FC Nantes-Stade Rennais: «Alors le traître?»... Quand un Nantais ou un Rennais passe chez l'«ennemi»

FOOTBALL «20 Minutes» a recueilli les témoignages de quatre anciens joueurs, qui ont évolué dans les deux clubs...

Jeremy Goujon et David Phelippeau

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Christophe Le Roux sous le maillot rennais face au FC Nantes, en 2001.
Christophe Le Roux sous le maillot rennais face au FC Nantes, en 2001. — VALERY HACHE / AFP

Samedi, c’est derby. Le FC Nantes accueillera le voisin rennais, à la Beaujoire (20 h). Entre les deux clubs, très proches géographiquement, la rivalité ne date pas d’aujourd’hui, mais semble s’amplifier au fil des ans. De nombreux joueurs ont pourtant défendu les deux couleurs… 20 Minutes les a interrogés pour savoir s’il était simple de passer directement d’une formation à l’autre. Témoignages.

Supporters rennais face aux supporters nantais.
Supporters rennais face aux supporters nantais. - Sipa/AFP
  • Eddy Capron (défenseur du FC Nantes entre 1990 et 1997, puis du Stade Rennais entre 1997 à 1999)
Eddy Capron, sous le maillot nantais, en Ligue des champions.
Eddy Capron, sous le maillot nantais, en Ligue des champions. - VALERY HACHE / AFP

« À l’époque, la rivalité était davantage géographique car en termes de domination dans le foot, Nantes était largement devant. Les ambitions de Rennes n’étaient pas affichées comme aujourd’hui. Je ne vais pas le cacher : quand j’arrive au Stade Rennais, j’ai essuyé des sifflets. Sans doute en raison de mes mauvaises performances. Si j’avais été bon, je n’aurais sans doute pas été sifflé. Mes performances et ma provenance ne m’ont pas aidé. Moi, j’avais signé au SRFC car je voulais rester proche de Nantes. J’avais du mal à quitter la région. Rennes ? Ça ne restera pas un grand souvenir sur les plans sportif et humain. Certains m’ont mis à la cave alors qu’ils ne me connaissaient pas. Je ne porte pas dans mon cœur le président Pierre Blayau et le directeur sportif Jean-Michel Moutier. Ils m’ont manqué de respect. Je ne pense pas que ça venait de ma provenance. Je n’avais en revanche aucun souci avec les joueurs et le staff, notamment le coach Guy David. »

  • Christophe Le Roux (milieu offensif du FC Nantes entre 1996 et décembre 1998, puis du Stade Rennais entre janvier 1999 et 2002)
Christophe Le Roux, sous le maillot rennais, en 2001 face au FC Nantes.
Christophe Le Roux, sous le maillot rennais, en 2001 face au FC Nantes. - VALERY HACHE / AFP

« C’est forcément compliqué de passer chez l’ennemi. À mon époque, c’était plus le chemin inverse qui se faisait. Aller de Nantes à Rennes n’était pas dans la logique. L’accueil en Ille-et-Vilaine a été particulier car très peu de temps avant que j’arrive là-bas, j’avais crucifié le Stade Rennais avec Nantes sur un coup franc à deux minutes de la fin (2-3, le 28 novembre 1998). J’ai entendu pendant six mois : "Tu nous as tués avec ton coup franc !", mais je n’ai pas le souvenir d’avoir été sifflé. Quand je le tire, je sais que je vais aller à Rennes… C’est un des plus grands moments de ma carrière. En face, c’est Christophe Revault, qui est devenu un ami. On en rigole encore maintenant. Je me dis que c’est hallucinant avec le recul. Quand je suis revenu à la Beaujoire un peu moins d’un an après, on avait pris un bouillon monumental [3-0, le 19 septembre 1999] ! Je n’avais pas été sifflé car je pense que Christophe Le Roux, on l’avait oublié. »

  • Serge Le Dizet (défenseur latéral du Stade Rennais de 1987 à 1992, puis du FC Nantes de 1992 à 1998)
Serge Le Dizet sous le maillot nantais contre Bastia en 1997.
Serge Le Dizet sous le maillot nantais contre Bastia en 1997. - FRANK PERRY / AFP

« Je me voyais rester toute ma carrière à Rennes, un club et une ville dans lesquels je me sentais bien. Mais je sortais d’une saison où le SRFC redescendait en Division 2, et à 28 ans, j’ai donc privilégié la D1. Je sentais que j’avais le niveau pour y jouer. Plusieurs clubs étaient intéressés, dont Nantes. Pour moi, c’était le jeu à la nantaise, le spectacle, un "nom" du football français. J’ai d’ailleurs souvent souffert contre eux ! Robert Budzynski [directeur sportif du FCN] avait énormément insisté à l’époque pour que je vienne, alors que j’avais donné mon accord verbal à Sochaux. Je lui ai dit dix fois merci plus tard… Quant au président rennais, qui était déjà René Ruello, je sais qu’il m’en a un peu voulu, parce qu’il voulait absolument me garder. Il y avait aussi Charles Biétry, qui me disait toujours quand il venait à Nantes avec Canal+ : "Alors le traître ? Alors le traître ?". En rigolant, mais il le pensait quand même (sourire). Quand on a été champions [en 1995], il est venu vers moi et m’a dit : "Finalement, tu avais raison". »

  • Jocelyn Gourvennec (milieu offensif du Stade Rennais entre 1991 et 1995, puis du FC Nantes entre 1995 et 1998)
Jocelyn Gourvennec sous le maillot rennais en 2000.
Jocelyn Gourvennec sous le maillot rennais en 2000. - VALERY HACHE / AFP

« Je pense que les mouvements de Rennes à Nantes ne posent pas de problème. Moi, ça ne m’en a vraiment posé aucun, j’ai été très bien accueilli. Aller à Nantes était une évidence : le club venait de faire une saison exceptionnelle [champion de France], il y avait la Ligue des champions. À partir du moment où vous êtes choisi par Jean-Claude Suaudeau, c’est difficile de refuser. Ça a été moins accepté de la part des Rennais. Quand je suis revenu au SRFC [en janvier 2000], des supporters ne me l’ont pas pardonné, d’autant que je n’ai pas été hyper performant. Je sais que quand Olivier Monterrubio est arrivé à Rennes [à l’été 2001], ça a été difficile au départ. Et puis, comme il a été très performant, ça s’est tassé. Quand vous êtes bon, les gens mettent leur mouchoir dans leur poche. Ce que j’ai ressenti lorsque j’ai marqué pour Nantes à Rennes [0-1, le 21 février 1997] ? Rien de particulier. Je crois qu’il y a plus d’animosité des Rennais envers les Nantais, que l’inverse. Ça, je ne l’ai jamais ressenti. »