Procès du meurtre de Marion: La santé mentale de l'accusé interroge déjà

JUSTICE Yannick Luende-Bothelo, qui a refusé mardi de parler à la cour d'assises, a multiplié les propos irrationnels avant de commettre son crime...

Frédéric Brenon

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La cour d'assises de Loire-Atlantique juge Yannick Luende-Bothelo jusqu'au 18 novembre.
La cour d'assises de Loire-Atlantique juge Yannick Luende-Bothelo jusqu'au 18 novembre. — F.Brenon/20Minutes

Au deuxième jour du procès d’assises de Yannick Luende-Bothelo, l’assassin présumé de Marion, 14 ans, tuée de 69 coups de couteau dans la nuit du 18 au 19 mars 2012 à Bouguenais près de Nantes, le profil psychologique de l’accusé interroge déjà.

Peu bavard depuis sa mise en examen, ce Congolais de 29 ans s’est muré dans le silence mardi, refusant de s’expliquer malgré les questions répétées de la présidente de la cour ou de son propre avocat. « Je n’arrive pas à comprendre, il n’est pas normal », considère son père, qui regrette que son fils refuse toute visite en prison « depuis deux ans ».

L’avocat du père de Marion, lui, n’a pas manqué de remarquer que Yannick Luende-Bothelo est tout de même brièvement sorti de son mutisme pour décourager sa sœur de répondre à la cour. « Ça montre qu’il n’est pas si inconscient que ça, relève Yvon Chotard. J’ai l’impression que ce silence lui est bien commode. »

«Quelque chose n'allait pas dans sa tête»

Les éléments de personnalité dévoilés au cours de la première journée de procès laissent aussi apparaître un jeune homme perturbé par la séparation de ses parents et son arrivée en France à l’âge de 16 ans, consommateur de drogue et d’alcool, plusieurs fois condamné pour des délits de vols et violences, et qui s’est mis à tenir un discours incohérent plusieurs jours avant la mort de Marion.

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« Il proclamait qu’il était le messie, qu’il devait voir Sarkozy », se souvient la sœur de Yannick Luende-Bothelo. « Quelque chose n’allait pas dans sa tête. Il voulait voir le maire de Nantes, le président de la République, répétait qu’il portait la parole de Dieu », raconte son père. « Ses propos n’étaient pas sensés », confirme un pasteur qui a rencontré l’accusé, décrit comme protestant non pratiquant par sa famille.

L'hospitalisation plutôt que la prison?

Peu de temps avant de passer à l’acte, et alors qu’il venait de briser son bracelet électronique, il utilisa le téléphone d’une habitante de Rezé pour menacer l’Assemblée nationale. Puis, après avoir sauvagement tué Marion et agressé deux autres personnes le 19 mars 2012, il expliqua aux enquêteurs que « tout était prémédité » [sauf le viol qu’il ne reconnaît pas] et qu’il était investi d’une « mission divine ». Une version qu’il confirma au juge d’instruction, précisant cette fois qu’il voulait « tuer la France entière ».

« Je pense qu’il n’est plus lui-même. Il a besoin de soins », a estimé la sœur de Yannick Luende-Bothelo à la barre mardi. Ses avocats sont du même avis. Ils espèrent convaincre la cour d’assises de son irresponsabilité pénale et obtenir l’hospitalisation sous contrainte plutôt que la prison à perpétuité. « Nous n’excluons aucune thèse », commente, méfiant, l’avocat du père de la victime. L’audition des experts psychiatriques ce mercredi permettra d’en savoir plus.