«Pour moi, les choses ont vraiment commencé à Nantes»

ROCK Dominique A interprète ce mercredi soir à Nantes (salle Paul-Fort) son premier album live, après quinze ans de carrière. Interview.

Recueilli par Julien Ropert, à Nantes

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Dominique A lors de la soiree organisee pour les 25 ans de radio de Laurent Lavige et la sortie de son livre "On Air" (preface de Bruno Cali) au Divan du Monde, Paris, FRANCE L. URMAN / SIPA- 13/11/2007/0711141344
Dominique A lors de la soiree organisee pour les 25 ans de radio de Laurent Lavige et la sortie de son livre "On Air" (preface de Bruno Cali) au Divan du Monde, Paris, FRANCE L. URMAN / SIPA- 13/11/2007/0711141344 — L. URMAN / SIPA
Dominique A interprète ce mercredi soir à Nantes (salle Paul-Fort) son premier album live, après quinze ans de carrière. Interview.

Pourquoi avoir attendu quinze ans pour sortir votre premier live?


Comme objet discographique, je n’ai jamais trouvé que les live avaient un intérêt démesuré. L’idée, c’était plus pour ne pas regretter de ne pas avoir de traces des tournées. Et sur la dernière tournée, il y avait une vraie émulation, beaucoup de plaisir à être ensemble avec le groupe, on avait beaucoup d’échos positifs. C’était le moment où jamais. Si j’avais laissé passer cette occasion, j’aurais sans doute encore attendu plusieurs années.

C’était un exercice difficile de choisir les chansons?

Il y avait quatre concerts, donc c’était quand même un gros travail d’écoute. Mais ce n’est pas la mine non plus. Il faut faire gaffe à ne pas faire de rejet. J’ai fait ça en tournée, je jouais les chansons en balance, au concert, et je les réécoutais. Ça fait beaucoup. Mais de toute façon, quand il se passe quelque chose sur une version live, ça dépasse le morceau, ce qui est important, c’est le truc qui se passe.

Ces écoutes répétées vous ont donné de nouvelles envies, de nouvelles idées pour l’actuelle tournée?

Non, là, la tournée est très fidèle au disque. C’est d’ailleurs un sentiment rigolo de jouer quelque chose d’aussi proche d’un disque. On a retravaillé quelques morceaux auxquels on a redonné un peu de sang neuf. C’était important d’être dans une reproduction du live, d’être dans une interprétation pure.

Pourquoi avez-vous fait le choix de la salle Paul-Fort, vous, l’habitué de l’Olympic?

Ce n’est pas moi qui ai choisi. J’aime beaucoup l’Olympic, mais c’est vrai que la dernière fois, là-bas, c’était vachement bien. Y revenir, c’est dangereux, c’est se frotter au souvenir de la soirée d’avant. Et puis le rapport n’est pas le même. Et puis j’aime bien, c’est central, j’aime bien le quartier.

On vous présente comme un Nantais, alors que vous n’y êtes pas né et n’y habitez plus. C’est une étiquette qui vous convient?

Je ne lutte pas. Pour moi, les choses ont vraiment commencé à Nantes. Ça me plaît bien d’être associé à une scène qui est arrivée dans les années 1990 à Nantes. Cette ville est associée à mes premiers pas en musique, à mes premières rencontres avec un public. J’y suis attaché, mes parents habitent encore ici. Et puis je trouve que ce que je fais se fond assez bien dans l’atmosphère de Nantes. C’est une ville de laquelle émane une certaine mélancolie qui répond bien à la mienne.

Vous êtes aussi le «grand frère» de cette nouvelle scène française. Comment le vivez-vous?

C’est bizarre d’être un grand frère pour un fils unique. C’est surtout étrange d’être de l’ancienne génération. De plus en plus les gens me vouvoient. Ça y est, je suis vieux, ça me fait flipper. Et puis quand on commence, on affiche sa singularité, alors que quand on est intronisé grand frère, on est un peu le chef de famille. Mais je ne me sens pas de responsabilité non plus. Je suis un mauvais frère.

Et que vous inspire le succès soudain de votre acolyte des débuts, Philippe Katerine?

Philippe, c’est l’exception, c’est un succès grand public que j’observe avec ébahissement et joie. Il est tout à fait cohérent. Il n’y a pas de décalage avec la personne qu’on voit et, pourtant, il accède aux oreilles du plus grand nombre. C’est la situation idéale. Moi, je ne suis pas du tout dans la même situation. Je suis encore chanteur pour chapelle, la chapelle rock indé. On a commencé ensemble, et à aucun moment on aurait imaginé en être là aujourd’hui. Franchement, c’était pas gagné?

Vous avez une nostalgie de la période où vous autoproduisiez?

Non, pas vraiment. Ça me renvoie à quelque chose d’un peu gris, un peu seul. En même temps, je me rappelle m’être bien éclaté ans ma chambre, à faire mes enregistrements sur mon quatre pistes. J’étais dans mon monde. Je préfère mille fois être aujourd’hui. C’est plus excitant. Et puis quand j’ai commencé à me faire un peu connaître, c’était une musique qui n’avait pas trop droit de citer. J’étais un peu galérien. Je préfère le confort relatif d’aujourd’hui.

Pour terminer, un petit clin d’œil: est-ce que le Twenty-two bar est un bar nantais ?

Non, pas du tout. Je suis juste tombé sur ce bar dans une rue glauque de Bruxelles, le Twenty-Two bar… Ça a déclenché quelque chose dans mes neurones.