FC Nantes-Toulouse: «Qu'est ce qu'ils vont faire, me tuer?», s'interroge Waldemar Kita

FOOTBALL A la fin de Nantes-Toulouse (1-1) samedi soir, une centaine de supporters nantais cagoulés a essayé de s'en prendre au président Kita...

David Phelippeau
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Le président du FC Nantes Waldemar Kita.
Le président du FC Nantes Waldemar Kita. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Il en a marre, mais il ne lâchera pas. Le président Waldemar Kita est resté un gros quart d’heure en zone mixte après le nul (1-1) des Canaris contre Toulouse, samedi soir. Il n’a pas beaucoup été question du sportif ou du match, mais plutôt de l’épisode surréaliste de la fin de la rencontre. Quelques dizaines de supporters cagoulés, mécontents de la tournure de la saison, ont en effet essayé de pénétrer dans la loge du président Kita, mais ont été repoussées par la sécurité et les forces de l’ordre en fin de match. Entretien avec WK.

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Quel est votre sentiment après ce qu’il vient de se passer ?

Vous savez très bien que ça fait dix ans que ça dure et je suis une fois de plus très étonné de voir que personne ne bouge. Je pense qu’on va arriver à un accident grave… Le jour où il y aura un grand blessé ou un mort, peut-être bougera-t-on mais ce n’est pas sûr. On sait qui c’est mais on ne réagit pas depuis des années. Ce n’est pas quelque chose qui va me décourager. Après, c’est vrai qu’on n’a pas forcément de bons résultats, mais je ne joue pas au football, je ne suis pas l’entraîneur. Comme vous l’avez remarqué depuis plusieurs mois, je viens de moins en moins pour justement laisser travailler car on m’a souvent reproché de me mêler trop des affaires de l’équipe. Je ne comprends pas très bien ce qu’on veut… Le prochain [propriétaire du club] qui arrivera, ça sera pareil. Avant moi, avec Dassault, c’était exactement la même chose !

Avez-vous eu peur ?

Non, je n’ai pas peur moi. Je ne suis pas un garçon qui a peur ! Qu’est-ce qu’ils vont faire, me tuer ? Et alors ! Vous pourrez parler !

Ce n’est quand même pas très rassurant de voir les supporters s’infiltrer comme ça ?

Et bien dites-le dans le journal ! Est-ce que demain, même si on n’est pas d’accord sur certaines choses, est-ce que ça vous fera plaisir qu’on me tue ? Qu’on m’abatte ? Qu’on me batte ? Que je sois blessé, moi, ma femme, mes enfants ? Vous trouvez ça normal ? Vous allez sourire demain si ça m’arrive ? Non ! Alors que voulez-vous que je fasse ? Je n’ai pas le choix, je suis obligé, un club on ne le laisse pas comme ça ! On ne laisse pas un bateau couler comme ça parce que les résultats ne sont pas très bons. Le club doit vivre. Il y a plein de clubs qui sont partis très bas, qui sont descendus jusqu’en CFA, voire DH, et qui ont du mal à remonter. C’est ça qu’ils veulent ?

Vous êtes marqué par les événements quand même ?

Non, pas du tout ! Je suis simplement surpris par rapport à cette réaction-là. J’ai plus peur par rapport à ma famille, c’est tout. Car ils sont déjà venus dans ma maison, chez mes beaux-parents, partout ! Je me demande si à certains moments on a une loi, si on est protégé.

Vous vous sentez traqué ? Harcelé ?

Ça fait des années que ça dure, vous le savez. Vous savez très bien ce qu’il se passe, que je suis Polonais et que vous n’aimez pas qu’un Polonais vienne à Nantes. Demain, vous aurez peut-être d’autres nationalités, je ne sais pas si ça vous plaira…

Mais ce n’est pas nous, journalistes, qui disons cela ?

