Hollande à Montreuil-Bellay pour rendre hommage aux Tsiganes internés par le régime de Vichy

SOCIETE Une cérémonie d'hommage aux 6.000 nomades internés en France entre 1940 et 1946 a lieu samedi sur le site de l'ancien camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire)...

F.B. avec AFP

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François Hollande.
François Hollande. — Thibault Camus / AP / SIPA

C’est une page d’Histoire longtemps occultée de la mémoire nationale. François Hollande se rend samedi à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy et jusqu'en 1946, effectuant la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d'internement. Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France pendant la Seconde Guerre mondiale, un hommage national leur sera rendu pour la première fois, samedi, sur le site de l’ancien camp. Une « reconnaissance officielle » très attendue par leurs descendants et les associations.

Entre 6.000 et 6.500 nomades furent enfermés entre 1940 et 1946 dans 31 camps gérés par les autorités françaises, sur ordre des Nazis. Le camp de Montreuil-Bellay était le plus grand. Plus de 2.000 Tsiganes et sans domicile fixe de Nantes y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945, une centaine y périrent.

« Ce n’est jamais trop tard »

Une œuvre monumentale comprenant 473 patronymes d’internés sera dévoilée sur cet ancien camp dont il ne reste que quelques vestiges classés aux monuments historiques.

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« C’est la première fois dans notre histoire qu’on va nous reconnaître. On va passer de l’ombre à la lumière, c’est extraordinaire ! (…) Cette reconnaissance, on va la prendre à bras-le-corps, ce n’est jamais trop tard », confie Jean Richard, dit « Jeanjean », 75 ans, en parcourant l’ancienne poudrerie où furent internés 17 de ses proches, « marqués à vie par l’enfermement, la faim, la crasse ». Cet hommage est « un aboutissement après beaucoup de fausses joies et de désespoir », insiste de son côté Karim Fikri, secrétaire de l’association Les Amis de la Mémoire du camp tsigane de Montreuil-Bellay (AMCT)

« L’histoire est très peu, voire pas du tout connue »

L’État avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ». Puis, en décembre 2015, le gouvernement avait rendu hommage aux Tsiganes internés dans le camp de Jargeau (Loiret), 70 ans après sa fermeture.

A Montreuil-Bellay, où survivants et population ont partagé la même « gêne » sur cette page d’Histoire, ce passé ne ressurgit que dans les années 1980, quand un instituteur féru d’histoire locale, Jacques Sigot, tombe par hasard sur les vestiges de l’ancien camp. Son livre, Ces barbelés que découvre l’Histoire, contribuera largement à faire sortir de l’oubli les persécutions des Tsiganes et inspirera Tony Gatlif pour son film « Liberté ».

Outre le mémorial dévoilé samedi, un projet de parcours pédagogique doit voir le jour sur ce site racheté par la commune en 2013, « indispensable car l’histoire de l’internement des Tsiganes est très peu, voire pas du tout connue », même par les enseignants, souligne Virginie Daudin, directrice du Centre régional Résistance & Liberté (CRRL) de Thouars (Deux-Sèvres).