La navigatrice Samantha Davies ici lors du Vendée Globe le 10 novembre 2012, ne sera pas là pour cette édition.
La navigatrice Samantha Davies ici lors du Vendée Globe le 10 novembre 2012, ne sera pas là pour cette édition. — Sipa

VOILE

Vendée Globe: Mais pourquoi n'y a-t-il pas une seule femme sur l'édition 2016?

Lors des cinq précédentes éditions, il y a avait toujours une ou deux navigatrices en course...

Le Vendée Globe 2016 s’écrit exclusivement au masculin. Aucune navigatrice ne prendra le départ du tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance, le dimanche 6 novembre prochain des Sables d’Olonne. Cette absence majeure questionne forcément le milieu de la voile et son public. D’autant que lors des cinq précédentes éditions, il y avait toujours une ou deux femmes.

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C’est un hasard selon l’organisation

Seule l’Espagnole Anna Corbella s’était pré-inscrite. « Quand j’ai vu qu’il n’y avait pas de femmes, je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser partir un Vendée Globe sans femme », confie-t-elle. Mais la navigatrice a dû abandonner, faute d’avoir pu réunir un budget minimum de 700 000 euros.

Le directeur de la course Jacques Caraës incrimine le hasard. « Il n’y a aucune contrainte particulière de jauge cette année », explique-t-il. Et si cette édition marque l’arrivée de bateaux à foils « qui sollicitent davantage les skippers physiquement », ce facteur n’explique pas selon lui l’absence de femmes, « la voile nécessitant d’abord de la stratégie et pas seulement de la force ».

Plus de difficultés à trouver des sponsors ?

Les femmes auraient-elles plus de mal à trouver des sponsors ? De l’avis des professionnels, il n’en est rien. Selon la Britannique Dee Caffari, 6e du Vendée Globe 2008-2009, trouver un sponsor reste « difficile pour tous les marins, homme et femme, surtout après le Brexit ». « La proportion de skippers hommes qui trouvent des budgets est inférieure à celle des femmes », estime même Alain Gautier, qui a remporté la course en 1992-1993.

Sam Davies sera là lors de la prochaine édition

Sam Davies, sans doute la plus attendue après deux participations, rejette quant à elle la faute sur un « mauvais concours de circonstances ».

« Nous sommes plusieurs navigatrices à avoir couru le dernier Volvo Ocean Race en 2015. Quand j’ai signé pour le Volvo, je savais très bien que je n’aurais pas assez de temps pour préparer le Vendée Globe », explique-t-elle. Une situation qui ne devrait pas se reproduire, selon elle, lors de la prochaine édition en 2020, à laquelle elle compte participer.

Un manque de renouvellement ?

Certains pointent cependant un manque de mixité dans la voile de haut niveau. « Nous sommes entre deux générations et il n’y a pas eu beaucoup de renouvellement après la génération Autissier, Chabaud, MacArthur », souligne Didier Ravon, journaliste à Voiles et Voiliers. « Il devrait y avoir tout un vivier de jeunes femmes prêtes à partir, d’autant que les femmes font de bons résultats », commente la navigatrice Isabelle Joschke. « Or, depuis dix ans que je fais de la course, rien n’a changé. La participation des femmes est toujours aussi faible ».

Un problème de société ?

Alors que l’âge moyen des inscrits au Vendée Globe est de 44 ans, les contraintes familiales n’aident pas non plus les régatières à se hisser au plus haut niveau. « Souvent, les filles courent puis disparaissent du circuit quand elles sont en âge d’avoir une famille, c’est un problème de société », poursuit Isabelle Joschke.

« On a un faisceau de facteurs négatifs », confirme un observateur du milieu, qui souhaite garder l’anonymat. Pour lui, c’est l’évolution même de la course qui est en cause. « Si vous mettez des bateaux qui nécessitent beaucoup de technologie, d’argent, une équipe volumineuse, vous perdez les femmes », conclut-il.