mal», estime Yvon Ollivier. Vendredi soir, les trois collégiens ont été mis en examen. Sur décision du juge des mineurs, deux ont été remis en liberté vendredi et le troisième, l'auteur principal présumé des faits, placé dans un centre éducatif fermé, dans l'attente de leur comparution le 18 décembre. Ils devront répondre de «violences volontaires avec arme, sans incapacité de travail, au sein d'un établissement scolaire», a précisé Yvon Ollivier.

«Il faut mettre un terme à cette loi du silence», insiste le magistrat, pour qui «les jeunes doivent en parler à leurs parents, à la police, aux gendarmes et à la justice». Et les adultes (parents, enseignants, personnels de l'Education nationale...) ne doivent pas minimiser la gravité de ces agissements en tardant à déposer plainte, selon lui.


Une autre affaire de «gardav’»
avait déjà défrayé la chronique près de Nantes, fin octobre. Un jeune de 19 ans avait été mis en examen et écroué après s'en être pris -là aussi à coups de lame- à un adolescent de 14 ans dans une cave du quartier Plaisance, à Orvault.