Oui, mais vous êtes tous pareils. Vous ne défendez pas le travail que l’on fait. Qu’on ne réussisse pas au niveau football, je suis d’accord avec vous, je le déplore et ça m’emmerde parce que j’essaie de faire le mieux possible et ça ne marche pas. Maintenant, à vous de faire le nécessaire. Vous savez très bien qui sont ces gens-là, vous savez très bien ce qui se passe, à vous de mettre le nez dedans !

Mais, on n’est pas policiers, mais journalistes ? !

Non, c’est vrai, vous n’êtes pas la police, mais vous êtes des médias puissants qui guident pas mal de choses !

Mais si vous savez qui c’est, dites-le ?

Je sais qui c’est, oui, j’ai déposé des plaintes, mais je ne vais pas donner des noms comme ça. On a des photos, on a tout. La sécurité a tout sur les gens qui gueulent depuis dix ans. Ils ont fait la même chose contre Dassault, ce sont exactement les mêmes ! Si ça vous donne des satisfactions de savoir que demain on va me casser la gueule à moi ou à Franck (Kita, son fils, directeur général du FCN) ou à d’autres, et bien tant mieux. Si ce n’est pas le cas, et bien réagissez !

Cela ne vous donne pas envie de lâcher l’affaire ?

C’est quand même très étonnant que vous me dites cela ! Pourquoi voudriez-vous que je lâche ? Je dois donc laisser tout le personnel, tout ce qu’on a entrepris ? Mais qui va le prendre demain ? Un club, on ne peut pas le lâcher comme ça, c’est une société privée, dans laquelle vous avez des responsabilités et il faut avoir le courage de ne pas laisser tomber, de continuer. Est-ce que je suis en panique ? Est-ce que je tremble ? Pas du tout. Tout à l’heure, je vais encore avoir des gens qui vont m’attendre à l’aéroport, qui vont vouloir m’insulter : on sait qui c’est, mais personne ne fait rien !

Concrètement, que s’est-il passé à la Beaujoire ?

Il y avait une espèce de foule qui est arrivée de tous les côtés, puis la police et les CRS sont aussi arrivés. Comme ils m’ont insulté pendant 90 minutes, c’est sûr qu’ils voulaient la peau de la direction !

Des individus sont entrés dans votre loge ?

Non car la police a fait le boulot.

Vous avez quand même dû quitter votre loge entouré de policiers ?

Oui, car la police est venue en disant qu’il faudrait quitter le stade mais je n’ai pas quitté le stade. Je suis resté jusqu’au bout. J’ai vu le but égalisateur…

Contrairement à vous, votre famille a-t-elle eu peur, elle ?

Je ne sais pas, je ne l’ai pas encore vue… Il est fort possible que ma femme ne viendra peut-être plus… Ma fille déjà ne vient plus car elle n’a pas envie de se faire insulter. C’est une jeune femme qui a sa vie personnelle. Déjà quand elle était à l’école, ça n’allait pas quand tout le monde a su que c’était une Kita car automatiquement ça posait un problème ! Je n’aurai jamais imaginé qu’à Nantes ça m’arriverait un jour. Dans certains clubs peut-être mais pas ici, à Nantes. Maintenant, il faut que j’assume. Si demain je pars, que je rends les clés, le club descend. Car qui donne des garanties aujourd’hui ?

Et s’il y a un acheteur ?

Vous l’avez ?

Certains clubs en trouvent !

C’est bien. Mais peut-être que des acheteurs ne veulent pas venir à Nantes hein !

Vous seriez vendeur ?

Ah mais moi, il n’y a pas de problème, tout ce que je veux c’est l’intérêt du club ! Si vous trouvez un acheteur je vous donne une commission ! Si demain je pars, vous direz que je m’en vais comme un voyou, que je n’ai pas de courage. Je n’y arrive pas dans ce club, j’y arriverai peut-être ailleurs. Je fais d’autres choses dans ma vie et je réussis super bien. Quand je vois le président [Sadran] et l’entraîneur de Toulouse [Dupraz] qui me disent : « Mais tu es fou de rester ici ! ». Mais le temps viendra où on prendra une décision, ça, c’est sûr mais je ne laisserai pas le club dans la merde.