PSG-FC Nantes: Le soir où Mickaël Landreau est entré dans la tête de Ronaldinho

FOOTBALL Le 8 décembre 2002, le gardien de nantais a inventé une nouvelle façon d'arrêter un penalty. Face à un futur Ballon d'Or...

David Phelippeau
— 
Voilà ce qu'il devait y avoir dans la tête de Ronaldinho au moment du penalty...
Voilà ce qu'il devait y avoir dans la tête de Ronaldinho au moment du penalty... — Capture d'écran France 2

Ses potes de Nantes le répètent souvent : Mickaël Landreau est un très bon joueur de poker, un bon bluffeur. Le 8 décembre 2002, lors de la dernière victoire du FCN contre le PSG au Parc des Princes (les deux équipes s’affrontent en L1 samedi à 17 heures), l’ancien portier international a opté pour de l’esbroufe non pas sur un tapis vert (de poker), mais sur une pelouse verte. Un coup d’audace qui restera dans l’histoire du foot français.

>> A lire aussi : FC Nantes: Mickaël Landreau se paie le recrutement nantais

Récit des faits : 82e minute de ce PSG-Nantes en 16e de finale de la Coupe de la Ligue, le Nantais Armand fait faute sur El Karkouri dans la surface de réparation. Bruno Coué désigne le point de penalty sans sourciller. Nantes mène alors 3-2 au Parc. Après quelques secondes de jérémiades nantaises, Ronaldinho pose le ballon sur le point penalty. Et là, stupeur. Mickaël Landreau n’est plus face à lui, il s’est décalé sur sa droite laissant tout son côté gauche ouvert.

Incroyable scène au moment du penalty...
Incroyable scène au moment du penalty... - Capture d'écran France 2

Tout le monde est étonné… y compris l’arbitre

« On a tous été forcément surpris et on s’est dit : "mais qu’est ce qu’il nous fait encore?!"», se souvient l’ex-Nantais Olivier Quint, présent sur la pelouse ce soir-là. Bruno Coué, l’arbitre de ce match, garde encore aujourd’hui un souvenir intact de ce coup de folie. « Je n’avais encore jamais vu une telle intimidation. Quand Landreau s’est décalé à droite, il y avait de l’inquiétude chez les joueurs parisiens. Certains m’ont demandé s’il avait le droit. Je leur ai répondu qu’il pouvait se mettre où il voulait. Je pense qu’ils étaient même prêts à poser une réserve… »

>> A lire aussi : VIDEO. Euro 2016: On a revu les dix pires pénos de l’Histoire, et Zaza est notre champion

Ils auraient pu, mais Landreau était de toute façon protégé par un assouplissement de la Loi 14 : « Le gardien de but reste sur sa propre ligne de but, face à l’exécutant, entre les montants du but, jusqu’à ce que le ballon ait été botté. » Mais, depuis 2000, les portiers ont le droit de se mouvoir sur leur ligne du moment qu’ils y restent (ils devaient auparavant être immobiles et au centre des buts).

Biétry ne pensait jamais que Landreau tenterait ça au Parc

« On était tous pantois devant ce qu’il se passait, admet toujours l’arbitre de l’époque. Je n’ai eu aucun doute, la règle est précise : "entre les montants". Il n’y avait pour moi aucune ambiguïté. »

En cabine de commentateur, Charles Biétry, qui officiait pour France 2 avec Christophe Josse, est, lui, à moitié étonné : « Je n’ai pas été surpris que Mika fasse ça. Je le connais bien, c’est un bon ami. Je savais qu’il voulait faire ce coup-là un jour… De là, à le faire au Parc face à Ronaldinho ! J’imaginais plus qu’il le ferait en Coupe de France contre Orvault ou Carquefou. » Olivier Quint : « Il est allé au bluff et ça a marché. Comme la Panenka [en 2004, en finale de la Coupe de la Ligue, Landreau avait tenté et manqué un penalty en Panenka], il n’avait prévenu personne. Mika est un joueur, un bluffeur. Il était en plus très à l’aise sur les penaltys, il a tenté le coup. »

Landreau avait en quelque sorte prémédité son geste

L'auteur du geste fou s’explique 14 ans plus tard pour 20 Minutes. « J’y avais réfléchi dans l’après-midi. J’avais analysé les penaltys de Ronaldinho et surtout sa personnalité. Il était toujours très joueur. Pour rentrer dans ce défi, ça ne pouvait être qu’un penalty décisif. Je n’ai donc pas hésité quand l’arbitre a sifflé, il restait une dizaine de minutes. Je suis rentré dans son jeu… Lui, il fallait qu’il soit joueur, mais décisif aussi. » Au moment du tir, la pression pèse en effet encore plus lourd sur les épaules du Brésilien, qui se retrouve devant une situation inédite. Pression trop lourde peut-être? Ronaldinho, qui ne s’était jamais manqué dans cet exercice avec le PSG, tire vers le côté occupé par Landreau. Ce dernier, après avoir pris un appui rapide au centre de son but, arrête le penalty.

Ronaldinho a voulu jouer aussi, mais il a perdu !

« Pour moi, à ce moment-là – comme la Panenka en 2004 – je me suis dit que c’était le geste le plus efficace et je ne me dis pas : "qu’est ce que les gens vont penser ou dire si ça ne marche pas ?" », estime Landreau.

Charles Biétry pense que le Nantais a tout simplement gagné la guerre psychologique qu’il a entamée avec le Parisien. « S’il frappe et marque côté ouvert, Mika passe pour un clown. Comme Ronaldhino était aussi un joueur, il a tiré lui aussi au deuxième degré en se disant : "Tu me fermes ce côté-là, je vais tirer ici quand même !" Ce penalty est une vraie histoire. Tout s’est joué dans les têtes… »

Landreau n’a jamais retenté ce coup de poker ensuite. « C’était peut-être une folie… mais une folie positive pour le spectacle et efficace malgré tout ! » Car le FC Nantes l’emporte finalement 3-2 au Parc ce soir-là, le dernier succès des Canaris sur les terres parisiennes.

>> A lire aussi : Toujours pas de retraite pour Ronaldinho, qui va s’ambiancer en D3 mexicaine