FC Nantes: «Du dégoût, de voir que le club fait les choses à l'envers», estime le capo de la Brigade Loire

INTERVIEW Dimanche, lors de l’humiliation (0-3) subie face à Metz, la tribune Loire a manifesté sa colère. Pour « 20 Minutes », Romain Gaudin, aussi porte-parole de la Brigade Loire, est revenu sur ce fait rarissime…

David Phelippeau

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NANTES, le 25/08/2013 Les supporters du FC Nantes lors du match FCN PSG
NANTES, le 25/08/2013 Les supporters du FC Nantes lors du match FCN PSG — Fabrice Elsner

On s’est cru revenu plusieurs années en arrière. Quand le FCN traînait sa misère en L2… Dimanche, à 0-3 contre Metz, la tribune Loire, c (h) oeur du stade de la Beaujoire, a stoppé ses encouragements et manifesté sa colère, son ras-le-bol. Des slogans anti-direction se sont succédé. Puis, cinq minutes de silence ont plongé le stade dans une ambiance glaciale. Romain Gaudin, capo de la tribune Loire et porte-parole de la Brigade Loire, et Julien, membre de cette asso de fans nantais, ont accepté de s’expliquer.

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Dimanche, la tribune Loire a complètement lâché son équipe à 0-3. Un fait rare finalement depuis plusieurs années. Pourquoi l’avoir laissée tomber à ce point-là ?

Nous ne sommes qu’à la quatrième journée, et il n’était pas question de lâcher. Pendant la mi-temps, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir dire à la tribune pour la motiver. Alors, j’ai dit les choses franchement : depuis longtemps, nous sommes l’arbre qui cache la forêt. De l’âme du FCN, il ne reste plus que nous, et si nous arrêtons, alors le FCN sombrera dans le néant. Les gens ont entendu le discours et l’effet a été immédiat puisque l’ambiance est repartie de plus belle en début de seconde mi-temps. Sauf que t’es supporter, pas choriste, et qu’à un certain moment, t’as envie d’exprimer ta colère.

Romain Gaudin (au centre) de la BL.
Romain Gaudin (au centre) de la BL. - F. Elsner / 20 Minutes

Quel type de colère vous anime ?

Pas celle de voir ton équipe perdre 0-3. Ta colère de voir ton stade se vider doucement mais sûrement, sans que la direction n’essaie d’endiguer ce phénomène : pire, elle l’encourage. Ta colère de voir un dirigeant du club parler d’un objectif 10e place sans avoir la moindre idée de ce qu’il dit. Ta colère de voir que ton FCN rame pour recruter dans le secteur offensif alors que tout le monde sait que c’était une priorité.

Fait rare aussi. Vous avez demandé du silence pendant quelques minutes…

Après le penalty, j’ai laissé la tribune s’exprimer, qu’elle dise ce qu’elle avait à dire. Beaucoup de chants contre la direction, certains chants sur Der Zakarian. Il n’était pas question de continuer à les faire chanter pour qu’on parle de « l’ambiance exceptionnelle alors que le FCN sombre ». Sauf qu’il n’était pas non plus question de se réjouir de la déroute de nos joueurs. Donc j’ai demandé cinq minutes de silence pour montrer que si nous ne sommes plus là, ça devient véritablement glauque.

Vous avez aussi lancé des chants contre la direction ?

Oui, pour la première fois, j’ai lancé « FC Kita, on n’en veut pas ! ». Car le FC Kita, c’était ces cinq dernières minutes : un club géré sans vraie logique, qui fait surtout parler de lui pour ses frasques plutôt que pour ses résultats, dans un stade clairsemé et délétère. Honnêtement, dimanche, la tribune a été très calme. S’il n’y a pas une profonde transformation en interne, si les lignes ne bougent pas, le dégoût va monter et le ton va se durcir.

L’équipe est très jeune et composée à moitié de joueurs du centre. Ne faut-il pas être indulgent avec elle ?

Nous l’avons été sur le match contre Metz : notre colère n’était pas dirigée contre eux, et ça aurait été une erreur de faire cela. Ce qu’il s’est passé contre Metz n’était pas de l’opportunisme : on a fait passer une colère qui est en nous depuis trop longtemps, car beaucoup de choses ne sont pas normales dans ce club et nous faisons souvent semblant de ne pas les voir.

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Vous avez déployé une banderole dimanche. Vous estimez que le club n’a pas les moyens de ses ambitions, c’est ça ?

Le club ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Il ne faut pas être un fin spécialiste footballistique pour comprendre que la seconde partie du mercato a été catastrophique, qu’on a ramé pour avoir ce qui semble tout de même le plus important à savoir un joueur qui la met au fond, que ça s’est terminé à l’arrache et que finalement, c’est déjà source de tension avec René Girard qui estime que certaines carences n’ont pas été comblées. Il a eu le mérite d’être plus réaliste et de parler de 15e place.

Mais, le président Waldemar Kita a quand même déboursé 7 millions d’euros pour le mercato, ce n’est pas dérisoire ?

Réponse de Julien. Ce mercato est à l’image de la gestion financière de Kita depuis qu’il est au club. Il aurait pu dépenser deux fois moins et avoir de meilleurs résultats… Mais selon lui, plus on dépense, plus on doit lui être reconnaissant.

Allez-vous reprendre les encouragements pour les futurs matchs ?

Oui, car on ne veut pas voir notre club sombrer, et qu’on est d’abord là pour nos couleurs. C’est bateau comme phrase, mais c’est la vérité. Et encore une fois, cette équipe mérite d’être encouragée. On a envie de croire en elle, mais plus envie de croire au reste.

Sentez-vous un peu d’usure chez les supporters ?

Non, c’est impossible de parler d’usure. Cela voudrait dire que tu arrives au bout de quelque chose. C’est impossible d’arriver au bout de l’amour que tu as pour ton club. Je pense plus que c’est du dégoût, pour beaucoup, de voir que le club fait les choses à l’envers. De voir qu’il est capable de se triturer l’esprit pour justifier une hausse des tarifs ou une chute de l’affluence, mais qu’il n’est pas foutu de saluer correctement le départ d’un entraîneur [ce n’est qu’un exemple parmi d’autres]. Les supporters aiment ce club. Mais certains au sein du FCN n’aiment pas les supporters. Et ces personnes prennent les décisions.

Moins de 20.000 personnes, dimanche, à la Beaujoire. Que pensez-vous d’une telle affluence ?

C’est logique : il faisait beau, les gens vont à la plage, et puis il y a la concurrence des autres sports nantais, et puis c’est la crise mon pauv' monsieur, et puis t’as le terrorisme, et puis t’as Gégé qui faisait une dégustation de muscadet dans sa cave de Vallet… Plus sérieusement, le club stagne sportivement. Donc il faut encourager les gens à aller au stade. Mais le FC Nantes fait l’inverse.

Réponse de Julien. Eric Chevrier [directeur commercial] considère les supporters comme des vaches à lait et de simples consommateurs. La grille tarifaire proposée pour les matchs à domicile cette saison en est la parfaite illustration. Leur méconnaissance totale du monde du football est abyssale. Ils appliquent leurs principes appris en école de commerce. Mais nous sommes à La Beaujoire pas au Gaumont avec son pop-corn devant un film… Il est grand temps que cette direction reprenne le sens des réalités.

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