Meurtre d'une prostituée à Nantes: Une «conséquence directe» de la loi pénalisant le client, dénonce le Strass

SOCIETE Le syndicat des travailleurs du sexe met en cause les effets de la nouvelle loi prostitution...

F.B. avec AFP

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Une prostituée
Une prostituée — Rémy Gabalda AFP

En vigueur depuis avril 2016, la nouvelle loi prostitution pénalisant les clients précarise les travailleurs sexuels et les pousse à prendre davantage de risques, a dénoncé jeudi le Syndicat du travail sexuel (Strass). Le meurtre fin octobre d’une prostituée équatorienne à Nantes en serait même une « conséquence directe », selon lui.

Depuis 2014, Niurkeli, basée à Paris, où ses clients avaient « pris peur » du fait des débats récurrents sur la loi prostitution, se rendait régulièrement en province pour « maintenir ses niveaux de revenus », a expliqué Thierry Schaffauser, le porte-parole du Strass. Or ces déplacements constituent « un facteur de risque » car ils « génèrent de l’isolement », a-t-il affirmé.

Etranglée puis brûlée dans un champ

Le compagnon de la victime, âgée de 33 ans, avait donné l’alerte en début de semaine dernière. S’appuyant sur des renseignements fournis par cet homme, les enquêteurs ont interpellé vendredi soir un suspect habitant Saint-Molf, près de Guérande (Loire-Atlantique).

Le suspect, célibataire et sans enfant, est employé d’une commune de la région. Il a reconnu lors de sa garde à vue avoir étranglé la jeune femme, qu’il fréquentait depuis plusieurs mois, et qui était venue le retrouver à son domicile dans la nuit du 20 au 21 octobre, a-t-on appris de source judiciaire.

L’homme, mis en examen et écroué dans l’attente de son jugement, a également indiqué avoir brûlé son corps dans un champ à quelques centaines de mètres de chez lui.

Appel à la générosité pour les funérailles

Dans un communiqué fin octobre, l’association de lutte contre le sida Aides avait déjà déploré les « effets délétères » de la loi prostitution. « Les travailleurs-ses du sexe s’isolent, la précarité augmente », les clients - « certes moins nombreux mais plus déterminés » - négocient davantage l’usage du préservatif, relevait l’association. « Nous en avons assez que les morts de nos collègues se succèdent dans l’indifférence générale », pointe le Strass, qui dénonce aussi « une augmentation des violences ».

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Le Syndicat du travail sexuel, qui s’est porté partie civile dans cette affaire, fait également appel à la « générosité » pour « couvrir les frais de funérailles » et les « recours en justice » au nom de la famille de Niurkeli, « en situation de précarité ». Il appelle à un rassemblement le 20 novembre devant le ministère de la Justice.