Accueil des migrants: A Nantes, ils ont ouvert leurs portes à un mineur étranger (et ça se passe bien)

MIGRANTS Le département de Loire-Atlantique a lancé il y a un an le dispositif d'accueil solidaire. Reportage chez une famille de l'agglomération nantaise qui fait partie des volontaires...

Julie Urbach

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Adama et Madé, dans leur maison à Bouaye
Adama et Madé, dans leur maison à Bouaye — J. Urbach/ 20 Minutes

La Marseillaise, il l’a entendue pour la première fois à la télé cet été, en suivant les JO de Rio. Il faut dire qu’Adama est arrivé en France il y a un an à peine. Ce Malien de 17 ans fait partie des 450 mineurs « non accompagnés », qui affluent depuis plusieurs mois, toujours plus nombreux, à Nantes. Derrière son sourire timide se cache le soulagement d’avoir trouvé un toit : celui de la famille Trichet, à Bouaye, qui participe comme une quinzaine d’autres au dispositif d’accueil solidaire lancé il y a un an par le département de Loire-Atlantique.

Depuis février, le jeune homme a quitté les hôtels où il se sentait « tout seul » pour une chambre de cette belle maison d’architecte, dans l’agglo nantaise. Sur les murs en lambris, une carte de France est affichée. « Je ne parlais pas la langue, raconte celui qui a entre-temps obtenu son diplôme d’études en langue française, avec 89/100. Maintenant c’est mieux, et j’ai trouvé un stage de peintre en bâtiment. »

Voile et laïcité

A la maison, Adama est considéré comme « un enfant de plus », indique avec humilité Madé Trichet, 60 ans. « Il a les clés, il est inscrit au club de foot, et se fait disputer comme mon autre fils, s’il y a un problème », détaille la mère de famille, qui, avec son mari, avait déjà ouvert les portes de sa maison à des étudiants étrangers venus suivre des études à Nantes.

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A table, on échange sur les différences de culture. Sur des sujets légers comme lorsqu’Adama s’étonne des dimensions spectaculaires des hypermarchés français, ou simplement du fait de partir en vacances (le garçon a d’ailleurs pu aller à la montagne pour la première fois). Sur des thématiques plus sérieuses aussi, apparemment sans tabou : « On n’a pas la même opinion sur le voile, on s’accroche un peu, sourit Madé. C’est bien, ça me permet de lui parler de laïcité. » Le silence se fait plus prégnant lorsque l’on s’intéresse au passé du garçon. « Il ne nous en a jamais vraiment parlé non plus, continue Madé. Juste de souvenirs difficiles d’un long voyage en bateau… »

Dispositifs insuffisants

Si le conseil départemental de Loire-Atlantique a permis cette rencontre, et propose un accompagnement humain et financier aux familles volontaires (le dispositif sera quasiment unique en France), c’est qu’il fallait trouver des solutions à une arrivée toujours plus importante de ces adolescents, dont certains, non scolarisés, se retrouvent dans des squats.

« Il faut faire preuve d’innovation et de générosité dans la mesure où nos dispositifs ne sont plus suffisants, justifiait avant l’été Philippe Grosvalet, président (PS) du département de Loire-Atlantique. Ça ne va pas régler tout le problème mais l’addition des initiatives va y aider ». Le département espère que d’autres familles deviendront volontaires.

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A Bouaye, l’avenir d’Adama s’éclaircit encore avec une rentrée scolaire qui se passe bien, et un contrat d’apprentissage déjà décroché pour l’an prochain. A sa majorité, il tentera aussi d’obtenir son titre de séjour. « Il y pense déjà beaucoup, indique Madé. Nous lui avons déjà dit qu’il pouvait rester chez nous, s’il le souhaitait ». « Je suis venu pour réussir ma vie », assure l’adolescent.