FC Nantes: René Girard, c'était vraiment pas un tendre sur un terrain?

FOOTBALL L'entraîneur nantais retrouve Bordeaux, ce dimanche (15 h), club dans lequel il a évolué de 1980 à 1988 avec une réputation pas toujours flatteuse...

Marc Nouaux et David Phelippeau

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Le milieu de terrain René Girard (avec des cheveux en plus) contre Leipzig en avril 1987.
Le milieu de terrain René Girard (avec des cheveux en plus) contre Leipzig en avril 1987. — GEORGES GOBET VINCENT AMALVY RENE JEAN / AFP

Viril mais talentueux ? Lors de sa présentation en mai dernier, à la Beaujoire, la réputation de joueur âpre de René Girard a évidemment fait surface dans le jeu des questions réponses avec les journalistes. En raison de la récurrence de l’interrogation, le coach nantais n’a pas tergiversé : « J’étais milieu de terrain défensif. J’étais rugueux. Mais, j’ai quand même mis 50 buts dans ma carrière. Citez-moi un milieu défensif qui a inscrit 50 buts. Il arrive que des attaquants n’atteignent pas ce total ! »

A Nantes, les joueurs offensifs ne devraient pas lui donner tort… En attendant, dans les années 80, René Girard, c’était une vraie gueule. Une bonne tignasse et parfois une moustache brune. Pas vraiment la tête d’un enfant de chœur.

« Tout sauf un bourrin, plaide pourtant en sa faveur Alain Giresse, qui a été son capitaine. Un bon joueur de foot, techniquement habile. » C’est pourtant pour ses qualités de combat que Girard, triple champion de France et vainqueur de deux Coupes de France avec Bordeaux, reste à jamais reconnu par le public bordelais, qu’il retrouvera dimanche à 15 heures.

« C’est un garçon avec qui on pouvait partir à la guerre », apprécie Marius Trésor, son ancien coéquipier bordelais. « Un super joueur qui comprend vite le jeu et doté d’une belle frappe de balle, mais qui pouvait être très dur… », avoue son ami Gilles Favard, conseiller de Claude Bez (président bordelais) dans les années 80.

Les Nantais lui reprochaient de jouer trop dur

Dans le camp adverse, certains n’ont pas oublié Girard. « Ce n’était pas un coupeur de jambes, réfute l’ex-Canari Christophe Robert. C’était un très bon joueur de foot. Comme il est maintenant, il avait beaucoup de caractère. Quand il fallait aller au casse-pipe, il y allait. Mais quand il fallait aussi jouer au foot, il était là… » Les Bordeaux-Nantes étaient visiblement animés avant même le coup d’envoi. Robert en rigole encore : « Dans le long couloir de Chaban (Delmas), ce n’était pas vraiment le cercle des poètes disparus… »

Et Girard n’était semble-t-il pas le dernier à s’illustrer. « Les Nantais reprochaient à René [Girard] de jouer trop dur, se souvient Gernot Rohr, coéquipier du coach nantais à Bordeaux. Jean-Claude Suaudeau pleurait car on ne leur faisait pas de cadeaux. »

Lacombe préfère l’avoir avec lui

Pour beaucoup, il valait quand mieux porter le même maillot que Girard plutôt que le maillot adverse. Giresse raconter l’arrivée en Gironde du natif de Vauvert. « On était en stage de préparation à Aix-les-Bains. On est à table quand il arrive, on s’est salué gentiment, mais ce n’était pas l’exubérance. Au bout de deux jours, quand on avait un peu fait connaissance, Bernard Lacombe vient lui parler à côté de moi et lui dit : "Tu sais, on est content que tu sois avec nous". "Ha, c’est gentil", a répondu René. "Non, mais c’est surtout que l’on préfère t’avoir avec nous que contre." [rires] A Nîmes [son club formateur], on passait de sales moments face à lui ! »

Girard : « Si vous le touchez, je m’occupe de vous »

Adversaire revêche, mais coéquipier modèle ? Philippe Fargeon, avec qui il a joué de 1986 à 1988, se souvient « d’un joueur d’une fidélité rare avec ses coéquipiers, son club ou son président. A Alès, en demi-finale de Coupe de France, je me fais bien attraper au match aller par les deux défenseurs centraux. René était suspendu. Au retour, il est venu avec moi dans le couloir avant le match. Il s’est mis devant les deux et leur a dit : "Si vous le touchez, je m’occupe de vous". Il n’y en a aucun des deux qui a osé me tacler pendant le match. »

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« En 1982, lors deFrance-Allemagne, c’est dommage que dans la composition, il n’y ait pas eu de milieu de terrain comme René Girard [ils n’étaient que cinq remplaçants et lui était en tribunes] quand Patrick Battiston s’est fait sécher par Schumacher, regrette Trésor. Lui, il aurait maîtrisé Hrubesch. » Et la France aurait été finaliste du Mondial espagnol grâce à René alors ?