Journées du patrimoine: A la mosquée de Nantes, 5.000 visiteurs « répondent à la main tendue »

SOCIETE Le lieu de culte a ouvert ses portes aux Nantais ces samedi et dimanche...

Julie Urbach

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Dans la mosquée de Nantes
Dans la mosquée de Nantes — J. Urbach/ 20 Minutes

Sur les étagères en bois, ce dimanche après-midi, il n’y a presque plus de place pour poser ses chaussures. « Il faut pourtant les enlever si tu veux visiter la salle de prières, conseille un homme à une petite fille en tongs. Rien de spirituel là dedans, c’est juste une question d’hygiène ! »

Ces samedi et dimanche, pour la 3e fois, la mosquée Assalam de Nantes s’ouvre aux Nantais pour les journées du patrimoine. Par petits groupes, le public est invité à « se mettre dans la peau d’un musulman ». Fonctionnement des ablutions et des prières, découverte de l’édifice et surtout de l’islam

Dans la mosquée de Nantes
Dans la mosquée de Nantes - J. Urbach/ 20 Minutes

En deux jours, entre 4.000 et 5.000 personnes auront franchi la porte de celle qui est décrite comme la 4e plus grande mosquée de France (elle peut accueillir 2.500 fidèles), qui rêve même de s’agrandir. Une « démarche d’ouverture » selon le recteur de la mosquée, Bachir Boukhzer. « Nous sommes musulmans mais nous sommes des citoyens français avant tout. »

« On visite les églises sans se poser de question »

Au fond de la grande salle, assis sur une épaisse moquette rouge, une vingtaine de personnes assistent en silence (et en chaussettes, donc) à l’une des cinq prières quotidiennes. Le débrief qui suit n’est pas de trop. « Je trouvais ça bizarre que l’imam se place de dos, confie Anne (lui aussi fait sa prière et s’oriente vers la Mecque). J’ai aussi appris que les horaires des prières varient : ils sont calés sur le mouvement du soleil dans le ciel. »

Dans la mosquée de Nantes
Dans la mosquée de Nantes - J. Urbach/ 20 Minutes

La qualité architecturale du bâtiment, ouvert en 2012 et financé par un Qatari, est aussi appréciée, notamment les carreaux de céramique tous taillés à la main. « C’est vraiment magnifique, témoigne Marie, 72 ans. Je n’habite pas loin mais je n’avais jamais osé entrer. On visite les églises sans se poser de question, mais les mosquées, il y a plus de réticences, on ne sait pas si on a le droit… »

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« Daesh, les attentats, ça pose question »

Depuis quelque temps, c’est donc bien ce sentiment que les responsables religieux musulmans tentent de lever. D’ailleurs, plusieurs portes ouvertes ont eu lieu et seront renouvelées au printemps, et il est possible pour les groupes de réserver pour des visites guidées. Le public est chaque année un peu plus nombreux. « Venir ici, c’est un peu une façon de répondre à leur main tendue, juge Agnès, enseignant-chercheur, qui suit la visite en famille. Daesh, les attentats, ça pose forcément question. Ça donne envie de mieux connaître, de construire des liens. »

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Pour autant, lors du temps d’échange avec l’imam, on parle de la différence entre Sunnites et Chiites, financement des mosquées, mais très peu d’islamisme ou de burkini. « C’était vraiment intéressant mais on aurait envie de mettre les pieds dans le plat, d’évoquer toutes ces dérives », regrette Florence, 52 ans, qui juge que le sujet est « peut-être tabou ». « Nous n’avons pas peur de parler franchement, répond Bachir Boukhzer. Comme le fait de dire que pendant 30 ans, nous n’avons rien fait à part être passifs pendant que certains jeunes se tournaient vers Internet. S’ouvrir, c’est notre réaction. »

La mosquée Assalam de Nantes
La mosquée Assalam de Nantes - J. Urbach/ 20 Minutes